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L’Espagne se soulève contre la spéculation

Construction workers engage in building tasks on a scaffold in Hamburg.

Maricarmen : l’expulsion qui a déclenché l’indignation

Le 23 septembre 2026, Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans qui avait vécu pendant sept décennies dans sa maison du quartier madrilène du Retiro, a été expulsée et transférée à l’hôpital. Son histoire a été le déclencheur d’une riposte collective. Le Syndicat des locataires de Madrid, qui l’accompagnait depuis des années et organise la résistance face aux abus du marché locatif, a lancé les premières mobilisations. C’est ainsi qu’est né le campement qui a transformé une revendication sectorielle en un mouvement populaire. L’indignation individuelle s’est transformée en organisation collective et la Puerta Del Sol est redevenue un lieu de rencontre, de débat et de protestation.

Un mouvement qui remonte à loin

Le Syndicat des locataires a vu le jour à Madrid en 2017, dans un contexte de hausse des loyers, d’expulsions des habitant‧es hors de leur quartier et de difficulté croissante à accéder à un logement décent. Depuis lors, il a organisé des assemblées, des actions contre les expulsions et des campagnes visant à limiter les abus des propriétaires et des fonds d’investissement. L’expérience accumulée par le mouvement pour le logement explique qu’il existait des outils organisationnels capables de réagir lorsque le campement a vu le jour. Le campement de Sol a enrichi cette expérience. Aux côtés du Syndicat des locataires, des collectifs sociaux, des organisations syndicales comme la Confederación general del trabajo (CGT) – qui y tient un stand d’information sur la grève –, des plateformes de quartier et des personnes sans affiliation préalable se sont joints au mouvement.

Quand le loyer engloutit le salaire

Pour la CGT, la crise du logement est aussi un conflit social. Les salaires perdent leur pouvoir d’achat tandis que les loyers et les crédits immobiliers absorbent une part croissante des revenus. L’augmentation salariale perd tout son sens si elle finit entre les mains des propriétaires et des fonds qui transforment un besoin fondamental en une source permanente d’extraction de rentes.

Du campement à la grève générale du 11 novembre

La mobilisation de Sol a pris une nouvelle dimension lorsque le Parlement a rejeté les décrets sur le logement qui visaient à répondre à l’urgence. La protestation a alors mis en cause la responsabilité des institutions et exigé une réponse allant au-delà des promesses et des annonces.

Le Syndicat des locataires a proposé de porter le conflit sur le terrain de la grève générale, en renouant avec un outil historique du mouvement ouvrier. Une grève de 24 heures a été confirmée pour le 11 novembre prochain.

Une grève pour changer les priorités

Le défi consiste à transformer l’indignation en organisation, à transposer le conflit sur les lieux de travail et à mettre en place des comités de grève capables de relier les revendications professionnelles à celles des quartiers. La grève doit être un outil de pression collective et un point de départ pour maintenir la mobilisation au-delà d’une seule journée.

Le 11 novembre, faire grève, c’est aussi défendre le droit de vivre. Car le logement ne peut être un privilège, le salaire ne peut servir à la spéculation et la dignité ne peut dépendre d’un compte en banque.

David Blanco, secrétaire aux relations internationales de la Confederación general del trabajo (CGT).

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