Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Contre l’IA : conjurer les catastrophes

L’essor de l’IA constitue une triple catastrophe. Catastrophe écologique, d’abord, en raison de la consommation gigantesque d’énergie et d’eau des data centers qui la font fonctionner, ainsi que des déchets et substances toxiques qu’ils génèrent. A l’heure où la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre est un impératif, où un rapport de l’ONU annonce que la planète est entrée dans l’ère de la faillite hydrique, où sept des neuf limites planétaires ont été dépassées, la généralisation de l’IA est une folie, qui nous conduit depuis les catastrophes en cours vers des cataclysmes à venir. Catastrophe militaire, ensuite, du fait de son usage par les armées dans le cadre des guerres impérialistes et par la police pour réprimer les personnes racisées et les mouvements sociaux. La guerre génocidaire en Palestine, en particulier, a été l’occasion d’un usage massif des nouvelles technologies de surveillance impliquant l’IA déjà utilisées par l’administration coloniale israélienne : ainsi des systèmes d’IA tels qu’« Evangile » ont traité des données de masse au sujet des individus et infrastructures pour proposer des cibles à l’armée d’occupation. Aux Etats-Unis, la milice fasciste armée par l’Etat ICE utilise un système de surveillance automatisé utilisant l’IA dans le cadre du programme « Catch and Revoke » basé notamment sur le système « Immigration OS » – qui automatise le suivi, l’arrestation et l’expulsion – de Palantir Technologie, entreprise co-fondée par l’entrepreneur techno fasciste Peter Thiel et pleinement impliquée dans le génocide à Gaza. Catastrophe ergologique, enfin, dans la mesure où l’IA, développée dans le contexte du néo taylorisme informatisé, constitue un outil puissant de contrôle social des travailleurs/ses de dégradation du travail vivant et de déqualification des métiers. Contrairement à d’autres outils informatiques qui pouvaient faire l’objet d’une réappropriation autonome ou d’une négociation conflictuelles au travail, l’IA est tout entière du côté de la standardisation des procédures et des informations, ainsi que de l’accélération des cadences et de la compétition – comme je le constate aussi dans le cadre de mon métier d’enseignant-chercheur à l’université. A ces trois catastrophes, déjà là, pourraient s’en ajouter d’autres, financières comme l’éclatement de la bulle spéculative liée à l’IA, ou politiques, l’IA étant toujours plus utilisée par l’internationale néofasciste pour falsifier les faits, délégitimer la science et manipuler les opinions.

L’IA n’a aucune place dans le monde d’égalités, d’émancipation et de durabilité écologique que nous visons. D’un point de vue éco socialiste, les technologies doivent être démantelées et/ou reconverties et/ou socialisées. L’IA fait partie de celles qui doivent être démantelées, et pour commencer critiquées et rejetées dans nos lieux de travail, nos pratiques culturelles (et militantes !) et nos foyers. L’IA est une pièce maîtresse du capitalisme des catastrophes qui articule aujourd’hui le technosolutionnisme du « capitalisme vert » et le militarisme environnemental des impérialismes néofascistes, et doit être combattue comme telle. Il s’agit d’une raison de plus pour laquelle nous devons œuvrer à des révolutions politiques, sociales et écologiques pour conjurer les catastrophes dont l’IA ne pourra jamais être autre chose qu’un accélérateur.

Alexis Cukier

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