Un récit, en politique, c’est un passé et une identité commune et la promesse d’un devenir commun qui est censé faire face à l’effondrement des valeurs. Celui que véhicule le RN correspond à des racines profondes dans la société.
Tout d’abord, revenons aux fondements : notre passé colonial et ce qu’il en reste, y compris dans l’inconscient. Quelques éléments épars, qui concourent à la création de la figure du « bouc émissaire ».
- La gauche 4 fois au pouvoir pour décevoir ; fracture sociale ; faillite du soviétisme.
- Le vote des précaires en 2012 pour Hollande puis après l’expérience, vote RN
- La faillite du système des partis
Avec le néolibéralisme s’installe l’idée que la démocratie parlementaire est faible, corrompue et incapable de protéger la nation. Le départ des entreprises à l’étranger et le chômage.
- La « disparition de la classe ouvrière » et le sentiment de ne plus compter pour rien. Apparition des ressentiments et des boucs émissaires : immigrés et « cassos ». Dans un reportage auprès des électeurs du FN, l’Humanité en 1998 rapportait « : les capitalistes je ne les vois pas, les arabes je les vois tous les jours » et « avec Le Pen, j’ai quelqu’un en dessous de moi »
- L’opacité des décisions lourdes de conséquences pour la société nourrit la méfiance envers l’institué : « attention à ce qui se cache derrière »
- L’érosion des représentations traditionnelles ; la cascade de révélations de mensonges dans tous les domaines. Réaction face à la montée des valeurs progressistes « tout fout l’camp »
- Volonté du capital d’en finir avec le programme du CNR : « les assistés ».
Tout ceci n’aurait peut-être pas aussi bien fonctionné si François Mitterrand n’avait pas, d’une certaine façon, valorisé ces idées : en effet, devant le risque de déception, il met en avant le FN comme principal danger alors que celui-ci plafonne à 1% en 1981. Le PC dénonce cette manœuvre, qui va faire monter le FN en en faisant la force alternative. Face à une gauche qui commence vite à décevoir, le FN passe à 8% en 1986. Mitterrand fait disparaître de son programme le droit de vote aux immigrés.
En 1983, lors de la marche des foyers d’immigrés Sonacotra : les partis de gauche sont absents. En 1991, Hue, alors Maire de Brétigny, évoque les « trafiquants de drogue migrants » et Marchais, sous la pression et par peur d’affronter, appelle à arrêter l’immigration pour sauver les emplois.
Depuis longtemps, les idées d’extrême droite ont été préparées : Giscard parle d’invasion pour l’immigration et a des ministres (Longuet, Madelin) qui viennent d’Occident. De plus, le passé de Papon alors Préfet, est encore plus trouble comme le montrera son procès. Pour Roccard, « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». En 1991, dans son fameux discours d’Orléans (« Le bruit et l’odeur » « avec vingt enfants et trois femmes »), Chirac met en cause les prestations sociales et le regroupement familial et le droit d’asile. Lors des élections municipales de Dreux on voit apparaître une alliance de toutes les droites dont le FN face à une Union de toutes les gauches. Lorsque Le Pen utilise le mot « détail » pour les chambres à gaz, tout le monde condamne mais Chirac parle de « dérapage ». Sarkozy après avoir voulu « nettoyer la racaille au Karscher, reçoit Le Pen à l’Élysée ; lequel peut déclarer « Nous avons gagné la bataille des idées » repris par Marine Le Pen après élection de 2016.
La première décision d’Hollande : le refus d’amnistier des syndicalistes et écologistes condamnés. Dans un « souci d’apaisement » : tous les français doivent pouvoir vivre ensemble et ceux qui n’y parviennent pas peuvent se voir déchus de la nationalité française même s’ils sont nés français ». Valls en 2013 : les Roms sont différents de nous, s’ils ne veulent pas s’intégrer ils peuvent revenir en Roumanie ». L’état augmente la répression à l’égard des manifestants écologistes et en 2014 de nombreux militants sont condamnés à des peines de prison et des amendes.
Aujourd’hui, la multiplication du recours au 49-3 et le fonctionnement par décret exaspèrent et créent un sentiment d’impuissance tout en habituant à l’autoritarisme – d’où la quête d’un bon chef. Depuis les lois Cazeneuve (PS), actualisées par décret cet été, la police doit être armée et peut tirer en cas de refus d’obtempérer . L’ancêtre de ce type de loi est un certain Goering.
La guerre contre les extrêmes ne renvoie pas dos à dos : l’électorat de gauche est dissuadé et celui du RN renforcé dans ses convictions.
Enfin on peut se demander si la dissolution de l’Assemblée en 2023, n’avait pas pour objectif de rendre inévitable une alliance Macronistes – RN. Merci Cioti.
Et maintenant on assiste à la multiplicité des attaques contre le nouveau maire de ST-Denis : Bally Bagayoko. ET quand Marine Le Pen se présente comme victime du système, elle permet à des gens brisés de la sentir proche d’eux.
Pierre Zarka



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