Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Chloé

33 ans, professeur, mais je ne me définis pas seulement par mon métier, je me définis surtout par mes passions. Je suis passionnée d’arts créatifs.

Je suis devenu féministe depuis, je dirais, 10 ans. Avant c’était une question qui m’intéressait, mais il y avait une forme de pudeur à dire clairement auprès des gens que je suis féministe. Maintenant, c’est une fierté.

J’aimerais que les gens soient plus empathiques les uns envers les autres. C’est lié à mon combat féministe, ça a beaucoup fait évoluer mes relations, ma façon de voir le monde et ça continue de le faire. J’aimerais arriver encore plus qu’actuellement à des relations vraiment saines, notamment avec les hommes.

Mon engagement politique est venu après mon engagement féministe, qui m’a permis de comprendre que toutes ces discriminations et toutes ces violences de genre que j’ai pu subir ou que j’ai vu d’autres subir, c’était déjà un système, des mécanismes globaux liés au patriarcat, qui est un autre système d’exploitation. Les deux systèmes se nourrissent l’un l’autre. Mais ma position de militante n’est pas la même sur les deux plans. Ma présence dans les syndicats est plus récente, comme les deux n’ont pas le même fonctionnement, je ne m’implique pas de la même manière.

Je trouve la porte d’entrée dans le féminisme plus facile. Ça a commencé par une prise de conscience au niveau individuel lié à l’intime. Et lors de rassemblements féministes j’ai compris que ce que j’avais ressenti, d’autres le ressentaient. Il y avait une sorte de reconnaissance mutuelle. On passe du JE au NOUS, on se dit : « Je ne suis pas seule, ce que je ne comprenais pas, d’autres ont fait des liens pour moi. » et tout prend sens.

Et puis, il y a vraiment eu un changement d’émotion, de la tristesse à la colère. « Ma colère est légitime ». Le féminisme, pour moi est un mouvement qui autorise la colère.  Le féminisme, c’est une lutte à la fois joyeuse et qui légitime la colère. Et ça, ça faisait du bien, clairement.

On entre petit à petit de l’individuel au collectif : ce que j’ai bien aimé dans Nous toutes – c’est le collectif dans lequel je navigue – c’est que c’est très ouvert. On peut participer ponctuellement. Il n’y a pas de pression à s’engager complètement dès le départ. J’ai l’impression que c’est plus institutionnalisé dans les syndicats, le fonctionnement semble davantage hiérarchique, en quelque sorte, et ça, ça peut faire peur. On peut se dire : « Est-ce que j’ai ma place dans un syndicat, dans la lutte ? ».

Cette question de la voix, c’est aussi une question féministe. Nous, les femmes, on ne s’autorise pas forcément à avoir – ou plutôt la société ne nous autorise pas à avoir – une voix propre, donc ça on l’intègre. Je trouve que le féminisme a réussi à dire : Vous êtes légitime. Ce que vous direz sera écouté, entendu, que vous militiez depuis 30 ans ou depuis 3 mois. » et ça c’est ce qui aide à se sentir bien dans le militantisme féministe, même si parfois, comme dans tout collectif, le vivre ensemble n’est pas simple. Mon sentiment d’illégitimité me pousse à me dire que ma parole ne sera pas assez efficace pour servir mon syndicat.

Dans les collectifs féministes, il y a plein de mouvances, plein de courants, et on dépasse, disons, les clivage politiques, même si pour moi, le féminisme est clairement politique. 

Pour moi la politique, c’est le vivre ensemble. Le fait d’avoir une organisation avec différents partis, des syndicats qui portent telle ou telle étiquette, je pense que ça peut en freiner certains. Il y a une crise de défiance par rapport aux syndicats à l’heure actuelle, les gens n’ont plus confiance dans tout ce qui est lié au politique, une sorte de fatalisme « c’est comme ça, la montagne paraît tellement difficile à déplacer politiquement, ça ne sert plus à rien de voter, ça ne sert à plus à rien de s’engager, tout est déjà joué ». Etrangement, il n’y a pas forcément ça dans le féminisme, alors que je trouve pourtant que la montagne est énorme !

L’adversaire est plus facilement identifiable, identifié par les collectifs féministes : c’est le système patriarcal. Dans les organisations politiques ou syndicales, c’est peut-être moins clair effectivement parce qu’il y a beaucoup de points de lutte. Bon si on réfléchit, ça converge quand même globalement, la lutte contre le capitalisme et l’exploitation, mais le féminisme propose des micros-luttes successives. Les féministes ne l’ont pas décidé, mais le monde de l’audiovisuel s’en est emparé et ça aide aussi à recruter.

Le mouvement féministe a engrangé des victoires, mais on est à un moment de l’histoire où il y a un risque de régression, et je ne suis pas sûre qu’on obtienne tout le temps des victoires. Ce ne sera pas linéaire. Je suis toujours optimiste. Un côté de moi veut avoir confiance dans les prochaines élections. Lors des législatives, j’ai retrouvé cette énergie des rassemblements féministes, une sorte de lutte joyeuse, de colère légitime. On y croyait et les résultats ont démenti ce que disait les médias. Il y avait une sorte d’euphorie.

Si on fait l’union, si on ne se tire pas dans les pattes entre partis de gauche, si les politiques arrivent à laisser leurs ego de côté et faire front commun,  s’il y a ça aux prochaines élections, des gens seront motivés. Mes amis sont allés voter aux législatives parce qu’ils ont senti cette énergie .

Je n’ai jamais milité dans un parti politique, je ne sais pas vraiment comment ça se passe. L’image que renvoient les représentants politiques est aussi incontournable. Ce que je déplore en France, c’est que beaucoup votent davantage pour une figure, une personne, que pour le programme. Je déplore un fonctionnement très vertical dans les organisations politiques : en haut, ça donne les grandes lignes alors qu’en fait, ça devrait être l’action locale qui impulse et qui détermine l’action des représentants.

Pour moi le mode représentatif a atteint ses limites, on arrive à la fin de la 5e République. Elle est à bout de souffle, elle ne fonctionne plus et pour moi les gens sont prêts à ce que le pouvoir leur revienne.

En fait, je trouve que les gens sont super engagés. Le frein c’est le temps, le patriarcat et le capitalisme jouent là-dessus : le temps de se retrouver, le temps de discuter, le temps d’aller rencontrer des personnes pour les convaincre. Toutes ces petites actions, finalement, ça aide à se sentir acteur et citoyen. On n’a plus l’habitude d’être citoyen. C’est quoi être citoyen ? Avoir le droit de voter tous les 4 ans ?

Propos recueillis par Sylvie Larue et Alexandra Pichardie

Cet article fait partie du dossier :

Horizons d'émancipation

Du JE au NOUS, prolongations

La précédente table ronde de Cerises a ouvert un débat sur le passage du « Je » à un « Nous » émancipateur. Pour les participants, des difficultés ont ...
Partager sur :         
Retour en haut