La précédente table ronde de Cerises a ouvert un débat sur le passage du « Je » à un « Nous » émancipateur. Pour les participants, des difficultés ont toujours existé mais prennent un tour différent selon l’époque. La révolution industrielle a formaté des rapports sociaux verticaux jusque dans les comportements politiques : pour être efficace, le « je » doit se fondre dans le « nous », écrasant l’individu et sa parole. Ce fonctionnement perdure aujourd’hui dans les pratiques des organisations traditionnelles.
Il semble ne plus correspondre aux processus de politisation des nouvelles générations pour qui les « Nous » ne peuvent se construire qu’à partir des expériences et de désirs personnels. C’est notamment le cas des luttes féministes qui, en articulant avec bonheur l’individuel et le collectif, l’intime et le politique engrangent des victoires contre la domination patriarcale et au-delà. A l’inverse, les participants ont cherché à analyser pourquoi les « Nous » des couches populaires sont totalement invisibilisés.
Pour aller plus loin sur le sujet, nous avons demandé à des gens de terrain de parler de leurs engagements, de dire ce qu’ils aimeraient changer dans leur vie et dans la société ? Dans quels collectifs ils se sentent bien et pourquoi ? Quels rapports ils entretiennent avec les organisations associatives, syndicales, politiques ? Selon eux, manque-t-il quelque chose aux démarches de ces derniers pour être plus attractifs à leurs yeux ?
Un Nous à leur portée ?
Cerises les a rencontré·e·s aux quatre coins du pays, en Bretagne, en Bourgogne dans la région parisienne. Ils et elles ont moins de 50 ans pour la plupart. Certain.e.s ont bifurqué. Le respect de la nature et des droits humains, la fabrique et la réparation du lien social sont leurs valeurs cardinales et un carrefour de leurs luttes.
Engagé·e·s dans des collectifs locaux contre les exclusions, les discriminations et la protection de l’environnement, ils et elles n’envisagent pas d’abord le passage du « Je » au « nous » à l’échelle de la société qui leur parait hors d’atteinte. Ils et elles construisent leur « nous » dans la proximité, le voisinage, la sphère familiale ou amicale, la sphère professionnelle, là où leur « pouvoir faire » a quelques chances de changer les choses. Dans la foulée du mouvement « Bloquons tout » de septembre 2025, certains d’entre eux se positionnent sur de nouveaux enjeux notamment la sensibilisation des gens sur la richesse et le pouvoir des milliardaires.
Pour elles et eux les principaux obstacles au passage du « je » au « nous » sont le morcellement de la société, l’égoïsme et l’individualisme. Ils et elles ne rejettent pas les organisations traditionnelles mais ont peu d’atomes crochus avec elles. Ils et elles leur reprochent une forme d’entre-soi qui clive et n’inclut pas l’individu et un fonctionnement trop institutionnalisé et vertical, voire reproduisant les rapports de domination. Pour beaucoup d’entre elles/eux les différentes échelles d’actions, associative, syndicale, politique ne s’opposent pas, mais il serait nécessaire de « créer des ponts » et de la communication entre elles. Ils et elles ne séparent pas leurs objectifs de lutte de la préservation de leur propre sécurité, liberté et développement personnel.
Cyril ouvre une piste : les différentes échelles de l’action devraient davantage s’imprégner de « l’intériorité militante » c’est-à-dire de la psychologie, des attentes et des repères des personnes engagées.
Nous avons sollicité aussi le point de vue de Corinne Lepage, militante de l’éducation populaire et de Jacqueline Madrennes.
L’équipe de rédaction

















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