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Israël : un enfer pavé de mauvaises intentions – Partie I

Où la guerre n’est pas forcément une fatalité. Si elle est une constante récurrente dans l’histoire de l’humanité depuis l’apparition d’Homo Sapiens, elle prend aussi racine dans un pli de sa pensée, qui contient cette idée qui consiste a estimer qu’il vaut toujours mieux dominer un individu que de composer avec lui. Composer avec lui suppose qu’on respecte la place qu’il occupe et qui lui revient, même si on aimerait bien la prendre pour ne plus avoir à restreindre notre propre liberté en respectant la sienne. Une mentalité égotique, prédatrice des droits des autres, fait surgir à coup sûr les conflits qui se propagent ça et là au cours de l’histoire, comme des incendies se répétant en tout temps et en tout lieux. Son mécanisme est toujours le même. Il est question de faire de l’autre son obligé à coup de terreur, à qui l’on impose sa manière de voir le monde comme seule excuse des sales besognes qu’on lui impose, même si bien souvent, personne n’y croit. N’y a t-il pas là ce que l’on pourrait appeler un “tragique de répétition” ? Une névrose humaine dont l’inconscient empêche de réaliser que cette logique n’est pas celle qui protège, mais bel et bien celle qui mène tout droit en enfer. Est-ce vraiment nécessaire tant de crimes, d’horreur et de souffrances ? Pour un résultat toujours négatif, avilissant et pitoyable pour les uns, terrorisant et meurtrier pour les autres, jalonné de mépris et de ruines…Et pourtant, il y a toujours un incendiaire pour rallumer un feu. Un regard sur le conflit au proche-Orient montre comment le sionisme s’est comporté, avec quelle éthique, et avec quelles conséquences.

          Le projet

Lorsque le juif austro-hongrois Théodore Herzl (1860-1904) reprends à son compte la cause de la diaspora juive portée jusqu’alors par le mouvement des Amants de Sion, il est sans doute animé d’une dynamique louable. À son époque, à la fin du 19e siècle, les tensions agressives envers cette communauté vont croissantes et atteignent un premier point d’orgue lors des pogroms russes et polonais, ainsi que dans l’affaire Dreyfus. La plupart des États Européens montrent une aversion pour les juifs qu’ils abritent et un désir croissant de s’en débarrasser. Mais à cette époque, si Herzl promeut l’idée d’un retour de la diaspora en Palestine, alors territoire de l’empire ottoman et occupée par diverses populations arabes, il ne se pose pas la question de l’intégration de sa communauté au sein de ces populations. C’est plutôt l’inverse qui anime sa vision civilisatrice et colonialiste des populations autochtones, perçues comme inférieures et sous-évoluées.On retrouve cette posture dans les propos qu’il a pu tenir à ce sujet :

Théodore Herzl

“C’est la volonté de Dieu que nous revenions sur la terre de nos pères, nous devrons ce faisant représenter la civilisation occidentale, et apporter l’hygiène, l’ordre et les coutumes pures de l’Occident dans ce bout d’Orient pestiféré et corrompu.”

Ou encore :

“Pour l’Europe, nous constituerions là-bas un morceau du rempart contre l’Asie, nous serions la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie.”

Cependant quelques uns de ses contemporains ont su rester lucides.

L’écrivain polymathe Abraham Yahuda (1877-1951) a dénoncé dans ses mémoires, la déception ressentie lors d’échanges avec Herzl sur la question des relations avec les populations palestiniennes. En effet, par deux fois il lui a demandé d’établir des relations avec les palestiniens afin d’obtenir leur soutien au projet sioniste, ce qu’il a, à chaque fois, décliné en prétendant “qu’il n’y avait pas besoin de cela, puisqu’il s’engageait déjà directement avec les grandes puissances.” Yahuda y vit clairement l’expression de l’arrogance des juifs européens envers les Arabes. Comment l’interpréter autrement ?

Israel Zangwil, (1864-1926) écrivain juif britannique, romancier, essayiste, dramaturge, journaliste et théoricien du sionisme, a été l’un des premiers à militer pour la création d’un “foyer national juif”. C’est à ce titre que Théodore Herzl a été le voir à Londres et lui a adressé ces mots : “Aidez-moi à fonder l’État juif ». Cependant, si Zanwill à bien soutenu le projet d’Herzl, il n’en a pas moins pris conscience, quelques années plus tard, de la densité de la population arabe de la région en déclarant : “La Palestine elle-même a déjà ses habitants”. En 1905, il a quitté l’”Organisation sioniste mondiale” dont il était membre et a fondé l’”Organisation juive Territorialiste” (OJT) qui entendait créer un État juif en dehors de la Palestine.

Cette idée a été reprise par le Baron de Hirch (1831-1896), qui lui a donné vie en permettant à des milliers de juifs d’aller s’installer en Argentine après avoir acheté pour eux cent mille hectares pratiquement déserts. Mais le succès n’est pas à la hauteur des espérances et l’entreprise est combattue par Théodor Herzl. Les deux hommes s’expliquent en tête à tête en 1895, un an avant la disparition de Hirsch, mais la discussion tourne court. Au décès du Baron, son projet s’arrête de vivre avec lui.

L’économiste et sociologue Arthur Ruppin, surnommé “le père des implantations juives” et dont la rue qui borde la Knesset affiche fièrement le nom, dirigea le Bureau de Palestine de l’Organisation sioniste à Jaffa à partir de 1908. A ce titre, il fut le principal organisateur de l’acquisition de terres palestiniennes et de la planification des implantations juives. S’appuyant sur des thèses clairement racialistes, il a exprimé un mépris sans limites pour les populations arabes allant même jusqu’à englober la diaspora séfarade d’Afrique du Nord. Il écrivait en 1913:

“Certes, d’autres nations leur sont supérieures sur de nombreux points mais, sur le plan des dons intellectuels, les Juifs ne peuvent guère être dépassés par aucune d’entre elles. C’est peut-être en raison de ce sévère processus de sélection que les ashkénazes sont aujourd’hui supérieurs, sur le plan de l’action, de l’intelligence et des capacités scientifiques, aux séfarades et aux Juifs des pays arabes, en dépit de leurs origines ancestrales communes. (…). Le statut spirituel et intellectuel de ces Juifs (séfarades) est si bas qu’une immigration en masse diminuerait le niveau général des Juifs de Palestine et serait mauvais.”

