Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

LES COOPERATIVES, UNE ALTERNATIVE ECONOMIQUE POTENTIELLE AU CAPITALISME

 

Les expériences de reprise par les salariés d’entreprises industrielles
Duralex, Jeannette, 1336, La belle Aude, CERALEP, le Comptoir des entrepreneurs… sont autant d’aventures industrielles où l’initiative ouvrière a pris le relais de dérives financières et commerciales du capitalisme. Sauvant ainsi leur entreprise, ils sauvaient leur emploi. On pourra arguer que ce sauvetage-reprise n’a pas forcément interrogé la finalité, à savoir la réalité de la réponse au besoin que couvrait son activité. Dans un grand nombre de cas, ces reprises, comme d’anciennes coopératives ouvrières, font preuve de leur efficacité. Leur durabilité, dans et malgré les difficultés, l’emportent sur les échecs. Elles maintiennent, contre vents et marées, un tissu industriel « national », local qu’on ne saurait minimiser. Il est à noter que si l’Etat peine souvent à soutenir les projets de reprise en coopérative, il est courant que les collectivités territoriales (communes, agglos, Régions…) s’engagent à les soutenir activement.

Les coopératives (SCOP et SCIC) présentent des principes, des outils et des modes de fonctionnement permettant un fonctionnement démocratique, une finalité de la production maîtrisée par les travailleurs et qui n’est pas le profit au cœur de l’activité. Face à des entreprises industrielles, trop souvent sans foi ni loi, le coopérativisme donne à l’activité et au travail un sens, plus ancré dans le local, donc moins délocalisable. Qui oserait tenter une aventure financière sur une épicerie coopérative, un tiers-lieu, une SCIC de la châtaigne ou une ingénierie d’aménagement ?

Mais les dérives, voire la nécessité pour survivre de participer au marché capitaliste, rendent les choses souvent difficiles. D’abord, si la classe dominante veut bien tolérer de « l’entreprise sociale » sur des niches qui ne l’intéressent pas ou pour faire expérience (les start-up y sont légion…), un ancrage durable d’auto-organisation économique n’est pas concevable pour ces héros de la financiarisation. La pression est donc considérable, du tribunal du commerce à la BPI, en passant même par certaines banques relevant de l’ESS, telles que le Caisse d’épargne…
Le chantage au financement fonctionne, la pression de la « pensée unique » fait ses ravages. Trop souvent c’est le modèle social qui paie la note. Vu ce qu’on réalise « les efforts doivent être partagés ».

Les conditions de réussite pour mettre en œuvre une démarche autogestionnaire et d’intérêt général, intégrant en outre la transition écologique, nécessitent une éducation (populaire) mise à l’œuvre par les services publics et les acteurs associatifs et coopératifs (éducation nationale, formation pro…). Ils nécessitent un travail approfondi sur des critères de gestion alternative, rompant radicalement avec le néo libéralisme. L’autogestion s’apprend. Il aura fallu des mois de débat à FRALIB pour s’entendre sur la grille salariale. Dans ce « challenge », l’élaboration de solutions avec les consommateurs/rices, les salariés/es, les autorités locales est incontournable.

Pour une réindustrialisation à l’échelle des territoires, la solution coopérative reste un atout essentiel. Non seulement parce que les valeurs défendues garantissent un ancrage territorial, mais parce que la logique coopérativiste engage une réponse (si ce n’est plusieurs) aux besoins de la population locale, un dialogue, une construction partagée comme les Régies de quartier, les coopératives alimentaires ou les coop énergétiques peuvent en témoigner. Quand la raison d’être principale est d’être en symbiose avec « les gens d’ici », la dynamique d’activité d’un territoire reprend ses droits. Jamais la capitalisme mondialisé n’aurait pu ni imaginer ni créer un SCIC dédiée à la commercialisation de la châtaigne ; jamais Enercoop n’aurait pu être inventée par Véolia, ni même Enedis.

Certes, les coopératives ne sont pas un remède magique, mais elles sont la binette et la fourche d’une réactivation industrielle de nos territoires.
Nous reviendrons donc une prochaine fois sur l’hypothèse de création, et pas seulement de reprises, de coopératives dans le domaine industriel.
Reprendre une entreprise, oui, mais aussi créer une coopérative … nous y reviendrons, car c’est un enjeu déterminant de mettre en œuvre une activité industrielle, soucieuse de l’intérêt des usagers/clients/tes, comme de celui des salariés/es A suivre.

François Longérinas, Patrick Vassallo 

Cet article fait partie du dossier :

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Horizons d'émancipation

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