Luc Gwiazdzinski poursuit son exploration et sa défense de la nuit. Il trace depuis une vingtaine d’années les voies d’une découverte scientifique, géographique et sociologique de cet espace-temps convoité par les un·es, honni par d’autres et trop souvent à « l’inverse du jour ».
Cet ouvrage savamment documenté propose des entrées juridiques, sociologiques et économiques et s’appuie sur un historique précis. Il analyse ce territoire spécifique, bénéficiant d’un statut propre, longtemps « oublié » avant de subir une « colonisation » accélérée., à laquelle il conviendrait de désormais remédier. Luc G. entend ici colonisation comme une « opération spatiale de domination », pour reprendre l’expression d’E. Saïd. Peu favorable à la ville 24/24 & 7/7, défenseur de temps de respiration, de reconstitutions, l’auteur argumente cette nécessité temporelle et souligne contradictions, conflits et soubresauts qui agitent nos rapports à la nuit. Tant comme personnes comme dans l’action publique. La nuit n’échappe pas aux inégalités ; elle en crée même de nouvelles, en pérennise quelques autres. Au-delà des fantasmes, la nuit a besoin d’être sortie du cadre sécuritaire dans lequel on l’enferme trop souvent et d’être démonétisée comme bien des « communs ».
On regrettera que l’auteur ait zappé toute référence à Tempo territorial (sauf une brève référence bibliographie) et ses principaux auteurs. mais ce livre remue les idées et nul ne s’en plaindra.
Luc Gwiazdzinski, Décoloniser la nuit, essai sur l’habiter nocturne contemporain, L’aube/Terre à terres, 2026, 224 pages, 25,50€
Patrick Vassallo


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