Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Partir des besoins

Vincent
Si on attaquait la question du budget par la question des besoins, ça concrétiserait un peu plus immédiatement les choses et on pourrait se servir des témoignages qu’on voit dans les enquêtes d’opinion et qui font apparaitre un certain nombre de besoins.

On sait que le repli, la désertification des services publics mais aussi les déserts médicaux, etc. contribuent à nourrir le sentiment d’abandon et favorisent le RN. C’est avéré et donc la première question qui se pose, c’est comment définir ce qui doit relever de la sécurité sociale en partant des besoins et des services publics. Non seulement en terme de missions,  mais aussi en terme d’accessibilité pour faciliter les grands principes.

Christophe
Sur les questions de santé comme sur les autres, qui définit les besoins ? Comment on organise le débat sur cette question ? Parmi les technocrates, il y a aussi des soignants et en particulier des médecins qui décident à la place de la population. Un exemple récent : le médecin Philippe Juvin qui est aussi député, explique qu’il faut fermer les hôpitaux de proximité parce que les médecins sont mauvais dans ces hôpitaux.

Or ce qui monte aujourd’hui comme expression des besoins de la population c’est : « Je veux avoir un médecin disponible qui me suive, qui prenne le temps de m’expliquer les choses… Je veux pouvoir avoir un hôpital à moins de trente minutes de chez moi avec un service d’urgence ». Sur la question des maternités, il y a un affrontement très clair entre la population qui souhaite le maintien des maternités de proximité et les pouvoirs publics qui expliquent, sans preuve scientifique, que pour des raisons de sécurité, il faudrait tout regrouper dans de très grands centres, des usines à bébé.

En fait, derrière, il y a simplement la logique financière. Ces objectifs ne sont pas des objectifs de santé publique, mais bien des objectifs de réduction des dépenses et une bascule organisée vers un système privé et un accès aux soins à plusieurs vitesses. Ce système existe déjà aujourd’hui, mais ils accélèrent sa mise en place.

Ces questions sont éminemment politiques. Tout dépend comment on organise le débat avec la population. Je pense qu’il faut déjà poser un certain nombre de principes, ensuite écouter et dire ce qui est possible, ce qui n’est pas possible. Ensuite on échange. Il peut y avoir des choses à corriger, à rectifier, on discute. Mais il faut qu’on sorte des oukases, des pseudo experts. Pour moi qui suis médecin, le meilleur expert, c’est avant tout le patient.

Sylvie
Je voulais intervenir sur deux points un peu plus pour cibler sur l’éducation nationale.

Mais pas seulement. Il y a un rythme syndical habituel, un rythme institutionnel dans notre militance syndicale : au mois de novembre ou décembre, on discute des budgets des établissements scolaires, on a une enveloppe et on décide comment on la répartit.

Puis en mars il y a ce qu’on appelle la DGH – la dotation globale horaire – et c’est pareil, on a une enveloppe et on essaye de se répartir les moyens et on essaye de gratter des trucs à la marge.

C’est le rythme dans lequel on est depuis des années.

Et on a du mal à inverser les choses, c’est à dire qu’en fait le budget est décidé, et ensuite il faut se répartir ce qu’on a.

Il faudrait qu’on arrive à inverser ce rythme d’activité syndicale et on a du mal à le faire.

C’est-à-dire à mobiliser en amont, avant les décisions budgétaires.

Je ne peux pas dire que les syndicats n’essaient pas tous les ans. Là, il y a une journée d’action le 29 septembre. L’idée c’est de mobiliser en amont sur le budget.

On n’arrive pas à faire ça. Or, là, on va être à nouveau dans un contexte où le débat budgétaire va durer. Ca fait plusieurs années que le débat budgétaire dure parce qu’il n’y a pas de majorité parlementaire.

Donc c’est compliqué pour le gouvernement et moi je trouve qu’on devrait, dans ce contexte-là de débats plus longs, utiliser le fait que cette fenêtre s’ouvre de manière plus importante pour essayer d’inverser les processus et de dire : « maintenant, il faut mener une bataille dans les établissements scolaires pour inverser le processus : voilà de quoi on a besoin » et ensuite chiffrer dans chaque établissement scolaire les besoins pour définir le budget qui doit être adopté dans les mois à venir. Je sais que ce n’est pas facile, parce que, à la rentrée, tout le monde a le nez dans le guidon.

Je pense qu’il serait intéressant d’essayer.

Pierre
On a tous dit qu’il fallait partir des besoins mais j’insiste sur le fait que le verbe « partir », ce n’est pas le verbe camper sur les besoins. C’est à dire qu’on porte des besoins, mais pour aller au-delà : sur des solutions. Et que l’on ne conçoive pas les mouvements qu’on veut provoquer ou qu’on veut nourrir comme répétant des besoins, parce que tout le monde sait de quoi il a besoin. Mais qu’on soit davantage sur où prendre l’argent.

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Horizons d'émancipation

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