Sous les yeux du monde

“¡Como un olorcito a mayo 68!”

‘(Comme un petit air de Mai 68)

Conclusion d’un camarade du syndicat du métro de Buenos Aires

Depuis plusieurs semaines, lycéen·nes et étudiant·es se mobilisent pour dénoncer la dégradation de leurs conditions d’études, Parcoursup, le manque de personnel, le manque de moyens, les politiques qui organisent la casse des services publics et, plus largement, l’avenir que cette société leur réserve. Cette mobilisation est d’une ampleur historique, comme les manifestations depuis le 6 octobre en ont été la démonstration.

Quelle réjouissance ! Une réjouissance qui dépasse largement nos frontières. Les messages whatsapp fusent avec des questions, des propositions de réunion visio de nos camarades de partout dans le monde. Car les camarades suivent nos cortèges, relaient les images de nos blocus et nous posent la même question : la France vit-elle un nouveau Mai 68 ? Une comparaison que nous n’avions pas osée… même si elle s’affiche sur quelques pancartes – « Merci Papi pour Mai 68, on prend la relève » mais que peut être nous aurions tort de balayer d’un revers de main. Nos camarades voudraient comprendre et à travers leurs questions nous aussi…

Bien sûr, l’histoire ne se répète jamais à l’identique. En 1968, une jeunesse étouffée par un ordre gaulliste et paternaliste réclamait l’impossible ; en 2026, une jeunesse qu’on prive de l’essentiel exige des professeur·es, des locaux dignes et un avenir qui ne se décide pas dans les algorithmes de Parcoursup. Mais le fil rouge est bien là : hier comme aujourd’hui, c’est le refus de la sélection sociale qui met le feu aux poudres. Hier comme aujourd’hui, la jeunesse refuse d’être triée, classée et sacrifiée sur l’autel de l’austérité.

Ce que nos camarades du monde entier voient aussi, c’est la force d’une étincelle partie d’un lycée de Créteil et des quartiers populaires, le mouvement a gagné les universités, puis rallié enseignant·es, parents, infirmier·es scolaires, syndicats de salarié·es et jusqu’aux paysan·nes. « Profs, lycéens, même combat » : ce mot d’ordre résonne comme l’écho direct de l’alliance entre étudiant·es et ouvrier·es qui fit trembler le pouvoir il y a cinquante-huit ans.

Abasourdi-es, nos camarades voient enfin la réponse d’un pouvoir aux abois : des milliers d’interpellations, des adolescents mutilés, la matraque en guise de dialogue… dans le pays « des droits de l’homme »… Mai 68 aussi avait connu les charges et les gaz. Cette répression ne dit pas la faiblesse du mouvement, mais sa force : on ne déploie pas un tel arsenal contre ce qui ne fait pas peur.

Alors oui, réjouissons-nous ! Réjouissons-nous de cette génération qui s’organise en assemblées, invente ses slogans, occupe la rue et refuse de baisser la tête. Réjouissons-nous de voir le monde entier tourner les yeux vers nos lycées, nos facs, nos rues… en espérant que la grève se construise dans chaque secteur professionnel.  Sous les pavés, il n’y a plus seulement la plage : il y a la construction de la justice sociale.

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