Horizons d'émancipation

Nouvelles guerres

En ces temps d’élection présidentielle en France le discours dominant est celui de la « sécurité » : sécurité « intérieure » (principalement avec les moyens de contrôle et de police) ou « extérieure » (principalement grâce aux moyens militaires), au point que l’on parle de politique de « sécuritisation ». Les menaces fantasmées, la construction « d’images de l’ennemi », alimentent ces politiques, qui pourtant ne répondent en rien aux menaces immédiates et réelles de dislocations sociales, de crises mondialisées, économiques ou sanitaires, de catastrophes environnementales.

Les questions de politiques militaires, de stratégie, d’opérations sur le terrain, d’industries d’armements, sont  essentielles. Pourtant nous les abordons souvent de manière lacunaire.

Le dossier de ce numéro de Cerises constitue une première approche forcément partielle, et bien sûr diverse.


Nouvelles guerres, quelle alternative?

On doit se poser la question de la situation globale qui est la nôtre. Sur le terrain de la « géopolitique », si le terme a encore un sens, nous ne sommes plus dans le monde des blocs de la période 1945-1989, mais dans un univers globalisé, plus multipolaire, ce qui change  la nature même des guerres concrètement en cours (mais jusqu’à quel point ?). Les grandes armées classiques connaissent défaites sur défaites dans les « nouvelles guerres » de dislocations, mais se profilent des postures militaristes fortes de grandes (et moyennes) puissances, sur fond de relance impressionnante de la course aux armements.

Or le militaire est au cœur du système français, sur le plan politique, symbolique, et industriel. Notre pays a été, ces dix dernières années, le troisième exportateur mondial d’armements (armant en priorité l’alliance réactionnaire du Maroc à l’Inde). Il demeure une puissance nucléaire. Il mène des « opérations extérieures » en Afrique. Sans que les choix opérationnels comme la stratégie (et donc industrielle) à long terme ne fasse l’objet d’aucun débat approfondi, d’aucune évaluation sérieuse. Les conséquences de ces choix demeurent occultées, par exemple la question des victimes du nucléaire militaire, ou celle de la part importante des activités militaires dans les émissions de gaz à effet de serre.

Et bien entendu se pose la question majeure des alternatives. Nous ne vivons pas, comme on dit, « dans un monde de bisounours ». La question d’alternatives de sécurité (dans leurs dimensions civiles et militaires, mais aussi industrielles), nous est posée. Pour construire la paix dans le respect de ce que l’ONU appelle, depuis 1994, la sécurité humaine. A l’occasion de la COP26 de Glasgow, ces types de questions ont été soulevées par de nombreux mouvements, dans la rue, les conférences, et jusqu’au Parlement européen, preuve que quelque chose est en train de changer sur cette problématique, enjeu majeur pour les choix à venir.

Sous la coordination de Bernard Dréano et Alain Lacombe, les contributions de Nils Anderson, Bertrand Badie, Jean-Paul Bruckert, Ben Cramer, Christian Mahieux, Pierre Zarka, Roland Nivet nous aident à penser les enjeux des  nouvelles guerres, de la militarisation, et de la sécurité internationale. Que des hommes… Nous avons eu quelques difficultés à trouver des femmes qui contribuent à cette réflexion. Si des femmes souhaitent faire un esprit de suite sur la question, qu’elles n’hésitent pas à nous envoyer leur contribution !

L’équipe de rédaction de Cerises


Retrouvez les différentes pièces du dossier

 >>> Guerre et « gouvernance »

Dans son film Canadian Bacon (1995), Michael Moore raconte une rencontre entre le Pentagone et le Président des USA, ils sont catastrophés : L’URSS a disparu et de ce fait le peuple américain n’a plus d’ennemi. Il faut absolument lui en trouver un pour qu’il ne se fixe pas sur les questions sociales et ils inventent une menace : les Canadiens s’apprêteraient à envahir les USA. Pure fiction ? Pas tout à fait.

En 1999, une enquête menée auprès des primo-arrivants en Israël est éloquente. Les interrogés n’avaient droit qu’à un seul mot… (lire la suite)


>>> Repenser la sécurité internationale

Les colombes. Matisse

Entretien de Bernard Dreano avec Bertrand Badie.

Dans votre dernier livre, « Les puissances mondialisées », vous revenez sur l’évolution du concept de « sécurité » comme « sécurité nationale » garantie par les États, leurs capacité militaires et leurs frontières, et qu’il en découle une logique de « sécurité internationale » avec des guerres inter-étatiques, des traités « de paix » internationaux, qui va perdurer jusqu’au milieu du XXe siècle. Tout cela est à votre avis  mis en question par la mondialisation(lire la suite)


>>> Une dangereuse stratégie interventionniste

Guernica. Picasso

Dans Le capitalisme c’est la guerre[1] sont rappelés les logiques, moyens, manipulations, fake news qui ont servi à légitimer les guerres de l’après-guerre froide : guerre du Golfe, de Bosnie, du Kosovo, de Somalie, du Rwanda, d’Irak, d’Afghanistan, de Libye, de Syrie, du Sahel… Cette phase d’hyper impérialisme occidental hégémonique au sortir de la chute du Mur s’achève dans le désordre de pays ravagés et de peuples déchirés, un échec que symbolise aujourd’hui l’Afghanistan… (lire la suite)

[1] Nils Anderson, Le capitalisme c’est la guerre, Terrasses éditions, 2021.


