Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Développement scientifique ou cachez ce sein que je ne saurai voir

Copernic

Depuis quelques temps nous assistons à une croisade contre le développement scientifique.  Bien au-delà des « économies » dénoncées lors des affrontements budgétaires, ce qui est en jeu c’est l’exercice de la rationalité pour toute la société.

Nous avons pris l’habitude que tout phénomène a une cause que l’on peut analyser de manière rationnelle. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Depuis le « je pense donc je suis » de Descartes jusqu’à aujourd’hui, l’esprit scientifique cherche à dégager notre réflexion de la soumission au « c’est comme ça ».  Aujourd’hui, chacun/e sent bien que nous sommes face à un état du monde qui peut déboucher sur une catastrophe. Or tout notre environnement médiatique est un descriptif sans cause. S’Il y a la guerre entre les USA et l’Iran, c’est parce qu’il y a la guerre entre les USA et l’Iran. Voilà la réponse. Chercher des causes relèverait du déraisonnable ou de théories « hors sol ». Affronter un univers sans causalité nourrit un sentiment d’impuissance.

Avec Copernic, Galilée, Einstein notre regard sur nous-mêmes a profondément changé : nous ne sommes plus le centre autour duquel tout tourne. Notre subjectivité dépend de notre place dans des mouvements qu’il nous faut analyser. Einstein prend l’exemple de notre regard depuis un train où nous avons le sentiment que c’est le paysage qui se déplace.

Les Economistes Atterrés en critiquant ce que devient le capitalisme, à partir de ses processus de financiarisation, ne bénéficient-ils pas aussi de Lavoisier disant « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

Le développement des sciences a conduit aux XVIIIème et XIXème siècles à interroger ce qu’est la société. Chacun à leur manière, Hégel, Marx et Freud ont contesté la notion de « nature humaine » pour démontrer qu’elle résultait de rapports sociaux. La sociologie en a découlé. La mise en cohérence de tous les éléments d’un phénomène devient un souci: selon Marx la seule addition d’oxygène et d’hydrogène n’explique pas pourquoi ils éteignent le feu si on ignore la manière dont ils se combinent.

La science n’est pas un dogme : l’esprit scientifique induit le dépassement permanent de ses propres acquis. Sinon il n’y aurait pas de recherche. Le positivisme qui a piloté le développement scientifique durant deux siècles est de plus en plus critiqué. La notion si vague de « progrès » est mise en cause par les scientifiques : la bombe atomique est un exemple qui va de soi. Sortir du positivisme permet de prendre ses distances vis-à-vis des raisonnements issus de la normalité capitaliste. C’est le cas lorsque certain/es disent que le développement de l’automobile n’a pas entraîné l’accroissement de la production de pétrole mais que c’est la nécessité pour les pétroliers d’écouler le pétrole qui a généré une explosion de la diffusion automobile. Le souci écologique est nourri par des analyses et projections de scientifiques qui se font de plus en plus pressantes. Tout récemment certain/es alertent sur les conséquences possibles de l’IA au détriment de l’humain. Des chercheur/ses interrogent le rôle de l’enseignement supérieur et de la recherche, dans la tension entre sa récupération par le capital et son autonomie relative.

SI les « simples gens » s’emparent de ces savoirs, comment ne pas comprendre l’effroi des capitalistes devant l’esprit scientifique ?

Ce qui est en cause, c’est notre capacité mentale à exercer un pouvoir de citoyenneté.  Si nous sommes interpelé/es, les scientifiques le sont tout autant. Il leur revient de jouer un rôle d’alerte et de faire un plus grand effort pour rendre accessibles les enjeux qui en découlent.

Pierre Zarka 

Cet article fait partie du dossier :

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