Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Sciences et sociétés : carences, défiances, impostures, et omnipotences 

Face aux questions existentielles : « qu’est-ce ? » « pourquoi ? » et « comment ? », sortir des mythologies et religions, de leurs pratiques et croyances faisant ciment social et jeux de pouvoirs fut difficile. Le dévoilement du monde par le doute méthodique et les systèmes expérimentaux, loin d’être universel et homogène, fut l’apanage du monde gréco-romain puis de l’Occident, y compris par les apports de ses échanges apaisés ou violents avec d’autres civilisations (asiatiques, amérindiennes, arabo-musulmanes…). Certains ont payé de leur vie la remise en cause des dogmes, un esprit critique, une curiosité insatiable, et la volonté de constituer des dispositifs singuliers permettant d’expliquer le monde (nature, vivants, humains) tel qu’il est, mieux l’imaginer tel qu’il pourrait être, et ce qui pourrait être fait pour y parvenir. Est-ce que cela a constitué un «progrès» ? Indubitablement oui, mais…!!! Car le concept de progrès, loin d’être univoque, est contradictoire, et parfois plus qu’équivoque : tout savoir, savoir-faire, science (humaine et naturelle), technique n’est jamais neutre. Ces champs pratiques et théoriques sont marqués par le jeu des acteurs qui les constituent et qui peuvent être naturellement porteurs d’idéologie, par les rapports sociaux et rapports de pouvoirs et de domination, par les tensions que génèrent leurs impacts directs et indirects, leurs applications et usages. 

De quoi souffre la science en ce premier quart du XXIe siècle en France?

1/ D’une inculture générale fortement entretenue, une méconnaissance scientifique et technique profonde ! Combien savent comment fonctionne une voiture, un frigo, un four micro-onde, une télé, un portable… et bien d’autres prothèses sans lesquelles nous serions lourdement handicapés ? Les sciences et leurs prolongements techniques remplissent la fonction magique de la sorcellerie capitaliste, nous subjuguant par le spectacle de ses innovations pour mieux nous assujettir par un désir sans fin de consommation.

2/ De sa captation par une élite quasi hermétique, son asservissement à l’accumulation du profit écocidaire, son instrumentalisation productiviste, sa contribution continuelle à l’élaboration des pires instruments de morts, son arraisonnement par les politiques, son hubris débridé, l’opacité de ses finalités et de sa fabrique… 

3/ Des pensées relativistes, où un tourisme conceptuel par abus d’analogies, de métaphores, et des impostures pseudo-scientifiques de certains penseurs (Derrida, Badiou, Foucault, Lacan, Baudrillard…) qui nous reviennent des USA avec une attaque sans précédent : tout savoir est une construction sociale, donc avant tout des récits, donc des fictions qui peuvent se valoir. Confondre les régimes incommensurables des vérités politiques et scientifiques, et la critique de l’agentivité idéologique au cœur de toute pratique y compris théorique avec la science comme pure subjectivité, c’est oublier que si la science peut être «patriarcale», elle peut donc aussi être «bourgeoise» et «prolétarienne»!!! Stengers soutien de Lyssenko ??? 

4/ De l’éviction de la «nature» par les «penseurs du vivant» (Descola, Latour, Haraway…) ! Par-delà des approches diversement fécondes, il est ahurissant d’oublier que la nature, de l’univers à la Terre, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, c’est avant tout de l’inerte (particules et ondes formant matières, énergies, forces, lumières…), que la vie est un «accident» fragile. Et l’humain un miracle improbable et vulnérable, dont l’essence loin d’être surdéterminée par sa biologie se déploie dans l’ensemble des rapports sociaux qui relèvent d’une histoire à faire et non d’une évolution à subir! S’il est néfaste de se penser supérieurs aux autres vivants, il est dangereux de nous penser comme leur simple «équivalents»! Toutes les connaissances nous apprennent le monde, sans hiérarchie mais sans équivalence ! Une culture scientifique partagée, une production en partage de nouveaux savoirs, conditionnent l’autonomie individuelle, l’intelligence collective et l’indispensable maîtrise démocratique. 

«Le problème n’est pas tout ce que les gens ne savent pas. C’est bien plus tout ce qu’ils savent et qui est faux»
Mark Twain

Makan Rafatdjou

Cet article fait partie du dossier :

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