Devant les impasses de la gauche, on peut éprouver un vide et un sentiment d’impuissance. Et certains/es pensent trouver un déboucher par le biais du RN. Ceux-là croient faire antisystème. On peut penser que de dénoncer le danger qu’est l’extrême-droite serait le moyen d’agir contre le pire. On en fait parfois le sens de la Présidentielle. Mais quel raccourci permettrait à l’antifascisme d’être efficace s’il ne construit en même temps comment se dégager du système cause de tous les maux ?
Il n’y a pas deux combats : l’un contre l’extrême-droite, l’autre contre le capitalisme. Les progrès de l’extrême-droite dans le monde découlent des déceptions et désillusions. On voit que l’évolution des forces du capital comme les macronistes (Macron n’a-t-il pas été ministre de Hollande ?) ou les Républicains aux USA vont de manière rampante vers des solutions de même inspiration : l’armement de la police par le gouvernement Hollande, la même année, la criminalisation de manifs écologiques, les lois antimigrants, les prises de position de Retailleau, le rapport Alloncle contre le service public de l’audiovisuel, les interdits professionnels par lesquels le directeur de Canal + veut frapper les signataires de la tribune « Zapper Bolloré », le droit de tuer pour la police… Le capital met à profit les déceptions pour briser les lois collectives qui garantissent que l’individu n’est pas livré à lui-même face aux classes dominantes. Sa conception de la société c’est « écrase et reste chez toi ».
Seulement voilà : les jeunes ne s’écrasent pas et ne restent pas chez eux. En prenant à bras le corps la question de leur devenir et sans attendre la venue d’un sauveur, les lycéens et étudiants par leur détermination et le niveau des solutions réclamées, font reculer le sentiment d’impuissance. En refusant le piège que le gouvernement leur tendait à savoir un face à face avec des proviseurs sans moyens, en mettant l’État et par là même tous les politiques devant leurs responsabilités, ils font reculer tous les faux-semblants aussi bien de Macron que ceux du RN dont le caractère antipopulaire commence à se voir. Les lycéens et étudiants ont stimulé le mouvement syndical : l’Inter syndicale évoque pour la première fois les dividendes des actionnaires et les 211 Milliards d’argent public détournés vers les grands trusts.
Cette génération ne s’enferme pas dans la nostalgie d’une gauche illusoire ; elle compte d’abord sur elle-même et les appuis qu’elle peut provoquer dans le monde du travail et de la culture. Elle commence à se construire une identité commune et ainsi cristallise les autres colères. Ce faisant, elle fait naître les prémisses de ce qui pourrait devenir un récit venant bien du peuple. Voilà qui met à mal le récit fasciste.
Pierre Zarka



A lire également
Affronter le récit d’extrême-droite
L’Espagne se soulève contre la spéculation
La démocratie encore bafouée