Même renommé mondialité, le concept n’est pas étranger au mouvement ouvrier et populaire. Il est même au cœur de celui-ci : de la fondation de l’Association internationale des travailleurs (AIT) à « L’internationale [qui] sera le genre le genre humain », il y a bien longtemps que cette question nous préoccupe. Pour autant, au-delà des slogans et des textes de congrès, les organisations, qu’elles soient syndicales, associatives ou partidaires, n’en font pas une priorité dans les faits. Les mouvements non constitués, pas plus : forums, universités et autres rencontres épisodiques ne suffisent pas à construire un internationalisme agissant concrètement au sein de la société d’aujourd’hui pour amener à celle de demain.
La solidarité internationale demeure nécessaire. Palestine, Ukraine, Soudan, et bien d’autres situations le rappellent. Aussi importante soit-elle, elle n’est pas suffisante si l’objectif est une transformation sociale radicale. A une très modeste échelle, le fait d’avoir au sein du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, des syndicats palestiniens, ukrainiens ou soudanais montre qu’il est possible de travailler ensemble à soutenir et organiser des résistances, des luttes, des alternatives. Dire et faire cela, ce n’est pas oublier la différence entre les situations de guerre, de massacres, de génocide et la démocratie fut-elle extrêmement « libérale ».
L’appel au droit international est récurent face aux multiples agressions envers les peuples. S’il est bien compréhensible de recourir à cet outil, il est clair que la solution ne viendra pas des États-Nations dont le point commun est de se moquer éperdument de ces règles, dès lors que les intérêts de la classe dirigeante passent par cela ! Ne confondons pas les États, leurs gouvernements et les peuples ; solidaires des peuples russe, chinois, indien, égyptien, iranien, etc. (les BRICS+) pas de leurs régimes dictatoriaux !
L’actualité fait qu’on ne peut passer sous silence un point essentiel : notre internationalisme ne peut être discriminatoire. Soutien au peuple palestinien, soutien au peuple ukrainien ; indépendance de la Kanaky, indépendance de toutes les dernières colonies françaises.
Il peut paraître paradoxal que nos mouvements et nos luttes internationales soient si difficiles à mettre en œuvre, alors que la mondialisation s’est imposée, que les réseaux dits sociaux traversent les continents, que les moyens de transport ont évolué, etc. Sur le dernier point, il y a beaucoup à dire sur les conséquences écologiques ; le deuxième est à relativiser car nombre de régimes autoritaires coupent les réseaux selon leurs besoins ; quant au premier, sachant que sait que la liberté de circuler vaut bien plus pour les marchandises et l’argent que pour les personnes ! Cela dit, oui, nous sommes sur une planète grandement mondialisée. « Le socialisme dans un seul pays » date d’un siècle. Sans revenir ici sur la manière dont cela s’est traduit, le concept est erroné. Mais voilà qui ne simplifie pas le chemin pour y arriver ! Il y a plus simple ? Oui, s’accommoder, peu ou prou, de la société telle qu’elle est, renoncer à la transformer radicalement, accompagner le capitalisme. Alors, l’internationalisme ? On se repenche sur la question ?
Christian Mahieux



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