Marie Curie
Dans une société fragmentée par l’individualisme et la multiplication des régimes de croyance, la science s’impose comme l’un des derniers “communs” intellectuels encore universellement accessibles et partagés. Comme l’écrit Guillaume Lecointre :
« Les connaissances empiriques, universellement testables, constituent la partie de nos savoirs qui unissent les hommes, et c’est pour cela qu’elles sont politiquement publiques. »
Vérifiables par quiconque, indépendamment des cultures, ces connaissances s’arrachent au domaine de l’opinion pour fonder le socle d’un espace public partagé. La portée démocratique de la science ne réside cependant pas uniquement dans les connaissances qu’elle produit, mais avant tout dans la méthode qu’elle mobilise. En substituant la vérification empirique à la croyance aveugle, la science dote les individus d’un esprit critique fondé sur une méthodologie du doute, de l’incertitude constructive et de l’expérience vécue.
C’est précisément cette capacité réflexive qui peut expliquer l’intérêt des classes dominantes à sous-financer la recherche publique. En affaiblissant les institutions productrices de savoirs indépendants, elles contribuent à fragiliser l’esprit critique collectif, désarment les citoyens et installent un esprit de fatalisme face aux crises contemporaines, ouvrant ainsi la voie aux dérives complotistes, sectaires et au climatoscepticisme.
Reconquérir le potentiel subversif et démocratique de la science suppose dès lors une double transformation.
Premièrement, la science n’émancipe que lorsqu’elle franchit les murs des laboratoires. Or, la distance ressentie entre le monde scientifique et la société, ainsi que le rejet de la participation au processus de construction des savoirs, conduisent trop souvent à une perte de confiance généralisée dans celle-ci. Pour y remédier, il apparaît ainsi nécessaire de faire évoluer la production du savoir elle-même, en la rendant davantage co-construite et co-produite. Cette démarche nécessite que les chercheurs agissent en médiateurs. Par le biais de conférences et d’efforts de vulgarisation rigoureux, ils ont pour rôle d’encourager les publics à s’approprier la démarche scientifique et à s’investir dans le débat public. Le déploiement des sciences participatives offre ici une réponse concrète, transformant les citoyens en acteurs de la recherche plutôt qu’en simples destinataires des innovations scientifiques.
Cette émancipation reste évidemment conditionnée à une indépendance financière absolue : la recherche doit reposer sur un financement exclusivement public, affranchi d’intérêts préférentiels ou privés. Garantir cette autonomie permettrait de susciter un regain d’engouement citoyen, légitimant en retour l’allocation de fonds publics pérennes.
Enfin, le développement scientifique ne saurait être dissocié d’un contrôle de ses finalités. Si la science produit des connaissances, les usages sociaux et politiques de ces dernières relèvent d’un choix collectif. Les innovations technologiques doivent ainsi être encadrées par des institutions démocratiques capables d’en évaluer les conséquences sociales, environnementales et éthiques. Assurant que le progrès scientifique demeure un instrument d’émancipation collective plutôt qu’un facteur d’accroissement des inégalités ou des rapports de domination.
Lou Ursini-Charveriat
Ce qui prend le pas aujourd’hui c’est la colère !
J’attends des excuses de la part de tous ces gens qui ont fait de l’obstruction climatique, je dis bien tous, tous ceux qui nous ont traînés dans la boue, attaqués, ceux qui font qu’aujourd’hui des anciens collègues sont placés sous « protection fonctionnelle », j’ai des collègues qui ont reçu des menaces de mort chez eux, à leur domicile, simplement parce qu’ils faisaient leur travail !
Ce qui prend le pas aujourd’hui c’est la colère. Je vise les partis politiques, des chefs d’entreprise, des autorités politiques et médiatiques. (…)
Moi j’attends une chose, que ces gens s’excusent, auprès de nos concitoyens qui vivent une situation épouvantable, auprès de tous les gens qui ont souffert.
Tout le monde découvre le GIEC. Le GIEC c’est 195 états dont la France fait partie. Autrement dit quand on nous a expliqué que le GIEC exagérait, c’est doublement une escroquerie. Dans le rapport du GIEC en 2020, dans lequel tout est écrit, les conclusions du rapport ont été adoptées à l’unanimité, c’est la règle du GIEC. Quand des responsables politiques disent que le GIEC exagère, ils disent que la France exagère. En 2022 les scientifiques sont allés à l’Assemblée nationale pour parler aux nouveaux députés pour les former sur le climat, certains partis n’ont envoyé personne.
Magali Reghezza-Zitt, géographe, enseignante-chercheuse dans l’émission C à vous. Autrice de Bienvenue en 2055, dans un monde neutre en carbone aux éditions du Seuil



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