Je m’appelle Yolande, j’ai 58 ans. Je suis enseignante. J’ai deux enfants. J’habite Auxerre depuis l’année 2000. Je ne suis pas originaire de cette région, et cela n’a pas été simple pour moi d’arriver ici parce que je ne connaissais personne. Ma famille est toute dans l’Ouest de la France et je n’avais jamais imaginé venir m’installer dans une ville, un département que je ne connaissais pas du tout. Je ne savais même pas où c’était situé.
Ce qui pour moi serait important de changer dans la société, c’est déjà, l’environnement. Ça c’est quand même un sujet très préoccupant dont on n’entend plus parler. Il n’y a plus du tout … le sujet du développement durable, on n’en entend plus parler, un sujet qui est complètement passé à l’as. Tous ceux qui avaient des travaux à faire chez eux ont dû abandonner. C’est un gros sujet.
Après, il y a les préoccupations de l’accueil des migrants parce que je pense que c’est injuste qu’on ne puisse pas circuler librement. Là j’ai un cas concret. J’ai fait une attestation d’hébergement pour un jeune Guinéen qui a un visa « touriste » pour passer deux mois en France. Ça lui a été refusé parce qu’il ne peut pas prouver qu’il pourrait assurer sa subsistance en France et il ne peut pas prouver qu’il repartira dans son pays au bout de 2 mois. Comment veux-tu prouver ça ? Déjà, par rapport à sa subsistance, j’ai envoyé un recours et j’ai dit que, de toutes façons, quand j’invite des gens chez moi, ils ne vont pas payer de loyer et la bouffe… Je les héberge. Comment veux-tu qu’il prouve autrement. Moi j’ai mon fils qui voyage aussi ; il peut aller dans le monde entier, sans problème. C’est dégueulasse.
Pour l’environnement, j’agis à titre personnel. Mais pour les migrants, je suis à RSM. C’est le Réseau Soutien Migrants. Je peux te dire comment je me suis jointe à ce collectif. Quand j’avais mes enfants en bas âge, je m’occupais de ma vie familiale, je ne me préoccupais pas trop de ce qu’il y avait autour de moi. Je ne m’en préoccupais pas trop mais, évidemment, je signais des pétitions, j’allais dans des manifs, tout ça. Pas plus. Et c’était au moment de la guerre en Syrie, je crois. Il y avait des Syriens qui étaient arrivés en France. Et puis, on était allés à Paris pour des problèmes médicaux… Il y avait des tas de matelas étalés par terre, place de la Bastille, et des gens qui dormaient dessus. Et je n’avais qu’une envie, c’était de les prendre. On ne pouvait pas amener tout le monde et je me suis dit que ça ne pouvait pas… je ne pouvais pas rester comme ça. (émue) Je suis désolé à chaque fois ça m’afflige. Je me disais « ce n’est pas possible, je ne peux pas laisser ces gens-là. Et il faut au moins que je fasse un truc ». J’ai hébergé… mais je n’ai pas hébergé tant que ça à la maison. Mais c’est comme ça que la préoccupation m’est venue. Et puis c’était possible. Les enfants commençaient à être grands… On n’a pas fait des choses extraordinaires, une petite goutte d’eau.
J’aime beaucoup le collectif mais il y a des hauts et des bas. Pas dans le collectif, mais par rapport à mon impression d’être utile. J’ai l’impression quelque fois de ne pas faire grand-chose. J’assiste à toutes les réunions, je fais partie de la collégiale.
Avec les adhérents, on a pu mettre en place des hébergements de façon structurée quand même. C’est important pour eux que ce soit structuré.
On fait connaitre l’association, on tient des stands, on propose des projections de films avec Ciné-Manie. Quelque fois on a des actions particulières pour aider une famille dans le besoin. Nous sommes aussi en réseau avec d’autres associations, avec des syndicats, des partis politiques. Ensemble on est quand même plus fort. La dernière fois, il y avait des partis politiques et des syndicats qui étaient venus, qui s’étaient engagés auprès de nous. Ça donne de la force.
Je suis militante de la France Insoumise et syndiquée à Sud-Éducation. Alors, ce que j’ai remarqué, c’est que je n’arrive pas à mener tout de front. Alors, généralement, je suis beaucoup impliqué avec RSM. Quand il y a eu les élections législatives, j’étais à fond avec la France Insoumise. Et quand il y a eu la lutte pour les retraites, j’étais vraiment avec mon syndicat. Mais je n’arrive pas à tout suivre tout le temps.
Une difficulté c’est qu’ils ne s’entendent pas toujours entre eux, il y a des frictions quand même. Par exemple, à Sud-Éducation ils ne sont pas forcément pour la France Insoumise. Je suis une des rares qui est à la France Insoumise… Y’a pas forcément de ponts. Je trouve que ça manque de ponts. Je pense qu’on a des idées proches, la France insoumise, certains syndicats et notre association de migrants. Je pense que les gens font des choix particuliers. Je ne trouve pas les mêmes gens à la France Insoumise et dans le collectif de soutien aux migrants. Ce ne sont pas les mêmes. Ce sont des autres. Ce n’est pas grave. Ils ont leurs convictions politiques.
Pour moi, ce n’est pas incompatible en tous cas
Propos recueillis par Pacco



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