Éclairage sur les élections en Allemagne

A bunch of different colored buttons on a table

L”AFD progresse, de manière inégale, dans toute l’Allemagne. Ce parti, à l’origine représentatif de secteurs ordo-libéraux de la bourgeoisie, loin des compromis du modèle rhénan, a profondément muté. Les thématiques identitaires et anti-immigration sont devenues centrales. Par ailleurs, la dénonciation des “élites”, et des thématiques complotistes, un positionnement russophile, sont des thèmes porteurs.  Aujourd’hui, de nombreux  cadres sont des militantEs identitaires, mettant en cause la “culture de la culpabilité” et prônant la remigration.

      La poussée de l’AFD a des causes conjoncturelles :  l’impopularité d’un gouvernement Merz accentuant le détricotage du modèle allemand et des restes de solidarités sociales. Cette pression s’accompagne d’une réorientation massive des investissements vers les dépenses d’armement. Plus structurelles, avec le déclin des partis démocratiques de masse et l’hostilité à l’immigration notamment dans les Länder de l’Est.

      Après la débâclé morale et économique post-nazie, deux visions se  sont affirmées En RDA la mise en avant d’une nouvelle Allemagne, fidèle alliée de  l’URSS mais inventant un patriotisme socialiste. Les quelques aspects protecteurs du système ont été balayés lors d’une
réunification pilotée par le capital ouest-allemand. Ainsi, peu de salarié·es des nouveaux Länder ont bénéficié des conventions collectives
conquise par le mouvement syndical.
  En RFA,   s’est construite une identité post-nationale et basée sur la recherche du consensus. : un patriotisme constitutionnel, l’intégration
au cadre Européen, un modèle social et économique régulé avec des formes – limitées – de cogestion, plus récemment, une vision multi-culturelle de la société.
      Tous ces éléments sont aujourd’hui remis en cause ou affaiblis par la globalisation, l’emboîtement de crises qu’elle induit et les
conséquences d’un néo-libéralisme destructeur, avec aujourd’hui une nouvelle offensive brutale du capital.

  L’AFD n’est pas, de loin, en capacité de prendre le pouvoir en Allemagne. La résistance de la société  à l’extrême droite est multiforme : le mouvement syndical, les Eglises, l’essentiel des forces politiques (y compris un large secteur de la CDU), les principaux organes de presse et l’audiovisuel public, s’accompagnent d’une floraison d’initiatives citoyennes (des “Omas gegen Rechts”  – les grand-mères contre la droite, – aux secteurs antifa). Le patronat, favorable à une immigration “utilitaire” s’oppose aussi à l’AFD  Cependant le discours antifasciste n’atteint guère les secteurs sociaux aspirant à une refondation de la société sur des bases ethno-culturelles.

En revanche l’installation de l’AFD, avec un score potentiel de 30% au niveau national conduit au blocage du système politique. Les gauches sont minoritaires, la CDU reste le principal parti démocratique et la culture de la coalition conduit sociaux-démocrates et verts, ensemble ou séparément, à un rôle de supplétifs de la droite.  Mais la crise gagne depuis plusieurs décennies. De la domination de deux partis de masse à un émiettement du champ politique, des fidélités partisanes à des comportements électoraux tactiques. La CDU a été au 20eme siècle un parti interclassiste, acceptant le modèle rhénan de la Sozialpartnerschaft, elle est aujourd’hui une formation rétrécie et homogénéisée sur une base  libérale qui vise à la destruction totale de ce modèle. Merz en est un digne représentant. Le SPD fut un vrai parti populaire, entretenant des liens organiques avec de larges secteurs syndicaux. Il cessa tôt de se référer à la lutte des classes mais portait un projet visant à l’élargissement de la démocratie sociale et à des compromis améliorant les conditions de vie du monde du travail. Ses effectifs ont fondu et il est aujourd’hui enfermé dans une coalition sous direction des néo-libéraux. Des résistances se manifestent  mais le parti est placé dans le dilemme suivant : rompre l’alliance sans principe avec la CDU et risquer une nouvelle débâcle électorale ou capituler. Le positionnement des Verts n’est pas si éloigné; ils gardent une base notamment de secteurs des couches moyennes éduquées, ils ont largement renoncé à défendre un programme social de rupture, cautionnent la politique de réarmement massif de Merz, mais gardent, assez seuls, le cap d’une société ouverte et multiculturelle A l’opposé, Le BSW, scission de la Linke, défendait en Saxe Anhalt quatre priorités : des salaires justes, la lutte contre la “cancel culture”, une régulation stricte de l’immigration, le refus de l’engagement aux côtés de l’Ukraine et le pacifisme. Cette formation obtient des scores électoraux proches de 5%, elle est la seule a mettre en cause la Brandmauer, le pare-feux contre l’AFD. Enfin, la Linke gagne des positions dans la société et le champ politique, Sans mettre en sourdine son orientation antiraciste et féministe, elle a clairement axé ses campagnes sur des thématiques sociales, son succès à Berlin est sans doute largement dû à la proposition de socialisation des sociétés immobilières qui contribuent à l’explosion des loyers. La Linke défend par ailleurs une ligne clairement unitaire contre l’extrême droite, est fortement présente dans les mobilisations antifascistes. Sa progression est sans commune mesure avec celle de l’AFD mais elle contribue à la politisation de larges secteurs de la jeunesse. 

Partager sur :         
Retour en haut