Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Nous, l’orchestre 

Le dernier documentaire de Philippe Beziat sur l’orchestre philharmonique de Paris, au-delà de son intérêt musical, m’a ouvert un espace de réflexion sur les similitudes entre « faire orchestre » et « faire société ».

Pour le jeune chef d’orchestre, Klaus Mäkelä qui dirige la philharmonie, « l’orchestre est une société basée sur le collectif et l’autorité ». Laissons-lui l’autorité pour se centrer sur le rapport entre le collectif (le « nous ») et le singulier (le « Je »).

D’abord, les origines géographiques des membres de la philharmonie sont très diverses, leurs rôles, leurs places aussi, de celles qui sont dans la lumière à celles qui sont dans l’ombre. On peut ressentir « ne servir à rien » alors même que le seul son d’un triangle concourt à l’œuvre commune. La promiscuité dans la durée génère des insupportassions réciproques. Mais « si on se fait la gueule, remarque un alto, ça ne marche pas. Pour que ça fonctionne, pas besoin d’être amis/es mais un peu plus que collègues ».

Pour ne pas « s’entretuer », nécessité d’aller voir ailleurs : de jouer dans des formations choisies, cooptées. Cela m’a fait penser à nos collectifs : on se rassemble, on élabore, on projette ensemble puis on se sépare et on produit dans d’autres espaces. Dans le cas de la philharmonie, c’est pour mieux revenir à la force du collectif pour faire œuvre commune. Il arrive que ce soit aussi notre cas !

La remarque d’un musicien sur la direction de Boulez m’a intéressée. Il trouvait celle-ci « très organisée et froide » jusqu’au jour où un musicien s’est lâché et l’orchestre l’a suivi. Boulez a réagi : « à partir du moment où vous êtes dans le cadre, si vous voulez tout donner, allez-y » ! La créativité n’avait été possible que parce qu’il y avait un cadre, ce qui fait dire au musicien interrogé : « la liberté est dans le cadre ».

Le cadre, serait-ce l’articulation pertinente entre le « Je » et le « nous » ? Ce qui équivaudrait pour nous au projet politique ?

Autre similitude : l’importance de l’unité, à partir de points de vue et d’ouïe différents, de même que l’interdépendance. Il faut aller jusqu’à « se fondre dans le collectif »; du moins, « il vaut mieux se réinsérer plutôt que de continuer à faire son truc dans son coin ».

Un jeune homme, à qui on conseille de « s’engager » s’inquiète : « on m’a dit qu’il ne faut pas s’entendre tout seul mais entendre tout le monde ».

Je conclurai par la phrase d’André Cazalet, joueur de cor à la veille de prendre sa retraite après 43 ans à la philharmonie et toujours insatisfait du son qu’il produit: « La quête d’une vie c’est de faire ce qu’on veut. Malheureusement, on ne fait que ce qu’on peut ».

Et j’ajouterai que c’est déjà très bien !

Florence Dalzon

« Nous, l’orchestre » documentaire réalisé par Philippe Beziat, actuellement en salle

Cet article fait partie du dossier :

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