Il rejeta totalement les juifs noirs, les éthiopiens Falashas, les qualifiant de non juifs.

           Les prémices

Mais tout a commencé à se précipiter pendant la première guerre mondiale. En plein conflit, la France et le Royaume-Uni, les deux grandes puissances colonisatrices, se sont partagé des territoires de l’Empire ottoman, anticipant sa défaite. Cet accord secret s’est fait dans le dos des populations arabes, en complète contradiction avec les promesses faites, dans le même temps, par Mac-Mahon au chérif de la Mecque, porte-parole de ces populations. Ces dernières espéraient la création d’un “grand État arabe indépendant” en échange d’une révolte arabe contre l’Empire ottoman, qui les rangerait du côté des alliés. Ce qui fut fait. Cet accord n’ayant aucune valeur légale, les vainqueurs de la guerre ne l’ont pas mise en application et c’est la Société Des Nations (SDN) nouvellement créée, qui a accordé aux français et aux anglais un mandat pour “conduire à l’indépendance” les peuples du Moyen-Orient “non encore capables de se diriger eux-mêmes”, selon les mots de la SDN, prenant soin de préciser qu’ils devaient s’acquitter de cette tâche en prenant en compte les vœux de ces peuples. En réalité, le Royaume-Uni et la France n’en ont jamais tenu compte et ont réprimé dans le sang les révoltes de ceux qui osaient réclamer des droits. L’organisation sioniste s’est naturellement appuyée sur ces politiques européennes, politiques calquées sur la leur, dominatrice, suprémaciste, raciste, colonialiste, belliqueuses et de surcroit, menteuse.

Avant la fin du conflit, en 1917, lord Balfour, alors secrétaire d’État Britannique aux affaires étrangères, adresse à Lionel Walter Rothschild, personnalité de la communauté juive britannique et financier du mouvement sioniste, une déclaration écrite qui portera son nom, aux fins de transmission à l’organisation sioniste. Cette lettre énonce que le Royaume-Uni se déclare en faveur de l’établissement en Palestine ” d’un foyer national pour le peuple juif “. Il précise que “rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, soit aux droits et au statut politique dont les Juifs disposent dans tout autre pays.” Tant de sollicitudes de la part des britanniques, comme des autres gouvernements européens, auraient pu signifier un véritable souci envers la diaspora Juive. Certains en ont très tôt exprimé le doute, comme l’a, par exemple, rappelé Edwin Samuel Montagu (1879-1924), alors membre juif du gouvernement britannique de l’époque, qui a tenu ces propos visionnaires et tellement prévisibles :

“Je tiens à exprimer officiellement mon opinion selon laquelle la politique du gouvernement de Sa Majesté est antisémite et, par conséquent, fera le jeu des antisémites dans tous les pays du monde. Il est inconcevable que le gouvernement britannique reconnaisse officiellement le sionisme et permette à M. Balfour de dire que la Palestine doit être transformée en “foyer national du peuple juif”. J’ignore ce que cela implique exactement, mais je suppose que cela signifie que les mahométans et les chrétiens devront céder leur place aux juifs, que ces derniers devront avoir la préférence en toutes choses et devront être assimilés à la Palestine comme les Anglais le sont à l’Angleterre ou les Français à la France, que les Turcs et les autres mahométans seront considérés comme des étrangers en Palestine de la même façon que les Juifs seront traités comme des étrangers dans tous les pays.”

Pour lui, le sionisme ne pouvait que produire une violente réaction contre les juifs qui choisiraient de rester en Europe, voire un prétexte pour les pays chrétiens d’Europe de se débarrasser de toute présence juive sur leur territoire.

Si, quelques années avant la chute de l’empire Ottoman, de nombreux chroniqueurs ou journalistes témoignaient de la bonne volonté des populations arabes de la région d’accueillir une population juive sur leur territoire, y voyant une ouverture sur les valeurs et le progrès que ces ressortissants occidentaux pouvaient leur apporter, leur hospitalité a vite été douchée devant l’avalanche de tromperies dont ils ont été victimes.

En 1881, il y avait environ 25 000 juifs religieux, vivant essentiellement dans les villes de Jérusalem, Safed, Tibériade et Hébron. En 1882, l’alya (acte d’immigration en terre d’Israël pour un juif) des Amants de Sion marque le début de l’alya sioniste à visée politique avec l’apparition de Juifs à la fois laïcs et nationalistes, constituées majoritairement de réfugiés chassés par des marques d’hostilité antijuives dans leurs pays d’origine. Les soulèvements arabes de 1920, 1929 et 1936 qui protestaient contre l’immigration de masse sioniste déferlant sur leur territoire par vagues successives aboutit à la Grande révolte arabe qui a sévi de 1936 à 1939, surtout en Galilée. Pendant cette période, près de 300 000 juifs ont débarqué sur leur territoire, s’installant, sans accord préalable avec les populations locales, en achetant des terres avec la bénédiction de l’administration anglaise, s’organisant en colonies agricoles qui préfiguraient déjà la colonisation à venir et développant des institutions économiques et politiques ségrégatives. Avec un point d’orgue en juillet 1937, année où la Commission Peela publié un rapport proposant, pour la première fois, de partager la Palestine en deux États, l’un juif, l’autre arabe. Selon ce plan, une grande partie de la Galilée revenait au Juifs pour la création de leur État. Rejetée par les dirigeants arabes, humiliés par autant de mépris et d’irrespect, cette proposition a été accueillie à bras ouverts par le mouvement sioniste qui l’a considérée comme une base de discussion, malgré des réserves sur les frontières qu’ils espéraient plus à leur avantage. Le rejet du plan a contribué à une nouvelle escalade des affrontements. Comment l’imaginer autrement ?

