Horizons d'émancipation

Le combat des irradiés de Brest

Victimes collatérales de la dissuasion nucléaire

Une étude de l’université de Bretagne occidentale UBO confirme la mortalité précoce par cancer des irradiés des armes nucléaires de l’Ile Longue. Cette étude porte sur les conditions de travail, la santé et le droit au suivi médical post-professionnel des 200 anciens travailleurs de la pyrotechnie de l’Ile Longue dans la période 1972-1996. Elle confirme des cancers et une mortalité précoce et l’absence de suivi. Du début des années 1970 à 1996, les dangers de l’exposition à la radioactivité des têtes nucléaires ont été dissimulés aux salariés qui assuraient – sans protection – le montage et la maintenance des missiles et des sous-marins nucléaires. A la radioactivité, se sont ajoutés non seulement le risque amiante mais des risques chimiques. Les conséquences sanitaires en différé de cette multi-exposition aux cancérogènes sont tout d’abord une mortalité très précoce : sur les 200 anciens travailleurs retrouvés dans le cadre de l’étude, 54 étaient décédés avant le début de l’étude soit plus de 25%, avec une moyenne d’âge au décès de 62 ans..

Un rapport sur les conditions d’exposition à la radioactivité des travailleurs avait été demandé en 1996 par le CHSCT. Ce rapport d’enquête du contre-amiral Geeraert a été immédiatement classé secret défense, sans avoir été présenté aux membres du CHSCT. En 2020, l’association Henri Pézerat a obtenu en justice sa déclassification très partielle[1].ou été indiqué: « L’intensité du rayonnement est supérieure aux valeurs initialement prises en compte » – en d’autres termes les travailleurs ont effectivement été exposés aux rayonnements ionisants .C’est pourtant en s’abritant derrière l’absence de caractérisation de l’exposition que les médecins de la Commission régionale de reconnaissance en maladie professionnelle (CRRMP), puis les juges (en 1e instance, appel et cassation) récusent les droits à la reconnaissance en maladie professionnelle de tous les travailleurs même lorsqu’il s’agit de cancers indemnisables dans le cadre de la liste de la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN). Il y a là une inégalité inadmissible devant la loi. [2].

Mais trente et une décisions ont été rendues par le tribunal administratif de Rennes le 20 mai 2021. Le tribunal administratif a enfin considéré que la carence fautive liée à l’exposition sans moyens de protection adéquats aux rayonnements ionisants engendrait un préjudice moral quasi équivalent à une exposition à l’amiante. L’État a interjeté appel de toutes les et refuse toujours de reconnaître la réalité des faits et des préjudices.

L’association Henri Pézerat poursuit son combat : – pour l’égalité devant la loi entre victimes des conditions de production des armes nucléaires et victimes des essais nucléaires : pour l’inversion de la charge de la preuve de l’exposition aux rayonnements ionisants : pour que tous les actuels travailleurs de l’Ile Longue, salariés, sous-traitants ou intérimaires de Naval Group, soient informés et protégés à la mesure des dangers.

D’après le communiqué de presse du 27 septembre 2021

de l’Association Henri Pézerat, Travail, Santé Environnement

  Antenne de Brest des irradiés des Armes nucléaires


[1] Voir la note rédigée par Annie Thébaud-Mony sur le site de l’association https://www.asso-henri-pezerat.org

[2] Cf. Les documents consultables sur le site de l’association Henri Pézerat : https://www.asso-henri-pezerat.org victimes des cancers ne figurant pas dans le tableau n°6 des maladies professionnelle

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