Culture.

PArce qu’on ne peut pas s’émanciper sans aile !


Neuropsychologie et changements d’opinions

 

Depuis les années soixante-dix, les neuropsychologues nous apportent une explication (et une méthode) sur la formation des idées et les changements d’opinions. Selon eux, on ne passe pas d’un non-connu à un nouveau connu par bond. Notre cerveau fonctionnerait de manière rampante entre ce que nous savons déjà et comment ce déjà peut glisser vers une suite logique. Ce qu’ils appellent « zone de proche développement ». Les forces du capital ont exploité ce savoir notamment pour le management. Des psychologues et neuropsychologues sont devenus de véritables mercenaires au service de la bourgeoisie. Combien de fois, lorsqu’une mauvaise nouvelle nous tombe dessus, elle vient après une telle préparation des esprits qu’on entend dire « ça devait bien se terminer comme ça » ? Peut-être pourrions-nous nous interroger sur les « pas encore là » que les « déjà là démocratiques » nous permettraient d’investir, en les considérant comme des points de départ.

Les scientifiques ont exploré les différences de perception entre ce qui est éclairé de l’extérieur et ce qui produit sa propre lumière. Ils ont mis des gens à regarder un film au cinéma – où la lumière est projetée – et le même film devant la télévision où la lumière vient du film. Si j’ose dire, il n’y a pas photo entre la capacité de mémorisation au cinéma ou devant la télé. Au détriment de cette dernière. Pourquoi ? Lorsque l’objet est éclairé de l’extérieur, ce sont les circuits neurologiques « longs » qui nourrissent la réflexion, qui sont à l’œuvre. Cela a été le progrès, notamment avec l’apparition de l’écriture. Mais si vous vous mettez devant un feu – il produit sa propre lumière – vous rêvez : ce sont les circuits de la fascination qui sont à l’œuvre, comme sans doute l’effet qu’ont eu les vitraux d’Eglise au Moyen Age. Les spécialistes notent qu’aujourd’hui, on ne lit pas de philosophie sur écran mais que l’on est pour chaque recherche, en l’attente d’un résultat immédiat et simpliste entre cause et effet du type : j’ai soif donc je bois. Les raisonnements sont alors vécus comme des tunnels. Très souvent le temps de lecture est affiché : sa brièveté est devenue un argument attractif.

Combien d’enseignants sont vent debout devant les écrans qui suppriment toute nécessité d’approfondir ? L’écran est une école pour répéter. Même des informaticiens mettent en garde contre la culture du tout numérique et Bill Gates avait mis ses enfants dans une école où les écrans étaient bannis. (Faites ce que je dis et pas ce que je fais).

Pierre Zarka

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