          Avant la création d’Israël

Après la seconde guerre mondiale et la Shoah, qui n’ont pas fait prendre conscience ni à Israël ni aux Européens, du danger résultant du mépris et du rejet des communautés locales, les mentalités coloniales se sont imposées de plus belle. S’alignant sur le modèle de la Commission Peel, l’Assemblée générale des Nations Unies (ONU) a adopté, le 29 novembre 1947, la résolution 181 qui prévoit le partage de la Palestine en deux États distincts, avec un statut international pour Jérusalem. Accueillis favorablement par les sionistes, les arabes de la région rejette sans surprise cette résolution. Cette décision est logiquement difficile à accepter pour eux, car on leur propose, sans les avoir consultés, de leur retirer 55% du territoire qu’ils occupaient jusqu’à présent depuis des siècles, sans aucune contrepartie, au bénéfice d’une communauté qui les envahit, les méprise, les rejette et les tuent de manière de plus en plus décomplexée.

Six mois plus tard, le 14 mai 1948, le dernier jour du mandat britannique sur la Palestine, la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël est prononcée par David Ben Gourion, homme politique socialiste Israélien, qui devient le premier premier ministre de cette nouvelle nation qui écrase les Palestiniens de ses prétentions nationalistes, sans aucune prise en compte de leurs revendications. Le nom d’Israël est choisi, un parlement est créé, la Knesset, et les diverses milices existantes sont regroupées pour former la première armée d’Israël, Tsahal, qui est alimentée par un pont aérien depuis la Tchécoslovaquie, par les européens et surtout par la France, en armes dernier cri.

Ainsi qu’il pouvait être redouté, dans les jours qui suivirent, les armées des États nouvellement créés de l’Egypte (1922), de Transjordanie,(1946, qui deviendra plus tard la Jordanie), de l’Irak (1932), de la Syrie (1946) et du Liban (1943) entrent en guerre contre cet État qui leur est imposé, déclenchant ainsi la première guerre israélo-arabe. Suréquipée, les forces israéliennes remportent plusieurs victoires et finissent par forcer la signature séparée d’un armistice avec chacun des belligérants. Durant cette guerre, sur le territoire palestinien, plus de 770 villages sont abandonnés, évacués ou détruits. Les réfugiés voient également la spoliation à grande échelle de leurs biens, légalisée par la loi sur la “propriété des absents”, Israël leur refusant tout droit au retour. Cette expulsion des uns, l’exode des autres, accompagnés de massacres massifs à constitué ce que les victimes de ces actes barbares ont appelé la Nakba (catastrophe) et qui touchera près d’un million de palestiniens. Les survivants se sont réfugiés dans les pays arabes voisins : au Liban, en Syrie, en Jordanie ou à Gaza. A l’issue de ces massacres, Israël s’arroge un tiers de territoire de plus que ce que la résolution de l’ONU leur avait accordé. Selon l’historien israélien Ilan Pappé, l’expulsion des Palestiniens relève du “nettoyage ethnique” et a commencé avant la guerre, selon un plan israélien préétabli nommé Plan Daleth. Deux lots d’archives, certaines déclassifiées, d’autres découvertes fortuitement en 2024, confirment que les expulsions et massacres faisaient partie des ordres donnés aux unités militaires Israéliennes. Les descendants de ces victimes que l’on appelle les réfugiés palestiniens, sont aujourd’hui près de 6 millions. Comme tout traumatisme, sa mémoire se transmet de génération en génération et reste encore très vivace aujourd’hui, alimentant une colère et une détermination qu’on ne peut comprendre sans tenir compte de cet épisode, ni de ceux qui vont suivre.

Quant aux juifs d’Israël, leur premier acte a été de reproduire le même traumatisme qu’eux même avaient subi en 597 av J.-C., après la chute de Jérusalem quand ils furent déportés à Babylone, évènement tragique et marquant de leur histoire, retracé dans la Bible et qui fut le point de départ d’une première dissémination en diasporas partout dans le monde.

Fort du soutien militaire des pays occidentaux qui scelle un pacte édifié sur la guerre, le racisme et la colonisation, Israël n’aura de cesse que de prouver sa supériorité à ses voisins, imposant ses prétentions par la force et n’affichant qu’une diplomatie de façade. De leur coté, à partir de la Nakba, au fil du temps et des événements, les Palestiniens se sont organisés en une myriade de factions armées clandestines dont l’objectif commun est la défense et la reconnaissance de leur terre, de leur existence et de leur identité. Comment aurait-il pu en être autrement ?

