Nous avions ouvert un dossier consacré à l’IA en 2023. Depuis le développement des applications, des recours et des usages de l’IA dans de nombreux domaines interpellent l’ensemble de la société.
Les prises de positions favorables ou hostiles se multiplient – nouvelle révolution industrielle comparable à l’invention de l’imprimerie ou à celle de la machine à vapeur – taylorisation du travail intellectuel – opportunité pour les pays pauvres – danger anthropologique par ses impacts sur le développement du cerveau – captation de la création culturelle – usage immodéré et inconsidéré des ressources de la planète… Bien évidemment l’IA n’est pas neutre et la nature du contrôle de l’IA s’était dégagée comme un enjeu déterminant sur la nature et les conséquences de ses usages.
Pour poursuivre ce débat nous nous sommes intéressés à la parole de celles et ceux qui sont confrontés à l’arrivée de l’IA dans leur pratiques professionnelles et à ses conséquences sur le travail et l’activité humaine. Avec deux axes :
• d’une part le refus de l’IA générative comme outil de domination aux mains des puissants, en défiant l’idée que s’opposer au progrès et au développement technologique et à la nouvelle révolution industrielle serait un combat d’arrière-garde ;
• d’autre part les résistances et les stratégies déployées pour adapter l’IA, la transformer et regagner la maîtrise du travail.
L’IA A-T-ELLE SA PLACE
DANS LE MONDE DONT NOUS RÊVONS ?
Pour Éric Sadin[1] l’IA générative inaugure un tournant de la technologie qui nous mène à la catastrophe, il appelle les collectifs de travailleurs à la refuser collectivement et à faire valoir leur volonté d’être parties prenantes des affaires qui les regardent.
Pour Alexis Cukier[2], l’essor de l’IA constitue une triple catastrophe à conjurer : écologique, militaire et ergologique.
Sebastian Carbonell[3] montre comment l’IA générative « taylorise » les métiers intellectuels pour mieux les exploiter. Il appelle les travailleurs à élaborer leur propre expertise sur des technologies alternatives.
Cinq syndicalistes témoignent de ce que fait l’IA à leurs métiers et comment ils cherchent à s’y s’opposer. (Extraits du contre-sommet de L’IA, 10 février 2025).
Les objecteurs de conscience de l’université de Toulouse face à l’IA générative soutiennent que les dégâts écologiques, sociaux, et démocratiques de l’IAg la rendent incompatible avec la mission humaniste des enseignants-es et des chercheurs-ses.
Marie-Claude, professeure de français en lycée, décrit la stratégie qu’elle a mise en place pour « faire avec l’IA ».
Pour Christophe Prudhomme[4], En matière de santé, il faut garder à l’esprit la balance bénéfices/risques de l’IA et les objectifs doivent rester ceux d’une approche d’écoute et d’empathie, intégrant les différents aspects de la vie du patient.
Pour Théo Larue[5] il faut repenser notre rapport au travail et à l’emploi et ouvrir le débat sur le salaire universel qui est pour lui un sujet incontournable dans une société automatisée.
La rédaction
[1] Eric Sadin : Philosophe techno critique et humaniste.
[2] Alexis Cukier est chercheur en philosophie.
[3] Juan Sébastian Carbonell : Sociologue du travail, notamment sur les nouvelles technologies.
[4] Christophe Prudhomme est urgentiste et représentant la CGT des médecins urgentistes de France
[5] Théo Larue est développeur logiciel.














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