Récit : narration d’évènements réels ou imaginaires de vive voix ou par écrit
Les récits dominants de la journée du 17 octobre et des journées d’action des lycéens/nes depuis le 6 octobre se résument à des violences et des dégradations inacceptables, un mouvement qui s’essouffle, des jeunes manipulés par LFI, une police exemplaire (oups…). Ce sont les récits des ministres, du Président de la République, des médias mainstream, et de trop nombreux responsables politiques… Mais aussi du RN : il faut retrouver le calme et la sécurité, réprimer les émeutiers, il ne sert à rien de manifester dans la rue, la crise se résoudra dans les urnes, avec Marine tout reviendra dans l’ordre.
Les récits dominants dont les canaux sont multiples et puissants n’ont pas eu la peau de la mobilisation sociale. Plus de 800000 manifestants/es surmontent la peur des affrontements avec les forces de l’ordre et s’inscrivent dans un autre récit, le récit populaire. Un récit inclusif et joyeux.
Le récit populaire : on ne résout pas la crise en matraquant et en mutilant les jeunes. Leurs revendications sont justes, leurs attentes sont grandes et dépassent largement celle de supprimer Parcoursup. Les revendications s’expriment au grand jour, plutôt que sur les plateformes ministérielles. Il faut les écouter, il faut leur répondre. 10 ans de macronisme ont abimé le pays, saboté les services publics, creusé les inégalités, ruiné les espoirs de vivre mieux que la génération précédente, et d’agir contre le dérèglement climatique. Le ras le bol du mépris des gouvernants à l’égard des revendications exprimées depuis des années est à son maximum. La déconnexion est totale entre ceux qui nous gouvernent et le peuple.
Pas besoin d’attendre les organisations traditionnelles pour massifier le mouvement. Le 17 Octobre a fonctionné sans appel intersyndical, sans représentant, avec un mot d’ordre contre la vie chère. Un destin commun unit toute une génération, voire tout un peuple, les lycéens/nes des banlieues et des beaux quartiers, les gilets jaunes, les profs, les soignants/es, les retraités/es, les étrangers/es…
Ce récit populaire en totale contradiction avec celui du RN se nourrit des récits individuels, et des récits collectifs construits dans les luttes féministes, écologiques, anticoloniales et dans les luttes de classe. Chacun/e écrit son propre récit (et sa propre pancarte) et le diffuse via les réseaux sociaux mais aussi dans les lieux de vie, de travail, d’études (d’ailleurs on préfère fermer les lycées et les facs plutôt que de les ouvrir pour les assemblées générales).
Et c’est ce qui fait la force de ce mouvement.
Sylvie Larue



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