          Après la création d’Israël

Après le refus des États-Unis et de la Banque mondiale d’accorder des prêts pour le financement de la construction du barrage d’Assouan en Égypte, son dirigeant, Gamal Abdel Nasser, décide de nationaliser le canal de Suez. Devant ce qu’ils considèrent comme un affront, la France et l’Angleterre complotent, en 1956, contre le président égyptien avec la complicité du gouvernement israélien. Celui-ci se prête au jeu des deux autres en attaquant l’Égypte et en envahissant le Sinaï, en arguant vouloir sécuriser sa navigation au niveau du passage du Tiran situé à la pointe de ce territoire. Mais cette attaque servait en réalité de prétexte à une intervention militaire des deux grandes puissances, se présentant comme force d’interposition, mais envahissant au passage le territoire égyptien du Sinaï jusqu’à contrôler le canal de Suez, véritable objectif fixé. Si ce montage militaire se termine en fiasco pour les européens, Israël en ressort conforté comme puissance militaire, l’opération ayant détruit une partie du potentiel militaire égyptien. Le pays a également renforcé sa coopération militaire avec la France, notamment par la réception des premiers avions à réaction, ainsi que des chars Leclerc, et une coopération nucléaire avec la livraison d’un réacteur, à la suite du protocole de Sèvres. Ce dernier a donc permis à Israël de posséder l’arme atomique, ce qui a participé, et participe toujours, à son sentiment de toute puissance et d’impunité. Aujourd’hui, le Stockholm International Peace Research Institute estime qu’Israël possède à ce jour environ 90 ogives nucléaires, avec suffisamment de matières fissiles pour en fabriquer davantage.

En juin 1967, c’est la Guerre des Six Jours. La crise débuta le 7 avril, lorsqu’à la suite d’un incident mineur à la frontière israélo-syrienne, un combat aérien aboutit à la destruction de sept avions syriens. L’Égypte entre dans le conflit, tenu par ses accords avec la Syrie. A l’issue de ce conflit, Israël multiplie par trois son territoire en occupant la bande de Gaza, (alors administré par l’Égypte depuis 1949, et qui restera sous contrôle israélien jusqu’à son retrait unilatéral en 2005), la Cisjordanie et Jérusalem-Est, ( jusqu’alors administrée par la Jordanie depuis 1949), le plateau du Golan syrien qu’elle annexera unilatéralement en 1981, ainsi que le Sinaï Égyptien qu’elle n’acceptera de restituer qu’en 1982 contre des accords de paix. Entre 200 000 et 300 000 Palestiniens sont déplacés pendant ce conflit; dont beaucoup se réfugient en Jordanie. Ultime camouflet, peu après la guerre, Israël commence à établir des colonies dans les territoires occupés de la bande de Gaza et de Cisjordanie, malgré la désapprobation de la plupart des États, ainsi que de l’ONU qui considèrent, depuis, ces colonies comme contraires au droit international.

Après la défaite de la guerre des six jours, convaincus de devoir prendre leur destin en main, les Palestiniens décident d’agir seuls, indépendamment des autres nations arabes. Dans ce contexte, à partir de la fin des années 1960 les conflits se sont multipliés entre Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), dirigée par Yasser Arafat. En 1982, après une tentative d’assassinat contre son ambassadeur à Londres, attribuée à un groupe palestinien rival de l’OLP, l’armée israélienne envahit le Liban et assiège Beyrouth, où se trouve le quartier général de l’OLP. L’objectif affiché est de mettre fin aux attaques de l’OLP depuis le sud du Liban. L’organisation, déjà expulsée précédemment de Jordanie, est obligée de se déplacer une nouvelle fois et part s’installer à Tunis. Peu après son départ, les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila sont commis par des milices libanaises, alliées d’Israël qui les laisse faire alors que Tsahal contrôlait les entrées et les sorties des camps. Pendant trois jours, ces miliciens tuent sans distinction de nombreux habitants des camps, principalement des civils, des femmes, des enfants et des personnes âgées. Le nombre exact de victimes reste débattu selon les sources, avec des estimations allant de plusieurs centaines à plus de 3 000 morts. On voit poindre avec cet évènement les premiers prémices d’un génocide.

La guerre du Kippour opposa Tsahal à l’Égypte et à la Syrie qui menèrent une attaque simultanée en 1973 dans la péninsule du Sinaï et sur le plateau du Golan, territoires respectivement égyptien et syrien, occupés par Israël depuis la guerre des six jours. La réussite militaire initiale égyptienne ébranla Israël et déboucha sur l’ouverture de négociations de paix. Celles-ci aboutiront, en 1978, à la normalisation des relations entre Israël et l’Égypte, formalisée par les accords de Camp David, qui voit l’Égypte récupère la péninsule du Sinaï occupée depuis la guerre des six jours, en contrepartie de cet accord,. Une brigade de Palestiniens a participé aux combats aux côtés de l’armée égyptienne et les pertes se sont élevées à 9 500 morts, sans distinction précise entre les deux nationalités.

Étouffée en permanence par les restrictions imposées par Israël, la population palestinienne finit par se rebeller. Le mouvement de la première intifada (soulèvement) débute en décembre 1987 après un accident de la circulation à Gaza impliquant un véhicule militaire israélien et des travailleurs palestiniens. Cet événement déclenche des manifestations sur fond de tensions accumulées liées à l’occupation Israélienne, aux difficultés économiques et à l’absence de perspective politique. Le soulèvement s’étend rapidement à la Cisjordanie et à Jérusalem-Est, générant manifestations, grèves et boycotts. Beaucoup de ces révoltés sont des adolescents, voire des enfants, armés bien souvent que de pierres face à des soldats dont l’armement est bel et bien létal. Les colons Israéliens implantés en Cisjordanie participent à la répression, n’hésitant pas eux-aussi à tuer ceux qui leur jettent des pierres. Le bilan fait état de 1300 morts côté palestinien pour 160 côté Israélien.

