Un an de guerre. Les Brigades éditoriales de solidarité et les éditions Syllepse poursuivent leur soutien à la résistance populaire ukrainienne. Après 15 numéros à ce jour du PDF gratuit Soutien à l’Ukraine résistante, plusieurs livres dont L’Ukraine insurgéeSolidarité syndicale en temps de guerre, Jours gris et nuages d’acier sur l’Ukraine, voici un abécédaire.

531 notices, de A à Z. Chacune donne un éclairage court et précis. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, dans tous ses aspects, militaire, social, économique, historique, culturel… Une radioscopie alphabétique en couleurs d’un conflit et de ses acteurs. L’Ukraine en toutes lettres a aussi la particularité d’être un ouvrage collectif, avec des contributions venues de nombreux pays, dont bien entendu l’Ukraine, la Russie ou la Biélorussie. Dans la veine des précédentes publications, l’ouvrage permet de mieux connaître les Ukrainiens et Ukrainiennes qui résistent à l’invasion de l’armée de Poutine, tout en poursuivant pour beaucoup d’entre eux et elles leurs luttes contre les mesures antisociales du gouvernement et des patrons.

Christian Mahieux

L’Ukraine en toutes lettres, Brigades éditoriales de solidarité, Éditions Syllepse, Février 2023, 184 pages, 16 euros

Cela fait un quart de siècle que la grève de 1995 est la référence, ressortie à l’orée de chaque mouvement social espéré d’ampleur. Elle fut importante à plus d’un égard, mais prenons garde de ne pas la transformer en mythe qui, finalement, effraierait les plus jeunes, persuadés/es de ne pas pouvoir faire « aussi bien ». La grève de 2023 appartient à celles et ceux qui vont la faire !

Toutes les organisations syndicales du pays appelaient à faire du 19 janvier une « grande journée de manifestations et de grève ». Le chiffre de deux millions de manifestantes et manifestants, largement repris, situe la réussite ; avec un point important : beaucoup de monde sur tout le territoire, pas seulement dans les métropoles. Et la grève ? Si certains secteurs sont restés en retrait, elle fut assez massivement suivie dans pas mal de secteurs. C’est aussi le signe qu’il se passe quelque chose. Le soir même, l’intersyndicale proposait une nouvelle journée de grève et manifestations, le 31 janvier. La question de la grève reconductible est en débat dans plusieurs collectifs syndicaux. Elle est présente largement au-delà des cercles qui se contentent de la réclamer sans jamais l’organiser.

Mais justement, c’est bien de l’organiser dont il s’agit. Certes, l’intersyndicale nationale n’est pas unanime sur le sujet. Mais plusieurs organisations sont sur cette position et c’est une avancée indiscutable par rapport à ce qu’on a connu dans le passé, lors de mouvements sociaux similaires. Il faut s’appuyer sur l’unité intersyndicale de refus de la contre-réforme et mettre en avant les appels à la grève, « reconductible », « partout où c’est possible », « généralisée », de plusieurs organisations. Construire la grève, ça signifie multiplier les discussions sur le lieu de travail. C’est à partir de cela que peuvent exister des assemblées générales rassemblant les travailleuses et travailleurs d’un même site, là où se retrouvent les collègues de chaque jour. Faire émerger la parole de chacune et chacun est essentiel ; ça suppose que les salarié/es soient en confiance pour s’exprimer. Les « AG » organisées dans des périmètres trop importants peuvent satisfaire quelques tribuns, mais elles n’installent pas la démocratie dans la grève.

La contre-réforme attaque notre classe sociale. Elle sert les intérêts du patronat et des actionnaires. A peu près tout le monde l’a compris. Inutile de perdre trop de temps et d’énergie à en discuter les détails. C’est de projet de société dont il s’agit. Pour beaucoup de jeunes, « la retraite, c’est loin », certains/es disent « la retraite, on n’en aura pas ». Mais ce qu’ils et elles comprennent, c’est qu’après la retraite, pourquoi pas l’assurance maladie ? Et puis les congés payés ? Et puis le contrat de travail ? Et puis le salaire ? Faire le lien entre les revendications les plus locales qui traînent depuis des mois ou des années, le refus de la contre-réforme sur les retraites et la possibilité d’un autre futur, voilà comment faire en sorte que « 2003 » prospère sur 1995 !

