Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Luc

Professeur d’EPS, gymnaste, sportif global. J’aime bien tout ce qui touche à l’écologie. Je ne suis pas vindicatif, je suis plutôt dans la sensibilisation.

J’ai déjà commencé à changer mon mode de trajet de chez moi à mon travail. J’aimerais un potager plus conséquent même si nous habitons à quelques centaines de mètres d’un maraicher en permaculture.  

Je voudrais changer la façon de penser des gens. Ils réagissent en fonction des sanctions plutôt qu’au bien-être du voisin, de la voisine. S’il n’y a pas de carottes négatives, de punition, bah ce n’est pas grave…

Je voudrais penser une organisation du sport différente comme en Norvège. Les fédérations valorisent le chemin, par exemple en sport collectif, comment vous avez joué, et pas le score en lui-même. Jusqu’à un certain âge, l’objectif c’est bien jouer pour gagner, gagner avec la manière. Entre collègues la pensée est partagée, mais elle n’est pas prête à être mise en place parce qu’il y a des gros freins empiriques. Nous avons vécu avec cette imprégnation culturelle française… moi, j’essaie de faire avec mes élèves, au sein de ma classe ou des groupes que j’ai à l’AS. Mais j’ai essayé l’an dernier d’en parler : « Ah Luc, tu veux changer le paradigme, ça va demander des efforts… ». Pour sortir du système, il faut en avoir la volonté.

Ce fonctionnement autoritaire est culturel. C’est facile de rester dedans. Pour en sortir il faut des gens prêts à déployer beaucoup d’énergie. Des locomotives. Il faut aussi du monde derrière. En STAPS, on a pas mal de formations sur la pensée positive, la psychologie positive, l’éducation positive. Je pense que le frein culturel est vraiment énorme, les parents, les grands-parents, on est tous imprégnés. Et les politiques, est-ce qu’ils sont prêts au niveau communal ou à l’échelle de l’État à faire de la prévention au lieu de la répression ? 

Nous avons eu pendant 3-4 ans un commerce associatif dans notre village. L’idée, c’était de créer du lien avec les gens de la campagne parce qu’il n’y avait plus de commerce. On a rouvert le dernier commerce en mode associatif avec des produits locaux. Le maire ne nous a pas aidés et on a fermé. On manquait aussi de bénévoles.

Alors je travaille mon action en tant que prof, sans savoir combien, plus tard, se diront : « Ah bah, ça, c’était intéressant… ».

Je milite peu dans la rue.

Je signe des pétitions mais en termes d’action concrètes, je n’ai pas été plus loin que ça. Je ne m’engage pas plus parce que la gestion de mon temps me pose problème. Je l’ai fait quand j’étais plus jeune, j’ai milité dans la rue mais là actuellement, j’essaie d’utiliser mon temps et mon énergie dans la proximité directe. Au collège j’ai participé à deux heures d’informations syndicales – contre 0 l’an dernier – parce que je préfère privilégier une présence avec les élèves. Je ne sais pas si c’est la bonne manière de penser. Mais je ne suis pas sûr non plus qu’il y ait « une bonne manière ».

Ce n’est pas que l’engagement syndical soit inutile. Au contraire, heureusement qu’ils sont là pour militer, revendiquer, dénoncer. S’il n’y avait personne, qu’est-ce qui se passerait pour les plus précaires ? Le « NOUS », ça m’a fait penser à Charlie. A ce moment-là, tout le monde s’est regroupé, mais après, c’est retombé. Le COVID, même chose : on s’entraide jusqu’à pouvoir reprendre son mode de consommation habituel.

Les personnes les plus démunies, qui ont le plus besoin des organisations syndicales sont très nombreuses, mais ne savent pas forcément quoi faire. J’en fais aussi partie : au niveau du droit du travail, si on était plus au courant, on serait plus nombreux à nous sentir capables de revendiquer.

Si tout le monde trie ses épluchures, ça va peser mais les industriels brassent des quantités beaucoup plus phénoménales. L’engagement individuel, ce n’est clairement pas suffisant. Il faudrait changer les pratiques des industriels.

Parfois, les politiques sont plutôt des freins. Mais parfois ils peuvent être un levier. Par exemple la ville de Rennes a décidé de faire du centre-ville un espace piétons/vélo. C’est un vrai virage, c’est une bonne direction par rapport aux enjeux écologiques.

Plus jeune je discutais avec mes parents, le Parti socialiste avait des idées socialistes, il était suivi, et il y avait un mouvement. Maintenant on est dans une société du « tout-pour-ma-gueule » y compris en politique. Les têtes de liste se tirent dans les pattes entre eux, même au sein d’un même parti, ils défendent un enjeu individuel et pas collectif. Il n’y a pas de conception de la société. C’est ce qui fout le bazar, quel que soit le parti. Il y a plus de variété d’opinion politique mais c’est moins lisible, moins efficace.

Sur la question du fascisme, je pense qu’à un moment donné on va y passer comme tous les pays autour. Le problème c’est aussi les USA avec ce pouvoir d’un mégalomane. Il faudrait se bouger pour agir avant. Pour l’instant, tout ce que moi je fais, c’est aller voter pour montrer qu’il y a des gens qui ont envie d’avoir accès à d’autres idées. J’aimerais bien que le vote blanc soit pris en compte pour dire qu’aucun candidat ne nous plaît et qu’on est obligé de voter pour ne pas laisser passer les autres.

Propos recueillis par Sylvie Larue

Cet article fait partie du dossier :

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