En 1980 Yasser Arafat modifie progressivement sa stratégie. Il accepte, en 1988, le principe d’un État Palestinien aux côtés d’Israël, reconnait la résolution 242 et 338 du conseil de sécurité de l’ONU et renonce officiellement aux actions terroristes comme moyen d’action en entrant dans le cadre d’un dialogue amorcé avec les États-Unis. C’est le début d’un rapprochement qui amènera le premier ministre israélien Yitzhak Rabin à signer avec Yasser Arafat les accords d’Oslo le 13 septembre 1993 à la Maison Blanche. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Yitzhak Rabin n’avait rien d’un philanthrope. Il était issu de la branche militaire et s’était particulièrement illustré par sa cruauté envers les Palestiniens quelques années auparavant. Dans ces accords, beaucoup de concessions sont faites aux Israéliens par l’OLP qui, outre le territoire, reconnait le droit d’Israël à mener une existence en paix et sécurisée, en contrepartie de la reconnaissance d’une autorité palestinienne, et de l’OLP comme représentante légitime du peuple palestinien, mais avec peu de pouvoir et de moyens. Ces accords, qui ressemblaient à une reddition palestinienne pour certains, n’a pas empêché, deux ans plus tard, l’assassinat d’Yitzhak Rabin par un étudiant juif d’extrême droite. Ultranationaliste, il était opposé aux accords d’Oslo et au processus de paix. Les sionistes dévoilaient là leur volonté de s’opposer à tout processus de paix, laissant entrevoir leur préférence pour une guerre sans fin plutôt que pour la paix, dans une perspective prédatrice consistant à cibler un grignotage des territoires palestiniens au fil des conflits.

Le 28 septembre 2000, la visite provocatrice d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu le plus sacré des Musulmans après la Mecque et Médine, marque le début de la seconde intifada. Ce parlementaire et chef de l’opposition israélienne, affilié au parti d’extrême droite du Likoud, savait qu’il allait déclencher une révolte palestinienne. Celle-ci est démultipliée par la mort médiatisée de Mohammed al-Dura deux jours plus tard. Cet événement qui a fait le tour du monde, filmé par un journaliste et diffusée sur une chaîne de télévision française, montre un père et son fils de 12 ans, Mohammed al-Durah, pris malencontreusement au milieu d’un échange de tirs qui opposaient l’armée israélienne aux forces de sécurité palestiniennes. Le film montre l’enfant qui finit par être atteint mortellement par des balles alors qu’il se blottissait dans les bras de son père. Les émeutes qui s’ensuivront feront 100 morts palestiniens ainsi que 14 arabes israéliens en 15 jours. Le 30 octobre, la violence grimpe d’un cran quand le Hamas et le Jihad islamique lancent une campagne d’attentats-suicides contre les centres urbains israéliens, qui perdurera jusqu’à la fin de l’année 2004. En 2002, Israël lance alors l’opération rempart, principalement en Cisjordanie pour mater les émeutiers. En 2005, Israël décide de se retirer de la bande de Gaza devenue trop dangereuse et démantèle les colonies qui s’y étaient implantées. Ce choix était motivé par la nécessité de sécuriser les 250 000 colons de Cisjordanie en y concentrant Tsahal, alors que les 8 500 colons de Gaza qui auraient nécessité un partage de l’armée, pesaient moins lourd dans la balance. Toutefois, Israël continue de contrôler l’espace aérien, les eaux territoriales et les accès de Gaza et, petit-à-petit, un blocus s’installe ainsi. En 2006, le Hamas remporte les élections législatives et prend le contrôle de Gaza après quelques affrontements avec le Fatah. Cette victoire du Hamas, dont les positions sont plus radicales que celles du Fatah, est suivie par l’opération Plomb durci d’Israël qui mène des raids guerriers à Gaza entre 2008 et 2009.

Bien que certains situent la fin de cette seconde intifada en 2005, d’autres estiment que le conflit ne s’est jamais arrêté depuis. La période 2005-2023 a été émaillé d’affrontements récurrents, imposant 18 ans de guerres aux Gazaouis et des violences de nature tant physique que psychologiques aux palestiniens de Cisjordanie.

2012 verra l’armée israélienne mener l’opération Pilier de défense qui durera environ une semaine. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR) fait état d’environ 168 palestiniens tués par l’action militaire israélienne, dont 101 seraient des civils, parmi lesquels 33 enfants et 13 femmes. De son côté, Israël à déploré 6 morts

Deux ans plus tard en 2014, c’est l’opération Bordure protectrice, considérée comme la plus meurtrière depuis longtemps, qui est menée par Israël après l’enlèvement et le meurtre de trois adolescents israéliens. Les Nations unies estiment qu’environ 2 251 Palestiniens ont été tués, dont 1462 civils, parmi lesquels 551 enfants et 299 femmes, contre 73 morts côté Israélien, dont 67 soldats.

En 2018-2019 ce sont les Marches du retour, à la frontière de Gaza, qui donnent lieu à des manifestations palestiniennes et à des affrontements avec l’armée israélienne avec un lourd bilan humain. Ces marches commémoraient la Nakba et demandaient la levée du blocus imposée à Gaza depuis 2007. 214 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes pendant les manifestations, dont 46 enfants. Plus de 36 100 Palestiniens ont été blessés, dont près de 8 800 enfants. De leur côté les Israéliens déplorent un mort.

En 2021 éclate une nouvelle Guerre de 11 jours entre Israël et le Hamas après de fortes tensions à Jérusalem, notamment autour de la mosquée Al Aqsa et du quartier de Cheikh Jarrah. 261 Palestiniens sont tués, dont 67 enfants et 41 femmes. Pour 11 civils et 2 soldats tués côté israélien.

En 2022-2023 les violences augmentent en Cisjordanie avec des raids militaires israéliens, des attaques de groupes armées palestiniens et des violences commises par des colons israéliens à proximité de leurs colonies. Les Nations unies décompte 390 Palestiniens tués, principalement en Cisjordanie, contre 60 israéliens.

