Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Fin du monde ? fin du capitalisme : un combat 

L’apport de l’écologie dépasse son alerte salutaire. Il touche au tréfond de ce que doit devenir la société. Lorsque l’on évoque l’autogestion comme organisation de celle-ci, dépassant l’entreprise ou le local, des sceptiques disent que si le périmètre est trop vaste les « gens » n’en seraient pas capables. Ah tiens ? Le souci écologique révèle la capacité des individu/es à embrasser des enjeux qui dépassent leur périmètre de vie et leur capacité à penser un avenir qui va au-delà de leur vie. A un moment où on limite trop la démocratie à sa dimension locale ou à des périmètres thématiques pour être sûr de maitriser ses actes, porter le devenir de l’humanité rehausse l’exigence de maitrise de toute l’espèce humaine et donc l’étendue de la démocratie réclamée. En retour, cette capacité permet de cerner à quel point fonder le développement humain sur la marchandisation est mettre cette humanité en péril. 

Or on limite trop souvent le capitalisme à sa dimension économique : accaparement des richesses, bulle financière, chômage. Déjà l’apport de l’écologie est d’élargir la problématique au saccage de la nature. Mais comme si nous, notre culture, nos habitudes n’étions pas liés au capitalisme. Faire système c’est englober de manière cohérente toutes les dimensions de la société pour son fonctionnement. Pour dominer, le capitalisme nous a fait partager comme normalité des représentations et modes de vie qui intègrent ses vues. Le consumérisme, le productivisme, les rapports de domination, le pillage de la nature en sont partie intégrante, ce que n’avait pas pris en compte le communisme traditionnel. S’il ne suffit pas de se déclarer anticapitaliste pour combattre le racisme ou le sexisme, ayons à l’esprit que s’il ne les a pas inventés le capitalisme les inscrit dans la normalité dont nous héritons. Ce sont les limites du legs des Lumières. Voltaire a qui l’on doit tant, a fait sa richesse avec la traite d’esclaves ! 

L’épine dans le pied du capitalisme est que celles et ceux qui le font vivre par leur travail, sont les mêmes qui le combattent. L’épine dans le pied de ces derniers est que leur mode de vie est d’abord formaté par le système. Ça s’appelle aliénation et idéologie dominante. Nous faisons partie du capitalisme. C’est son problème. C’est aussi le nôtre. S’émanciper ce n’est pas seulement s’émanciper du patron, c’est se construire des représentations autres que celles que la révolution industrielle nous lègue. Que l’on combatte le chômage, la surexploitation, l’inflation, les chantiers inutiles, le gaspillage de l’eau ou la détérioration du climat …on est face à la logique du capitalisme où tout doit se transformer en puissance financière, qu’importent les conséquences.

D’où la pertinence de : « fin du monde, fin du mois même combat ». Il est urgent que chaque combat porte des alternatives et l’on verra que l’on ne s’émancipe pas en s’identifiant à ses Nike ou à sa voiture ; que les transformations nécessaires de nos modes de vie ne se traduiront pas par du Moins quelque chose mais au contraire par UN PLUS large épanouissement de soi en conjugaison avec les autres soi-mêmes. 

Pierre Zarka 

 

 

Écologie, luttes sociales et révolution

Contributeur avec M. Löwy de la définition de l’écosocialisme comme voie de sortie du capitalisme, l’auteur fait d’une réactualisation de ce que l’œuvre de Marx conserve de plus pertinent à l’aune du XXIème siècle et des enjeux écologique, le cœur d’une alternative radicale devenue vitale face aux impératifs climatiques et politiques d’un changement de civilisation. Fin connaisseur de l’expertise il éclaire les contradictions et évolutions des rapports du GIEC, et aborde dans cet ouvrage de synthèse : disputes et convergences avec la décroissance, ses auteurs, inspirateurs et concepts, apports et limites de Lénine et Trotsky, dangers de l’écofascisme, expériences de luttes dans le monde et une discussion (trop ?) rapide d’auteurs contemporains du marxisme écologique (A. Malm, J.W. Moore, J.B. Foster, K. Saïto, P. Guillibert, J.M. Harribey…). Argumenté et limpide, c’est un apport indispensable à des questions passionnants et redoutables : nos manières de penser et faire monde, Anthropocène/Capitalocène (concepts scientifiques et/ou politiques), natures de l’expérience soviétiques hier et chinoise aujourd’hui, convergence des luttes, rôle de l’État, modes de gouvernement, acteurs et chemins de la transition (quid des déjà-là, communs néfastes et vertueux), contenu et fabrique du projet, l’horizon à atteindre (et la question du communisme étonnamment absente). 

Makan Rafatdjou

Écologie, luttes sociales et révolution, Daniel TANURO, Préface de Timothée Parrique, Entretiens avec Alexis Cukier et Marina Garrisi, La Dispute 2024, 155 pages 15 euros

Cet article fait partie du dossier :

Horizons d'émancipation

Révolution écologique ?

L’impact humain sur la planète est tel que l’on parle d’anthropocène pour définir la période géologique. D’autres préfèrent le terme de « capitalocène », car l’état de ...
Partager sur :         
Retour en haut