Horizons d'émancipation

Une dangereuse stratégie interventionniste

Dans Le capitalisme c’est la guerre[1] sont rappelés les logiques, moyens, manipulations, fake news qui ont servi à légitimer les guerres de l’après-guerre froide : guerre du Golfe, de Bosnie, du Kosovo, de Somalie, du Rwanda, d’Irak, d’Afghanistan, de Libye, de Syrie, du Sahel… Cette phase d’hyper impérialisme occidental hégémonique au sortir de la chute du Mur s’achève dans le désordre de pays ravagés et de peuples déchirés, un échec que symbolise aujourd’hui l’Afghanistan.

Au rappel de ces guerres s’ajoute une alerte : la géopolitique du monde et les contradictions capitalistes et impérialistes sont aujourd’hui profondément modifiées, mais elles s’inscrivent encore et toujours dans des logiques de guerre.  « La fin d’un cycle se profile. Les conflits se durcissent et l’affrontement États contre États au sein d’une coalition n’est plus une utopie.[2] » Implacable constat dans lequel s’inscrit la France et toutes les grandes et moyennes puissances avec pour double conséquence une course aux armements et une militarisation de la société.

La vision stratégique définie par le général Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées, est révélatrice dans les mots et les notions d’un changement de paradigme, d’une nouvelle vision stratégique de l’armée française : « Avant, les conflits s’inscrivaient dans un schéma ‘paix / crise / guerre’. Désormais, c’est plutôt un triptyque ‘compétition / contestation / affrontement’. » Et de préciser : « Il n’y a plus de phases de paix, mais des phases de compétition. »

La géopolitique du monde et les contradictions capitalistes et impérialistes sont aujourd’hui profondément modifiées.

Inscrire les contradictions et tensions actuelles dans la mer de Chine, sur la frontière russe, au Moyen-Orient et dans l’Afrique subsaharienne dans une phase à minima de compétition, c’est idéologiser les conflits et ne pas accorder de place dans les relations internationales au multilatéralisme, à la négociation et au compromis, à la prévention des crises (qualifiée par les cyniques d’être sans avenir, car elle ne rapporte rien). Principalement, c’est ne donner aucune voix à l’opposition des peuples à la guerre dont ils sont les principales victimes.

Pour éviter le déchaînement de la guerre de haute intensité, la vision stratégique du général Burkhard est de « gagner la guerre avant la guerre » en menant des opérations au-dessous du seuil de conflit à l’exemple des guerres « hybrides. » Peuvent ainsi être qualifiés les conflits en Ukraine et en Ossétie (Géorgie), israélo-palestinien ou israélo-libanais, entre l’Iran et les États-Unis ou en Syrie.

Des conflits combinant des moyens conventionnels et irréguliers en intervenant sur les terrains idéologique, politique et de l’information pour instrumentaliser les opinions, en combinant l’intervention « des forces spéciales et des forces conventionnelles, des agents de renseignement et de provocateurs politiques, des médias et des acteurs économiques, des cyberactivistes et des criminels, des paramilitaires et des terroristes »[3]. Ce sont, démultipliés, les logiques, moyens, manipulations et fakenews, qui ont servi à légitimer les guerres post-guerre froide.

Compétition/contestation est un stade de confrontation aujourd’hui mondialisé, grandes et moyennes puissances s’opposent dans des guerres hybrides dont la forme médiatique émergée sont les cyberguerres et se préparent à la confrontation dans un processus de militarisation de l’État et de la société : stratégie conflictuelle, dotation d’armement de haute technologie, endoctrinement des opinions (le SNU en est une forme), désignation d’ennemis légitimant le recours à la guerre.

Faute d’intégrer ces nouvelles données, nous serons pour nous opposer à la guerre et défendre la paix dans la situation de don Quichotte se battant contre des moulins à vent.

Nils Andersson


[1] Nils Anderson, Le capitalisme c’est la guerre, Terrasses éditions, 2021.

[2] Jean-Raphaël Drahi, Vision stratégique du CEMAT, TIM, terre information magazine, juin 2020.

[3] Site de l’ANORAA

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