          Les conséquences

Comment penser un seul instant qu’une population aussi meurtrie, méprisée, maltraité et rejetée en dehors de son propre territoire, puisse un jour faire profil bas en acceptant de supporter toutes ces humiliations et persécutions depuis l’arrivée des premiers colons ? Ces personnes marquées jusqu’au plus profond de leur chair n’ont pas d’autre solution que la résistance permanente contre ceux qui n’ont jamais cessé de les martyriser. Leurs moyens, comme ceux de tout peuple opprimé, sont ceux de tous résistants qui, dans l’ombre de la clandestinité, tentent de rallier à leur cause leurs compatriotes, réveiller la communauté internationale et tenter de faire valoir leurs droits à chacune de leurs manifestations. Meurtres, assassinats, sabotages, explosifs et roquettes artisanales sont les moyens utilisés par ceux qui résistent contre la tyrannie. Pour cela certains États les qualifient de “terroristes”, comme s’empresse de le faire l’État d’Israël. Sous l’occupation allemande, l’administration nazie, et même le gouvernement de Vichy, avaient aussi qualifié les résistants français de “terroristes”. Ces combattants, qui luttent pour la libération de leur terre et de leur peuple sont stigmatisés ainsi par ceux qui les écrasent, alors que ce sont eux qui ont les plus grandes raisons d’être terrorisés.

Des négociations ont été mises en place entre le Hamas et Israël, avec une médiation Égyptienne. Elles ont progressé à partir de 2017 mais sans aboutir à aucun accord sur la levée du blocus imposé à Gaza par Israël pendant dix ans.Fin 2006, le Hamas remporte les élections législatives palestiniennes. Après quelques affrontements avec le Fatah, le Hamas prend le contrôle de Gaza en 2007, tandis que le Fatah conserve le contrôle de la Cisjordanie. Israël aidé de l’Égypte renforcent alors le blocus de Gaza. Depuis cette date, Israël, invoquant des raisons sécuritaires, a établi un contrôle renforcé, des points d’entrée et de sortie de l’enclave, de l’espace aérien, de l’accès maritime et d’une grande partie des flux de marchandises. Autant dire que plus rien n’entre ni ne sort sans son autorisation. Petit-à-petit, la population suffoque économiquement, ce qui est le véritable objectif d’Israël. La situation humanitaire dans l’enclave palestinienne a continué à se détériorer, conduisant la population à faire pression sur le Hamas. L’échec des négociations, liée à la mauvaises volonté d’Israël, aurait décidé la branche militaire du Hamas, (les Brigades Izz ad-Din al-Qassam) d’opter pour le coup d’éclat du 07 octobre 2023. D’autres mouvances se sont jointes à cette attaque, tels que le mouvement du jihad islamique en Palestine (Brigades Al Qods), le Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP – via les Forces Omar Al-Qasim), le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP – Brigades Abu Ali Mustafa), les Brigades des Martyrs Al-Aqsa historiquement liées au Fatah le parti de Yasser Arafat. D’autres encore revendiquent leur participation sans que cela ne soit confirmé.

A cette date, débute une attaque palestinienne surprise sur le territoire israélien, qui arrive précisément à la date anniversaire de la guerre du Kippour, avec des tirs de roquettes dans sa phase initiale, accompagnés d’infiltrations de combattants en territoire israélien tout autour de la bande de Gaza. Cet assaut a donné lieu à des massacres de civils au hasard des rencontres et d’une prise d’otages de 251 personnes dans la perspective d’un échange avec les quelques 6 000 palestiniens enfermés dans les geôles israéliennes, dont certains y croupissent parfois depuis plusieurs dizaines d’années. A l’issue de cette attaque, 1189 israéliens sont morts dont 379 soldats et policiers et environ 1500 combattants palestiniens. Ceux qui ont pu se replier sur Gaza se sont engouffrés dans des tunnels construits patiemment au fil des ans depuis les années 1980, et qui totalisent un réseau souterrain de plus de 500 km, servant, outre une circulation à l’abri des bombardement, à entreposer des armes, d’atelier de fabrication d’explosifs, de poste de commandement ou, accessoirement, de lieu de détention d’otages.

La réaction du gouvernement israélien est immédiate et conforme à son esprit sionisme qui l’anime depuis le début. Le premier ministre Benyamin Netanyahou bombarde Gaza le jour même de l’attaque palestinienne et forme un cabinet de guerre le 11 octobre, s’octroyant ainsi les pleins pouvoir. Il déclare la guerre au Hamas et lance l’opération Glaives de fer, avec l’ambition de détruire le Hamas et à libérer les otages. Ces objectifs inatteignables démontrent un caractère délirant qui va se confirmer tout au long du conflit. Après un intense bombardement quotidien sur l’ensemble du territoire de la bande de Gaza, une invasion terrestre massive a débuté le 27 octobre 2023, accompagnée d’un blocus total de Gaza. Des coupures d’eau, d’électricité, de vivres et de médicaments sont venues se rajouter aux autres restrictions.

Les déplacements de populations, parfois ordonnés par Tsahal quelques heures à peine avant les bombardements programmés, ont été officiellement justifiés par d’Israël par sa volonté de “minimiser les pertes civiles”. Le but humanitaire de protéger les civils s’inscrit dans le cadre du droit international humanitaire qui oblige une armée à avertir les populations civiles avant des attaques, lorsque cela est possible. Mais ces dispositions ne restent évidement valables que quand deux armées se font face, alors qu’en l’espèce, les combattants palestiniens ne sont pas organisés en armée et se fondent dans la population. De nombreuses voix palestiniennes et internationales accusent ces ordres d’évacuation d’être utilisés comme un instrument de guerre psychologique et de nettoyage ethnique ou de transfert forcé de population, visant à vider durablement des pans entiers du territoire pour y faciliter des opérations militaires d’envergure ou remodeler la géographie de la bande de Gaza. On retrouve cette même haine et cette volonté de nettoyage ethnique à travers la pratique courante de Tsahal consistant à envoyer un second missile, juste après la frappe d’un premier, afin de s’assurer de la destruction de tous ceux qui étaient venus porter secours aux blessés.

