Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Révolution écologique ?

L’impact humain sur la planète est tel que l’on parle d’anthropocène pour définir la période géologique. D’autres préfèrent le terme de « capitalocène », car l’état de la planète est avant tout la conséquence du système capitaliste. Et sans affronter le système capitaliste nous ne saurions construire un monde plus respectueux de la nature et du vivant.

Toutes les questions qui se posent à propos de la transition écologique se réduisent-elles au seul dépassement du capitalisme ? La façon de faire, l’identification des obstacles à affronter, la construction du processus, l’implication de la population, la hiérarchisation des enjeux sont autant de questions qui nécessitent des échanges et des confrontations.

Faut-il faire accepter des mesures impopulaires ? Quels sont les risques de dictature ? Sommes-nous maîtres de nos choix ? Faut-il refuser le progrès scientifique et les réponses techniques ? N’y a t-il de réponses que dans les mobilisations locales ? Faut-il limiter la démographie ? Comment financer les coûts de la transition ?… 

Construire une alternative écologique

Nos représentations, nos cultures partagées, qui sont aussi celles de la société capitaliste, ne constituent-elles pas un obstacle à la mobilisation et l’implication des personnes ?

Dépasser le capitalisme, renoncer au consumérisme, s’emparer d’enjeux qui relèvent aussi du niveau international est-ce vraiment possible ? Quelles mobilisations, luttes, ou actions illustrent cette possibilité de transformer le réel ? Agir au niveau local et comment cela peut-il aider à transformer le global ?

L’histoire montre que sans démocratie rien n’est réellement possible. De la politique à la société comme à la définition de nos besoins. Mais le rythme de la démocratie, celui du débat, de la controverse et de la décision est-il compatible avec l’urgence climatique, sociale et environnementale ?

Philippe Nikonoff critique le terme d’anthropocène car ignorant la réalité des rapports sociaux et du modèle ayant prévalu et qui prévaut encore, en matière de développement humain. Que l’impact humain sur la Terre soit aujourd’hui le principal facteur de ses transformations, sans doute, mais ne confond-on pas développement humain et développement du capitalisme ? Ayant fait ce constat et fort de l’exigence de s’attaquer au système, il nous propose d’en discuter les moyens, notamment au travers d’une fiscalité environnementale contestant de l’intérieur la logique prédatrice du système.

Ce que nous propose aussi Patrick Vassallo, rappelant l’urgence de sortir du productivisme et de toutes les chaînes de domination, notamment de celles que nous exerçons sur la nature. Faire face aux enjeux écologiques exige d’en finir avec toutes les formes d’exploitation de la nature, celles du vivant comme celles du non-vivant. Et d’en appeler à notre imagination, car on ne peut rêver d’une autogestion où le vivant non humain participerait aux conseils coopératifs !

Pierre Zarka nous alerte sur le fait que, même convaincus de la nécessité de dépasser le capitalisme, nous devons nous dégager des représentations qu’il nous lègue  pour en construire de nouvelles, à partir des luttes et des alternatives qu’elles doivent nécessairement faire émerger.

Ce que nous dit aussi Soazig Le Bot, soulignant le poids que fait peser sur nous la religion du marché érigée en dogme d’état. Mais partageant aussi l’espoir, la joie et la force ressentis en constatant les transformations concrètes et nouvelles qui font suite aux mobilisations, et le fait qu’ils soient aussi présents sur tous les continent et dans le monde entier.

Est-il possible de penser et de réussir l’alternative écologique sans investir le champ du travail, de son organisation, celui des entreprises et de la démocratie en leur sein ? Et donc sans revenir sur un statut du travail vivant, un statut permettant aux producteur-trice-s d’agir sur les organisations comme sur les finalités de leur travail ? C’est la problématique qu’ouvre Olivier Frachon.

Ainsi Antoine Barbier questionne le rôle de l’éducation nationale et celui des enseignants face à la crise sociale et environnementale. Pour lui, au travers de la fabrique de la soumission, l’école se situe du côté du problème et non de sa solution. L’alternative se situe dans l’action collective, quotidienne et subversive, pour que l’éducation donne aux citoyens les moyens d’agir et donc de penser en dehors des rapports de force et de domination.

Ce que confirme Corto, éducateur de jeunes enfants, dont la pratique se heurte aux conceptions qu’imposent le capitalisme extractiviste.

Makan Rafatdjou nous invite à considérer le territoire, non comme le simple périmètre de l’existence humaine mais comme un bien commun, socle du vivant, à réparer, ménager. Et d’instituer le « faire territoire » comme droit inaliénable, faisant de tous les humains des acteurs d’une transformation radicale des rapports sociaux de territorialité.

Daniel Cueff interroge la place et la forme de la démocratie dans les choix et les actions à mettre en place, notamment à l’échelle locale. Rejetant la démocratie participative dont il considère qu’elle éloigne les citoyens, il préfère ce qu’il nomme la « démocratie implicative », c’est-à-dire la mobilisation des connaissances des savoir-faire de tous pour rendre possibles et mettre en œuvre les choix et décisions prises.

En complément, un regard porté sur ce que nous disent Fatima Oussak, Daniel Tanuro et Jean-Baptiste Fressoz sur la question.

La rédaction

 

 

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