>>> Demain la guerre ?

Le monde n’est-il pas en train de s’acheminer, si ce n’est déjà fait, l’affirmation de la Chine bousculant quelque peu les équilibres antérieurs, vers une nouvelle bipolarité ? Laquelle ne peut être une reproduction de la précédente ! Le capitalisme s’est en effet mondialisé, mais « il ne s’est pas simplifié en se mondialisant. Si la polarité produite par la distribution inégale des ressources reste de règle, elle traverse tous les territoires, toutes les sociétés et tous les groupes qui les composent. Il n’y a donc pas aujourd’hui un Nord et un Sud, un centre et une périphérie,  (…) » (Roger Martelli, Regards).

Tout est plus compliqué… (lire la suite)


>>> Les émissions cachées, activités militaires, gaz à effet de serre et COP 26

La paix – Marc Chagall

Les perturbations climatiques et les destructions environnementales favorisent le déclenchement de crises, catastrophes et conflits armés et les conflits eux-mêmes aggravent ces catastrophes.

Pendant la COP 26 en novembre à Glasgow et en particulier le 6 novembre lors de la ‘global action’ pour le climat, des citoyen-nes se sont levé.e.s pour exiger que les dirigeants de du monde agissent, et que les forces armées et industries militaires réduisent aussi leur impact sur le climat… (lire la suite)


>>> La France, troisième exportateur d’armes du monde

(un livre, une campagne, un film)

Aymeric Elluin et Sébastien Fontenelle : Ventes d’armes, une honte française

Éditions le passager clandestin. Paris, 2021, 192 p., 14€

L’ouvrage d’Aymeric Elluin et Sébastien Fontenelle s’inscrit dans le cadre de la campagne « Silence on arme » lancée par Amnesty International France et visant à obtenir une plus grande transparence sur les transferts d’armes.

Le parti pris par les auteurs n’est pas d’ouvrir un débat moral sur la vente de matériels de guerre par la France à d’autres pays mais… (lire la suite)


>>> Reconversions : qui décide quoi ?

Les armes à la ferraille – Picasso

Le syndicalisme révolutionnaire, alternatif, d’émancipation sociale affirme facilement que ne doit subsister que le travail socialement utile. Mais la définition de celui-ci est souvent laissé à l’appréciation de chacune et chacun ! Tout ce qui concourt aux forces répressives de l’État capitaliste n’en fait assurément pas partie. Encore faut-il définir le champ de ces forces répressives… (lire la suite)


>>> Le combat des irradiés de Brest

Les joueurs de kats – Otto Dix

Une étude de l’université de Bretagne occidentale UBO confirme la mortalité précoce par cancer des irradiés des armes nucléaires de l’Ile Longue. Cette étude porte sur les conditions de travail, la santé et le droit au suivi médical post-professionnel des 200 anciens travailleurs de la pyrotechnie de l’Ile Longue dans la période 1972-1996. Elle confirme des cancers et une mortalité précoce et l’absence de suivi… (lire la suite)


>>> Pas d’armée à l’école ; pas d’école à l’armée ou au service de la police

En octobre dernier, un communiqué d’AEF Info mettait en exergue un partenariat entre l’Association nationale des réservistes opérationnels et citoyens de la gendarmerie nationale (ANORGEND), des rectorats franciliens et la gendarmerie. « Grâce » à cela une soixantaine de lycéens et de lycéennes ont suivi un stage au camp militaire de Beynes, dans les Yvelines ; là où s’entraîne le GIGN. Au programme : montée des couleurs, mais aussi maîtrise sans arme, maîtrise avec arme, pourquoi taper, est-ce que j’ai le droit de taper ?, chants de la gendarmerie et tirs à balles réelles !(lire la suite)


>>> Ensemble cultivons la Paix

Les activités militaires et les guerres sont causes de pollutions énormes qui contribuent à l’émission de gaz à effet de serre (GES) en quantités énormes. À l’occasion de la COP 26, le Mouvement de la paix s’est associé à une pétition internationale soutenue par plus de 180 organisations au plan mondial visant à obtenir que les Etats s’engagent à mesurer et à rendre publiques les émissions de GES des activités militaires de leur pays. Il est également demandé que le GIEC mette en place un groupe de travail spécifique sur les activités militaires et leurs conséquences climatiques… (lire la suite)


>>> Quelques éléments de bibliographie

Benjamin Volkar (dir) : « Exportations d’armes : le commerce mortel de l’Europe », Bande dessinée publiée par le GRIP de Bruxelles et la Fondation Rosa Luxembourg https://grip.org/bd-commerce-armes-europe/

Bernard Norlain(dir.) : Les nouvelles technologies et la stratégie nucléaire,  Initiatives pour le désarmement nucléaire, Paris, Octobre 2021… (lire la suite)

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