Edito.

L’Humeur de la rédaction.

Être efficace contre l’extrême-droite, c’est quoi ?

Devant chaque catastrophe annoncée, le premier réflexe est la protestation. L’expérience nous dit les limites de cette démarche. Manifester ne suffit pas toujours. Quand cela n’aboutit pas, on peut ressentir un grand sentiment d’impuissance quand d’autres pensent trouver un exutoire à leur colère dans le RN. Au moins pense-t-on faire antisystème. On peut penser que la dénonciation du danger d’extrême-droite peut agir contre le pire. Mais quel raccourci permettrait à l’antifascisme d’être efficace si en même temps on ne construit une issue pour se dégager du système cause de tous les maux ?

Il n’y a pas deux combats : contre l’extrême-droite ou contre le capitalisme. Les progrès de l’extrême-droite dans le monde, découlent des capitulations des social-démocraties ou de leurs semblables devant la domination du capital. En France, les progrès du FN puis du RN sont indissociables des déceptions créées par les impasses de la gauche y compris du courant révolutionnaire. Au-delà, on voit que l’ évolution des forces du capital comme les macronistes (Macron n’a-t-il pas été ministre de Hollande ?) en France ou les Républicains aux USA vont de manière rampante vers des solutions de même inspiration : la répression armée par le gouvernement Hollande, la criminalisation de manifs écologiques la même année, les lois anti-migrants, les prises de position de Retailleau, le vote du rapport Alloncle contre l’audiovisuel public, par la commission de l’Assemblée nationale, les interdits professionnels que le directeur de Canal+ veut faire subir aux signataires de la tribune « Zapper Bolloré »….pour mieux accaparer la fabrique de l’imaginaire collectif. Le capital met à profit les déceptions pour briser toutes les lois collectives garantissant que l’individu n’est pas livré à lui-même face à la puissance des classes dominantes.

La meilleure efficacité de la lutte contre l’extrême-droite est de s’en prendre précisément au système capitaliste et à ses outils de domination. C’est le moyen de faire la lumière sur ce qu’est vraiment le RN. Nul besoin d’être savant, pour en être capable. Lorsqu’on dit que ce sont toujours les mêmes qui en profitent et toujours les mêmes qui paient, on détient une clé. La question est de l’utiliser dans les luttes d’aujourd’hui. Lorsque l’on dit que ceux qui sont « en haut » ne vivent pas ce que vivent ceux qui sont « en bas » on pose une question sur ce que devrait être la démocratie. Mesurons-nous vraiment la portée révolutionnaire de ce que nous pourrions en tirer pour sortir de la crise d’alternative politique ?

Pierre Zarka

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