Horizons d'émancipation

Guerre et «gouvernance»

Dans son film Canadian Bacon (1995), Michael Moore raconte une rencontre entre le Pentagone et le Président des USA, ils sont catastrophés : L’URSS a disparu et de ce fait le peuple américain n’a plus d’ennemi. Il faut absolument lui en trouver un pour qu’il ne se fixe pas sur les questions sociales et ils inventent une menace : les Canadiens s’apprêteraient à envahir les USA. Pure fiction ? Pas tout à fait.

En 1999, une enquête menée auprès des primo-arrivants en Israël est éloquente. Les interrogés n’avaient droit qu’à un seul mot pour dire ce qu’ils pensent du bilan des 50 années écoulées. Majoritairement le mot choisi fut « trahison » : les Kibboutz privatisés, le système de santé moribond et plus de la moitié des Israéliens contraints d’avoir deux boulots dans la journée pour s’en sortir. La conclusion de l’enquête disait que si la situation sociale était potentiellement explosive, la peur des arabes permettait d’éviter qu’elle soit suivie d’effet. Il y a quelques années à Moscou, tous les mercredis se déroulait une manifestation pour dénoncer une tricherie électorale de Poutine. Quant au gouvernement ukrainien, il subissait des manifs à Kiev le vendredi pour cause de démantèlement du système de santé. Ils font tous deux de la Crimée un sujet de forte tension et ô miracle : plus aucune manif, ni à Moscou, ni à Kiev ! On se souvient que Trump a été élu au lendemain de grands mouvements ; sa politique internationale a été d’abord faite de la menace d’affrontement avec la Chine ou la Corée du Nord dont les dirigeants se sont empressés de répondre. Marx disait de la guerre de 1870 qu’elle découlait d’un besoin aussi bien de Napoléon III que de Bismarck de trouver un dérivatif à leurs mouvements ouvriers respectifs.

N’est-ce que du passé ?

Nous sommes continuellement en situation de tensions voire de conflits dangereux dans telle ou telle région du monde. Ajoutons qu’à propos du bilan de l’intervention armée en Irak la presse à l’époque a souligné que, reconstruire ce qui avait été brutalement détruit avait contribué à relancer les affaires et l’économie.  C’est aussi le seul moyen d’user des armes et d’en racheter d’avantage.

Que nous réserve l’avenir ? Devant la multiplication des tensions sociales et des exigences démocratiques, devant des mouvements populaires tels « fin du mois, fin du monde même combat », les forces du capital font part (très discrètement) d’une certaine inquiétude. En septembre dernier le Medef reprochait au gouvernement ses annonces tapageuses des milliards dépensés pour lutter contre la pandémie. Elles détruisaient des années d’efforts idéologiques pour faire intégrer aux esprits que l’austérité était inévitable. Ce n’est peut-être pas pour rien qu’au début de la pandémie Macron a dit « nous sommes en guerre ». (Tiens le mot austérité se fait bien rare, aurait-il perdu en crédibilité ?). Nous ne sommes pas à l’abri que la guerre soit aussi une sinistre échappatoire pour le capital.

Fin du mois et fin des menaces de guerre : même combat. La capacité à mettre en cause le système capitaliste à travers chaque enjeu ne peut que contribuer à créer de l’unité dans les combats.

Pierre Zarka.

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