L’intelligence artificielle (IA) est un monstre froid. Son intelligence n’en est pas une et n’a rien d’artificielle. Peut-être que la terminologie “Idiotie Authentique” serait plus appropriée. Sa puissance de calcul et la combinaison de ses diverses algorythmes suralimentés par toutes les informations collectées sur terre en fait un instrument redoutable, qui, en ce sens, ne peut pas être laissé entre les mains de n’importe qui.
Les journalistes et cinéastes israéliens Abraham Yuval et Rachel Szor, déjà auteurs du film documentaire “No Other land” en 2024, qui traite de l’occupation israélienne en Cisjordanie, récidivent cette année avec un autre film documentaire intitulé “Naza”. Leur premier film a déjà remporté deux prix dont l’Oscar du meilleur film documentaire lors de la 97e cérémonie des Oscars 2025 aux USA, alors qu’il n’est toujours pas distribué dans les salles de ce pays. Leur second film a, lui, déjà été présenté à la Mostra de Venise où il a remporté le prix spécial du jury en provoquant la plus longue ovation du public de son histoire avec 25mn d’applaudissements.
Il faut dire que le sujet a de quoi prendre aux tripes. Pendant plus d’une heure, les réalisateurs mettent en scène des militaires ayant participé aux opérations à Gaza. Ceux-ci témoignent, notamment de l’emploi du système d’IA “Lavender” pour l’établissement automatique de listes de cibles, du “programme Homeland” pour les interceptions téléphoniques et de la procédure “Where’s Daddy” (sic), conçue pour localiser des suspects via les communications de leurs proches. Selon eux, les bombardements sont privilégiés la nuit, sur des domiciles privés, avec l’acceptation préalable de quotas précis de pertes civiles, les “Naza”, issu des termes “nezek agavi”: qui signifie pudiquement “dommages colatéraux”. Ces quotas sont estimés à environ vingt “Naza” pour des cibles de rang inférieur et jusqu’à plus de dix fois plus pour des figures de premier plan. Le système est décrit comme présentant une marge d’erreur supérieure à 15 %, entraînant dans certains cas la mort de civils sans que la cible militaire ne soit effectivement atteinte. Dans d’autres cas, l’ordre a été donné de tuer dans une frappe jusqu’à 500 personnes dans l’espoir d’en atteindre une. Une source de l’armée israélienne a révélé : “Il m’est arrivé plusieurs fois d’attaquer une maison, mais la personne n’était même pas chez elle. Le résultat est que vous avez tué une famille sans raison”.
Voilà à quoi sert l’IA quand elle est mise entre les mains d’un gouvernement génocidaire. Sans surprise, ce dernier a condamné le film en le qualifiant de “choquant, d’intolérable, d’antisémite et d’acte de trahison”. Il est vrai que depuis le début de cette guerre, tout a été mis en œuvre pour cacher la vérité, mais les faits sont décidément têtus.
JBL


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