Ce remarquable travail de synthèse embrasse sur plus de deux siècles un champ immense et pourtant peu abordé ! L’infra-ordinaire cher à G. Perec qui tisse la toile de nos vies est ici restitué en un infra politique qui constitue une structure invisibilisée de la politique. S’inscrivant de manière novatrice dans les pas des travaux de E.P. Thompson, M. Perrot, G. Noiriel, J. Rancière, M. Zancarini-Fournel, O. Schwartz… En se focalisant sur le croisement des prismes de classe, de genre et dans une moindre mesure des racisés, est abordée la riche palette des manières de vivre populaires (travail, école, famille, enfance, femmes, sexe, croyances, ressources, urbanités, ruralités, temporalités, immigrations, xénophobies, insécurités, contestations…). Cela montre comment se constitue la pluralité des sensibilités existentielles et des sociabilités subsistantielles qui touchent aux fondements de notre société. Cette somme est autant un éclairage vivifiant qu’un appel pressant à reprendre, renouveler et redéployer à la suite de H. Lefebvre (Critiques de la vie quotidienne) et M. De Certeau (L’invention du quotidien) le quotidien comme un paradigme politique majeure. Dans les entrelacs de ces presque riens faits de répétitions et de transformations incessantes se joue à la fois l’hégémonie du capitalisme et l’emprise de l’État sur nos vies, et les possibilités en acte de faire jaillir et advenir les alternatives vitales et émancipatrices.
Makan Rafatdjou
Au jour le jour, Écrire le quotidien des classes populaires en France (XIXème-XXIème siècle), Anaïs Albert, Fanny Gallot, Anne Jusseaume, Eve Meuret-Campfort, Clyde Plumazille, Mathilde Rossignaux-Meheust, Éditions La Découverte, 459 pages, 2026, 24,50 euros


A lire également
Affronter le récit d’extrême-droite
L’Espagne se soulève contre la spéculation
La démocratie encore bafouée