Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

JE, NOUS : Emancipation individuelle, émancipation collective

Quels obstacles sur les chemins de l’émancipation ?

Une partie des exploités/es et des dominés/es qui pourtant est concernée, n’a-elle pas le sentiment que les mouvements, les organisations ne s’adressent pas à elle et qu’elle ne peut pas participer à la construction d’un Nous émancipateur ?

La prise en compte du Je (de l’intime) pour construire le Nous n’est-il pas à la fois un gage et une condition de succès pour les mouvements populaires ?

Avant la table ronde…

Cerises poursuit  son travail sur les rapports du Je au Nous. Nous avons indiqué qu’une partie des exploité·e·s et des dominé·e·s qui pourtant est concernée, ne se retrouve pas dans un Nous émancipateur.

A ce propos que nous enseignent les luttes féministes ? Les puissantes vagues féministes internationales des années 2000 ont libéré la parole, ont renforcé la pensée critique et fait progresser les droits des femmes. Le huis clos du couple, comme le huis clos du procès de Gisèle Pélicot, éclate et l’intime devient politique. Le Nous libère le Je, les Je font le nous, le mouvement féministe articule de manière pertinente l’individuel et le collectif. Et ce processus engrange des victoires contre la domination patriarcale et au-delà contre toute domination.

Ce passage du Je (de l’intime) au Nous n’est-il pas à la fois un gage et une condition de succès pour les mouvements populaires ? Inscrire la lutte pour l’égalité à partir de l’action contre toutes les oppressions, n’est-il pas un atout pour construire un rapport de force efficace ? Si oui pourquoi les luttes contre l’exploitation et contre toutes les dominations ne s’inspirent-elles pas de ce qui fait force ? Qu’est-ce qui fait obstacle ? Ne faut-il pas de manière plus visible, plus affirmée mettre l’appropriation sociale comme objectif des luttes ? Appropriation au sens du pouvoir-faire de toutes et tous.

Dans les contributions reçues en amont de notre table ronde, Jean-Luc Ros souligne que le Nous n’écrase pas les singularités, il les rend audibles. Et inversement, les expériences individuelles ne restent pas isolées, elles deviennent matière à construction collective. Jean-Luc incite à faire de l’égalité non pas une promesse différée, mais un principe actif de construction du rapport de force.

Bénédicte Goussault précise cette articulation du Je et du Nous au regard du mouvement féministe, de ses singularités, y compris dans ses dimensions internationales et intersectionnelles.

Josiane Zarka rappelle que pour les générations qui ont précédé et immédiatement suivi le baby-boom, le passage du Je au Nous  était presque « naturel » car synonyme de progrès collectifs et de changement de la société à l’échelle du monde.

Mais les nouvelles générations cherchent plutôt à « refaire société » c’est-à-dire à entretenir, tisser voire réparer les liens sociaux, de préférence dans la proximité, la sphère familiale ou amicale… là où leur « pouvoir faire » a quelques chances de changer les choses.

Ce que complète Pierre Zarka en soulignant que nous vivons des temps où jusqu’au travail on sollicite de plus en plus le Je. L’épuisement des organisations est ici patent. N’apparaissons-nous pas trop souvent comme des théoriciens qui expliquent plutôt que comme valorisant les possibilités des faire par soi-même ?

Pour Christine Depigny-Huet  passer par le Je est incontournable pour retrouver un vrai Nous. Ainsi parler de son travail et prendre conscience de la valeur de son travail favorise le passage à l’action individuelle et collective pour le défendre et le promouvoir.

Makan Rafatdjou insiste sur le défi, les enjeux et les difficultés de la prise en compte des singularités des Je afin d’éviter leur dissolution dans les collectifs qu’elles composent. Considérons donc Les Nous comme sujets collectifs qui intègrent altérités inclusives et exclusives.

La table ronde a permis de poursuivre le débat et nous vous invitons à la lecture des passages essentiels dans les pages qui suivent. L’intégrale est sur le site.

L’équipe de rédaction

Les articles de ce dossier :

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Une question qui n’est pas nouvelle Christian MahieuxJe pense que l’histoire du passage du Je au Nous n’est pas nouvelle. Il y a 40, 50 ...
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Il y a une multiplicité de Nous, mais le Nous est-il toujours émancipateur ?

Makan RafatdjouIl y a une historicité. On est tous d’accord, mais ne donnons pas l’impression que ces tensions entre Je et Nous, telles qu’elles étaient ...
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Comment partir de tous les JE pour faire Nous ?

Affirmer sa propre pensée Célia MusacIl ne faut pas avoir peur en réalité de dire des choses parfois qui ne correspondent pas à la norme. ...
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