Depuis septembre, quelque chose s’est mis en marche qui ne ressemble à rien de ce que nous avons connu ces dernières années. Certes, on y retrouve des éléments familiers : les grandes manifestations, les blocages de lycées et de facs, les soulèvements des quartiers populaires contre les violences policières, les actions imprévisibles des Gilets jaunes. Mais pour la première fois depuis longtemps, tout cela ne fait pas que s’additionner, mais se conjugue et produit du nouveau.
Ce qui est nouveau, c’est le sujet qui se met en mouvement : une génération entière. Partie de lycées de banlieue parisienne, la révolte a gagné les lycées publics de centre-ville partout dans le pays, et jusqu’à certains lycées privés, puis les universités et les jeunes travailleurs et travailleuses. En 2023, la jeunesse s’était battue en ordre dispersé ; aujourd’hui, elle descend dans la rue ensemble, avec des mots d’ordre et des modes d’action différents, mais dans un même élan.
Ces jeunes subissent tous les torts à la fois : exclusion politique, déclassement économique, catastrophe climatique, et la menace d’une extrême droite qu’ils refusent de voir arriver au pouvoir. Ils réclament le droit d’exister politiquement, d’être comptés comme membres de la cité. En un mot, ils ne parlent plus seulement comme peuple, pas le peuple de la nation ou des urnes, mais celui qui se met en mouvement pour refuser souverainement un certain ordre des choses.
Cette combinaison entre jeunesse et souveraineté populaire se donne à voir dans le caractère échevelé de la rue en lutte. Parfois c’est franchement drôle : les costumes de super-héros face aux canons à eau, les drapeaux de One Piece, les pancartes pleines d’esprit. Parfois, c’est solennel, avec les références à 1789 et à mai 68, l’appel à « quitter l’époque contemporaine ». On retrouve cette bigarrure démocratique dans toutes les mobilisations de la Gen-Z, du Népal à Madagascar, du Sri Lanka à l’Inde, où la jeunesse a parfois fait tomber des gouvernements.
En face, le pouvoir ne connaît que la répression. Le 1er octobre, près de 2 000 interpellations en une journée, à plus de 80 % des mineurs : il faut remonter au 17 octobre 1961 pour trouver (bien) pire. Le 17 octobre, près de 2 400 interpellations encore, majoritairement des jeunes adultes cette fois, surtout des travailleurs et des travailleuses précaires. Puis sont venus, du haut de l’Etat, le mépris, l’injonction absurde de choisir entre la police et les casseurs, les restrictions iniques à la liberté de manifester. Le 24 octobre, la rue a répondu par de nouvelles manifestations massives.
Reste à savoir que faire de cette révolte. En fixant leur date au 5 novembre, les syndicats ont pu sembler dire qu’ils n’avaient rien à voir avec ce qui se passait. Mais si la grève prend, elle montrera que les jeunes, en se soulevant, ont commencé le travail pour nous tou-tes. A nous tou-tes de ne pas manquer à l’appel de cette génération.
Samuel Hayat



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