Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

IA : de la triche à l’outil pédagogique

Un extrait du récit de travail recueilli et publié par La Compagnie Pourquoi se lever le matin ! Marie-Claude, professeure de français en lycée, décrit la stratégie qu’elle a mise en place pour « faire avec l’IA ».

Il y a deux ans et demi, quand j’ai lu les copies de mes élèves de seconde sur « La guerre de Troyes n’aura pas lieu », de Jean Giraudoux, j’ai eu la surprise de constater que certaines copies développaient des considérations élégantes sur le personnage d’Achille. Or ce personnage ne figure pas dans la pièce de Giraudoux. J’ai fini par comprendre que les copies avaient été générées par ChatGPT à partir de données qui concernaient « Troïlus et Cressida », une pièce de Shakespeare…

J’ai alors demandé à ChatGPT de générer trois copies successives en lui donnant mon sujet de dissertation pour les inclure dans un exercice que j’aime bien : « la petite boutique des horreurs » qui consiste à prélever les extraits comportant des erreurs, et de demander à la classe de les expertiser…

J’ai décidé par la suite de reproduire cette situation. L’enjeu était de déconstruire l’idée qui associe l’IA à la faute et à la triche, pour la transformer en outil pédagogique. La première occasion m’en a été fournie… par une séquence d’apprentissage de la « contraction de texte ».

…J’ai demandé à plusieurs interfaces de réaliser l’exercice. Les élèves ont examiné les différentes versions et ont mis en évidence les limites de ces productions (faiblesse de la reformulation, absence de respect de l’énonciation du texte original et de sa tonalité, incapacité à respecter les contraintes de taille du texte). La compréhension de ces imperfections a permis aux élèves d’élaborer un nouveau prompt et d’obtenir de la part de l’IA une version nettement améliorée. En définitive, le recours à l’IA générative a non seulement été l’occasion d’approfondir un travail méthodologique fondamental, mais les élèves ont réalisé qu’il était beaucoup plus rentable de faire fonctionner leur propre réflexion et leur esprit critique que de s’en remettre aveuglément à la machine

L’année dernière, mes élèves de première G ont utilisé ChatGPT ou Gemini pour réviser. Ils entraient dans l’IA les notes qu’ils avaient prises en classe et lui demandaient de fabriquer des questions qu’ils se posaient ensuite entre eux. C’est quelque chose que je n’avais pas imaginé et que je trouve tout à fait passionnant…

…J’ai plutôt affaire à des élèves de séries technologiques qui se destinent aux métiers du tertiaire. Il y a, il me semble, nécessité de sensibiliser ces élèves au fait qu’il existe, dans leur domaine, de nombreuses tâches à faible valeur ajoutée intellectuelle, où l’IA pourrait les remplacer. Mais ce qui fera la différence, c’est leur réflexion propre.

Marie-Claude

 

Image : ©Natalie Victor-Retali

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