L’agressivité aveugle d’Israël a été jusqu’à produire une directive dite Hannibal, qui prévoit de tout mettre en œuvre pour éviter les enlèvements d’Israéliens, quel qu’en soit le prix. Il y a de bonnes raisons de penser qu’elle ait été activée pendant le conflit car le 15 décembre 2023 à Shuja’iyya, quand trois otages Israéliens retenus à Gaza, ayant réussis à échapper à leurs ravisseurs, se sont approché de Tsahal, torse nu, agitant un drapeau blanc, ils ont été tués par les soldats israéliens. Après avoir tiré sur les deux premiers, le troisième, blessé, s’est réfugié dans un bâtiment en criant en hébreu : “Aidez-moi”. Le commandant a répondu en lui demandant de venir vers les soldats et lorsqu’il est sorti, l’armée lui a tiré dessus. Le gouvernement Israélien montre souvent des comportements de type paranoïaques et on retrouve le trait le plus central de ce syndrome dans la tendance omniprésente à suspecter les autres d’avoir des intentions malveillantes, de vouloir nuire, tromper, exploiter ou trahir, et ce, en l’absence de preuves objectives ou face à des faits évidents qui démontrent le contraire. Le récent élargissement de la peine de mort s’inscrit dans cette même veine. Réservée jusque là, depuis 1954, “pour les auteurs de génocide” (sic), aux crimes nazis et à la trahison en temps de guerre, elle a été spécialement adoptée par la Knesset pour les combattants palestiniens, afin de pouvoir les tuer plus facilement légalement.

Les journalistes ont été systématiquement pris pour cible depuis le début du conflit. Le gouvernement de Netanyahou a tenu à garder la main sur l’information, qu’il manipule à sa guise sans scrupule, et pouvoir passer ainsi sous silence les nombreuses exactions commises par Tsahal. L’assassinat en direct de la journaliste palestino-américaine d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh, tuée d’une balle dans la tête tirée par l’armée israélienne avait déjà scandalisé en 2022. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), 330 journalistes et travailleurs des médias ont été tués dans le monde entre le 7 octobre 2023 et le 31 décembre 2025, dont 171 dans le conflit israélo-palestinien. Et la liste ne cesse de s’agrandir au fur et à mesure des recencements. Le journal Haaretz en démombre 262 fin septembre 2026. La liste s’étend encore si l’on compte les 16 d’entre-eux tués au Liban, ou ceux de l’Iran qui en compte au minimum de 3. Les insignes de presse, qui d’habitude protègent les journalistes opérant sur des théâtres de guerre pour se faire distinguer des combattants, a permis à contrario, à l’armée israélienne de les identifier pour les tuer plus facilement. L’information sur Gaza, comme en Cisjordanie ne circule plus que filtrée par les déclarations partielles et partiales du gouvernement Israélien, et sur les réseaux sociaux par quelques personnes témoins, documents fragmentaires sujets à toutes les manipulations, désinformation, difficilement vérifiables et de plus en plus rares. Avec le tarissement de l’information, le gouvernement israélien compte sur l’apaisement international des esprits, qui, sevrés, finiraient par se détourner de l’actualité de ce conflit.

Comme le Hamas le revendiquait, l’ensemble des otages qu’il détenait a été relâché contre la libération de prisonniers israéliens, en plusieurs vagues successives et en alternance. 168 otages ont été libérés vivants. La différence entre ce chiffre et les 251 otages capturés originellement, s’explique par quelques libérations exceptionnelles en dehors des accords, par les otages secourus par l’armée israélienne au cours d’opérations ciblées, ainsi que par le décès de nombre d’entre-eux pendant l’attaque initiale. La directive “Hannibal” y serait-elle là aussi pour quelque chose ? Toujours est-il que les 20 derniers otages vivants ont été libérés le 13 octobre 2025. Les corps de ceux décédés et détenus par le Hamas ont tous été restitués par la suite. En contrepartie, 2 000 prisonniers comprenant des femmes, des mineurs, des personnes détenues administrativement depuis le début du conflit, ainsi que des détenus purgeant de longues peines, ont été libérés par Israël sur les 6 000 détenus. La plupart des jugements, pour ceux qui ont eu la chance d’en avoir un, ont eu lieu devant des tribunaux militaires israéliens dont les verdicts dépassent 99 % de condamnation avec des peines arbitraires souvent lourdes. Les règles de base les plus élémentaires de la justice, comme celles de la “Magna Carta”, charte Anglaise de 1225, qui réactualise l'”Habeas Corpus” romain, proscrivant les arrestations arbitraires ou vexatoires, établissant un principe d’indépendance vis-à-vis de l’exécutif et.marquant le passage d’un absolutisme royale à celui d’un État de droit, sont réduites à néant par le pouvoir judiciaire Israélien qui effectue ainsi un retour en arrière vertigineux. Autant dire que ces détenus ne peuvent plus être qualifiés de prisonniers, mais plutôt d’otages, au même titre que ceux enlevés par le Hamas.

Ont peut cependant regretter, malgré les demandes insistantes du Hamas, que, dans cet échange, ne figure pas le dirigeant politique palestinien de premier plan, Marwan Barghouti, associé au mouvement du Fatah, emprisonné en Israël depuis 2002, figure influente de la politique palestinienne malgré sa détention, personnalité centrale des débats sur l’avenir de la direction palestinienne et qui aurait pu faire évoluer le conflit vers une sortie.