Christian Mahieux

En France, des millions de salarié∙es sont exposé∙es, sur leur lieu de travail, au risque cancérigène. Chaque année, il y a des dizaines de milliers de nouveaux cas de cancer dûs au travail, donc de la responsabilité du patronat. L’amiante bien sûr ; mais pas seulement. De très nombreux métiers sont concernés. Codirectrice du Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origines professionnels en Seine-Saint-Denis, Anne Marchand nous livre ici son expérience auprès de personnes demandant « réparation » ; si tant est que ce terme soit adapté, alors qu’il s’agit d’êtres humains subissant une grave maladie. Faire respecter le droit à indemnisation suite au préjudice subi est légitime ; c’est aussi un moyen pour que le patronat et les pouvoirs publics cessent de minimiser, voire cacher, les risques cancérigènes. Car l’enjeu est aussi là : en finir avec ces agressions patronales que sont les maladies et les morts dues au travail salarié. Rendre visibles ces cancers du travail, c’est aussi participer à rompre avec l’invisibilité des millions de personnes qui font tourner notre société. Un livre utile à tous et toutes, nécessaire aux syndicalistes.

Christian Mahieux

Mourir de son travail aujourd’hui. Enquête sur les cancers professionnels ; un fléau évitable,
Anne Marchand, Éditions de l’atelier, 2022, 23 euros.

Qu’y a-t-il de commun entre les gouvernements espagnol, italien, anglais, belge, français, grec ? Leurs orientations politiques, leurs choix économiques et sociaux sont différents. Une chose est commune à ces pays : les mobilisations collectives sous forme de grèves, nationales ou locales, professionnelles ou interprofessionnelles, les rassemblements et manifestations de celles et ceux qui sont exploité∙es de par le système capitaliste : travailleurs et travailleuses en activité, en retraite, au chômage, en formation… Cela montre, encore une fois, que la solution à la crise du capitalisme n’est pas dans la manière de gérer celui-ci. Ni dans la gestion loyale d’institutions qui n’ont d’autre but que de perpétuer ce système.

Les mouvements sociaux, éminemment politiques, portent les germes de changements radicaux, de ruptures. Pour que cela se concrétise, pour que l’émancipation sociale devienne réalité, mettons-y toutes nos forces ; ne les gaspillons pas dans des discussions vaines, dans des joutes oratoires dont les conséquences ne font guère trembler les capitalistes. La lutte des classes existe, qu’on le veuille ou non, qu’on y participe activement ou non. Une question essentielle est de savoir sur quel terrain la mener. Nos organisations – syndicales, partidaires, associatives, culturelles – ont une responsabilité dans ces choix : où faire la politique ?

Nous citions les grèves et manifestations en Angleterre, Espagne, Italie, France, Belgique et Grèce. C’est par facilité de la proximité géographique. Mais le constat vaut au-delà de l’Europe occidentale. En Ukraine, en Iran, au Soudan, aux Etats-Unis ou en Argentine – et là encore ce ne sont que des exemples -les peuples luttent contre l’agression militaire de la Russie de Poutine ou contre des dirigeants menant des politiques théocratiques et/ou autoritaires, le prolétariat se défend, revendique, crée, organise des grèves, manifestations et autres mouvements de révolte.

Démocratie organisée par et pour la bourgeoisie, théocratie, dictature, pays militairement agressé, tout cela n’est pas égal. Bien entendu. Mais ce qui est commun c’est la capacité d’action autonome des exploité∙es, renforcée par l’évidence du lien à faire contre toutes les discriminations. C’est ce qui est porteur d’espoir de changements permettant d’abord l’amélioration des conditions de vie aujourd’hui et aussi, à partir et grâce à cela, une rupture réelle. Une révolution ? Ouh la…

Christian Mahieux

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