Amazon fait partie de ces entreprises où la dimension internationale est évidente. Elle doit donc l’être aussi pour le syndicalisme. Bien sûr, la répression antisyndicale très forte dans la multinationale, les conditions de travail très difficiles, font que les militantes et les militants ont pour priorité un syndicalisme de terrain, concret, construisant la défense collective et individuelle ; mais cela n’est pas incompatible avec un engagement internationaliste, dans la mesure où celui-ci repose sur le travail syndical quotidien et traite des revendications et actions à mettre en œuvre.
L’action de la multinationale illustre comment plusieurs réseaux peuvent se croiser, se compléter, se renforcer. En avril 2015, les camarades de TIE-Allemagne[2] informaient d’une rencontre entre des syndicalistes de plusieurs entrepôts allemands et polonais d’Amazon. Le Réseau syndical international de solidarité et de luttes[3] a, d’emblée, relayé cette information et l’annonce d’une rencontre en Pologne, élargie notamment à des camarades de SUD Amazon, en septembre 2015.
L’invitation à la réunion de Poznań donnait le ton : « Nous convoquons une réunion afin de mieux nous connaître et d’organiser au-delà des frontières. Nous souhaitons discuter des détails concernant les salaires, les primes et les normes, et comparer les conditions entre les centres. Nous voulons recueillir des informations sur les actions collectives comme les actions via les t-shirts, les pétitions, comment parler aux chauffeurs de camions lors du chargement et du déchargement, ainsi que sur les grèves. Nous voulons aussi débattre des actions qui ont été utiles et lesquelles ont pu être des erreurs à éviter la prochaine fois. Enfin, nous souhaitons aussi discuter de la manière dont nous pouvons coordonner nos actions au niveau international à l’avenir. La réunion débutera vendredi après-midi par une action collective de distribution de tracts à Poznań. Vendredi soir, nous inviterons le public et certains médias à une réunion publique pour informer la situation dans différents centres de distribution. […] » Il s’agissait bien de construire sur le plan international mais à partir des réalités des équipes militantes présentes dans les entrepôts !
C’est ainsi, dans cet esprit et ce but qu’est né le réseau Amazon Workers Initiative (AWI[4]). Au fil des années la toile s’est agrandie ; aujourd’hui, AWI se présente comme « une coalition transfrontalière regroupant des travailleurs et travailleuses d’Amazon issu‧es de différents pays, notamment d’Allemagne, de Pologne, d’Italie, d’Espagne, de France et des États-Unis, qui se sont engagé‧es dans des actions quotidiennes de syndicalisation et différentes formes de lutte. » Depuis 2015, rencontres internationales au moins annuelles, soutien à des grèves et solidarité contre la répression se succèdent.
TIE-Allemagne, Amazon Workers Initiative, Réseau syndical international de solidarité et de luttes, divers réseaux militants ont contribué à renforcer l’efficacité internationale du syndicalisme chez Amazon.
Christian Mahieux
[1] Version abrégée d’un article plus détaillé paru dans la revue de l’Union syndicale Solidaires, Solidaires et internationalistes !, éditions Syllepse, 2026. Voir le sommaire : www.solidaires.org/sinformer-et-agir/brochures/international/revue-internationale-n15-vivre-linternationalisme/
[2] Transnationals information exchange : www.tie-germany.org
[3] www.laboursolidarity.org
[4] www.facebook.com/AmazonWorkersInternational ou www.amworkers.wordpress.com



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