L’UNRWA (l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens qui travaillaient dans l’enclave depuis des décennies) a été interdite au prétexte que certains de ses employés auraient participé à l’attaque du Hamas. A contrario, un rapport de l’ONU, publié en mars 2026, dénombre 393 personnes de l’ONU tuées à Gaza depuis le 7 octobre 2023 parmi les 589 travailleurs humanitaires, ou assimilés, de l’UNRWA. Après avoir congédié cet organisme et l’avoir remplacé par un autre, privé et contrôlé par Israël et les USA, le Gaza Humanitarian Foundation (GHF), les lieux de distributions de nourritures ont fait l’objet de tirs fréquents et arbitraires de la part de Tsahal sur ceux qui, hommes, femmes ou enfants, tentaient de se procurer un peu de nourriture. On estime à plus de 1000 personnes, hommes, femmes ou enfants, tués par des snipers lors de la distribution alimentaire organisé par le GHF entre le 27 mai et le 21 juillet 2025. Par ailleurs, les camions d’approvisionnement collectés par la communauté internationale n’ont pu entrer qu’au compte goutte dans l’enclave et beaucoup d’entre-eux ont été vandalisés par des colons qui s’opposaient à ce que cette nourriture puisse être distribuée au palestiniens. Ces colons n’ont pas plus été inquiétés que ceux qui tuent des palestiniens en Cisjordanie pour leur prendre leur terre, leur maison ou simplement leur vie. Depuis 2007, Gaza est souvent décrite comme une “prison à ciel ouvert” et selon l’ONU, plus de 80 % de la population dépend de l’aide humanitaire, avec des taux de pauvreté et de chômage parmi les plus élevés au monde. Au moins 461 personnes sont mortes de causes liées à la malnutrition à Gaza entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2025, dont 157 enfant. Qu’en est-il un an après ?

Les enfants et les hôpitaux ont été particulièrement ciblés. Le 5 avril 2024, une mission de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et de plusieurs agences de l’ONU ont finalement pu entrer dans l’hôpital Al-Shifa tenu par le docteur Mohammed Abu Salmiya, un médecin pédiatre palestinien. Leur constat est particulièrement sévère : l’hôpital était devenu pratiquement une coquille vide et totalement hors d’usage. La plupart des bâtiments étaient détruits ou très endommagés et une grande partie du matériel avait été brûlée ou rendue inutilisable. L’OMS a notamment constaté des dégâts considérables aux services d’urgence, de chirurgie et à la maternité, 115 lits du service des urgences brûlés, 14 incubateurs de soins intensifs néonatals hors service, la destruction de la centrale de production d’oxygène, des équipements médicaux détruits ou gravement endommagés, des corps partiellement enterrés et plusieurs autres laissés à découvert dans l’enceinte de l’hôpital.

Quant au médecin pédiatre palestinien Hussam Abu Safiya qui tenait à bout de bras l’hôpital Kamal Adwan dans le nord de la bande de Gaza. Il est devenu l’une des figures iconique du personnel médical palestinien, notamment pour avoir continué à faire fonctionner l’hôpital malgré le siège, les bombardements, les tirs nourris, le manque de matériel et de carburant. Si son courage mérite un infini respect, il est aujourd’hui toujours détenu illégalement, en violation du droit humanitaire international, par l’armée Israélienne qui dit le suspecter d’être un combattant du Hamas, sans en apporter aucune preuve. Cet homme, qui a vu son fils mourir sous ses yeux lors d’un bombardement devant son hôpital, est devenu un héro national, pour les palestiniens, mais aussi pour toutes les personnes qui connaissent son histoire et saluent sa bravoure. Le 16 juin 2026, la Cour suprême israélienne a rejeté son recours, en s’appuyant notamment sur des éléments confidentiels qui n’ont pas été communiqués à sa défense. Celle-ci alerte sur son état de santé avec une perte de poids de 40kg, des fractures aux côtes, des violences physiques et psychologiques qu’il subit régulièrement, du manque d’accès aux soins et d’un placement à l’isolement. Des experts de l’ONU ont alors demandé sa libération immédiate, faisant état de rapports de torture sévère et d’un risque pour sa vie.

Le 23 juin 2026, le journal international Israélien Haaretz a rapporté les conclusions d’une commission d’enquête de l’ONU selon laquelle Tsahal, “l’armée le plus morale du monde” comme se plait à l’appeler Netanyahou, avaient délibérément ciblé des enfants à Gaza. Le 23 juillet 2026, il a publié une enquête intitulée :

« L’armée de l’air israélienne continue de tuer régulièrement les enfants de Gaza ».

L’article indique que, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 10 octobre 2025, 282 enfants auraient été tués par les forces israéliennes, principalement lors de frappes aériennes. Un peu plus tard, l’UNICEF fera le même constat en faisant état d’environ 300 enfants tués sur une période de 300 jours, depuis le cessez-le-feu.

L’organisation indépendante ACLED, (Armed Conflict Location & Event Data) a publié en 2025 un recensement indiquant que près de deux ans après le début de la guerre, plus de 11 790 événements de frappes aériennes et de drones avaient été enregistrés, auxquels s’ajoutaient plus de 7 530 attaques d’artillerie ou de missiles de la part de Tsahal. Recensés au 03 février 2026, il y a au moins eu 73 000 palestiniens tués depuis le 07 octobre 2023, dont 21 289 enfants sur une population de 2,2 millions d’habitants avant cette date. Beaucoup de morts restent ignorés à ce jour, car encore sous les décombres. Ces chiffres parlent d’eux-même et donne à voir la démesure dans laquelle s’est enfermé Tsahal qui n’a perdu dans le même temps “que” 1 670 Israéliens et ressortissants étrangers, dont les 1189 décédés lors de l’attaque du 07 octobre selon les dernières données de l’ONU/OCHA (Le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires). Le territoire gazaoui est intégralement détruit. Hormis les habitations, les destructions et dommages au patrimoine culturel palestinien, aux lieux de culte, aux infrastructures académiques et culturelles sont généralisés sur tout le territoire. On ne peut plus parler de guerre, il s’agit d’un massacre accompagné d’une volonté de destruction totale.

(Suite de l’article dans l’édition suivante ; “Israël : un enfer pavé de mauvaises intentions – Partie II)

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