Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Où trouver l’argent ?

Vincent
Il faut des recettes publiques pour qu’il puisse y avoir action publique, notamment en matière de protection sociale. Sinon, ce sera entre les mains du secteur privé parce que les besoins augmentent.  On sent qu’aujourd’hui il y a en gros deux écoles de pensée : ceux qui disent : « trop de gabegie » et ceux qui veulent faire contribuer les plus aisés, les multinationales de manière plus ou moins symbolique. Il y a une conscience dans la population qui dénonce l’injustice fiscale et sociale qui va croissante. Cela nous renvoie aux gilets jaunes et à leurs trois revendications historiques : je veux avoir la parole avec un référendum d’initiative citoyenne, il faut lutter contre l’évasion fiscale et il faut le retour de l’impôt sur la fortune.

Josiane
L’idée de « faire payer les riches » a beaucoup progressé mais l’objectif de les « taxer », qui est parfaitement juste sur le fond, peut apparaitre comme peu accessible et incantatoire. Le problème c’est que toute la gauche reste sur l’objectif de « taxer les riches » sans aborder la question du « comment faire » : qu’est ce qui est réalisable tout de suite ? quelles actions entreprendre ?

Dans ce cadre, il y a un angle d’attaque qui me parait plus populaire et opérationnel surtout dans le cadre budgétaire : ce sont les 211 Milliards d’impôts, soit un tiers du budget de la nation, attribués chaque année aux grandes entreprises sans contreparties. Cet argent appartient aux contribuables, il est dans les caisses au moment du vote du budget ; ça parait plus réalisable tout de suite d’exiger son utilisation pour financer les besoins plutôt que d’exproprier les riches, même si on en a très envie.

Daniel
Sans alourdir le débat, la question des Français, c’est l’égalité devant l’impôt, donc faire payer les riches, c’est poser la question de l’égalité devant l’impôt.

Pierre
J’ai déjà insisté sur le fait qu’on parte des besoins, mais pour aller au-delà : sur des solutions, sur où prendre l’argent.

En l’occurrence aujourd’hui, on sait que la plus grande part de nos impôts ( 211 milliards) va au CAC 40 au lieu d’aller aux services publics. Il suffirait d’obtenir un vote au Parlement pour remettre les choses à l’endroit. Ajoutons les 30 Milliards de fraude fiscale et  les dividendes qui ne sont pas imposables et ne cotisent à rien.

Jean Blaise
On entend souvent l’excuse qui dit « qu’il n’y a plus d’argent ». Ben oui, mais il n’y en a pas, parce qu’on n’en a pas mis. On n’a pas réparti les recettes de manière à considérer que le soin ou l’éducation ou un autre poste était quelque chose de primordial. A chaque fois qu’on propose un budget, les choix faits traduisent les valeurs politiques de leurs auteurs.

Vincent
Quand on dit taxer des riches, on sent que ça répond à un profond besoin. Une grande partie de la population dit que ce n’est pas possible que les ultrariches payent proportionnellement moins que nous.

Jean Marc
Les dirigeants de l’Etat font en sorte de calmer le jeu pour que la population suive en faisant peur avec la dette, ou on fait croire qu’il va falloir forcément un budget d’austérité. Donc nous on a à déconstruire ces discours-là en expliquant que les déficits ça existe depuis très longtemps. Les états sont déficitaires, mais le problème, ce n’est pas tant la dette, c’est la gestion de la dette et la dépendance vis-à-vis des banques, ce n’est pas tout à fait la même chose. Ce n’est pas parce qu’un état est endetté qu’il n’a pas la possibilité de mettre l’argent là où il faut. On sait qu’il va falloir mettre plus d’argent dans les services publics, dans la fonction publique, dans ce qui fait sens commun.

Les libéraux nous parlent du modèle social, mais ce sont eux qui le démolissent. Ils disent qu’ils essaient de préserver quelque chose, ils ne préservent rien du tout. Ils ne servent que des intérêts individuels. Les 211 milliards dont quelqu’un a parlé, c’est de l’argent qui est donné directement des poches de l’état dans les poches du patronat ou des ultra riches, c’est une catastrophe, on ne peut pas avoir un fonctionnement pareil. 

Pierre
Le problème est de ne pas se contenter de dire « il faut faire payer les riches » cela, tout le monde le dit. L’enjeu est de permettre aux citoyen.ne.s de prendre conscience de la force que leur donnerait de sortir de la norme qui veut que l’on soit citoyen juste le temps passé dans un isoloir pour désigner qui sera notre maître. A propos d’infos données sur le budget, Lecornu a parlé de « fuites ». Comme si les citoyens n’avaient pas à être informés ! Alors que l’Etat n’a pas d’argent à lui, il ne fait qu’administrer l’argent des contribuables et du travail.

Pour démarrer une nouvelle manière d’être, on peut envisager de sortir tout de suite de l’expectative en se saisissant de l’affaire des 211 Milliards de nos impôts et à exiger un autre vote du Parlement. Cela contribuerait à sortir du sentiment d’impuissance et à franchir la limite qui nous sépare du « pouvoir-faire » citoyen. Des rencontres publiques peuvent être un démarrage.

211 Milliards !

Un livre Utile 

Le chiffre de 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises s’est imposé dans le débat public.

C’est une première victoire, obtenue en mettant fin à l’opacité qui entourait ces dispositifs, et en bataillant face au haut-patronat comme à ses relais gouvernementaux, qui ont cherché – sans succès – à discréditer notre travail. 

Au-delà d’un chiffre, je pense que ce sujet résonne car il symbolise un cap politique mortifère qui consiste à toujours réduire davantage le budget de nos services publics et de l’ensemble de nos dispositifs de solidarité tout en continuant d’arroser généreusement une partie du secteur privé en argent public.

Ce deux poids deux mesures suscite une colère légitime, largement partagée dans le pays : comment justifier l’octroi d’aides, sans contreparties sociales et environnementales, à des grands groupes qui versent des dividendes, polluent et licencient dans le même temps ?

Ce livre est une occasion de revenir sur mon expérience de la lutte politique au service de l’intérêt général, et il démontre une chose : les choix budgétaires n’ont rien d’une fatalité, mais procèdent de choix politiques qui peuvent être défaits.

La bataille ne fait que commencer !

Fabien Gay

211 milliards, Révélations sur les aides publiques aux entreprises, Fabien Gay, Editions Albin Michel, Septembre 2026, 180 p., 20 €

Cet article fait partie du dossier :

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