Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Campisme ou internationalisme ?

Contribution à l’atelier du 25 août 2025 à l’Université des mouvements sociaux et de la solidarité de Bordeaux

Le 23 août 1968, à La Havane, lors d’un de ses discours fleuves dont il avait le secret, Fidel Castro exprimait son soutien à l’intervention militaire de l’URSS et de ses alliés du pacte de Varsovie, survenue quelques jours plus tôt, pour mettre fin au socialisme à visage humain qui se développait alors en Tchécoslovaquie. Certes concédait le leader maximo le peuple tchécoslovaque avait eu quelques raisons de vouloir changer la direction politique du pays à partir du printemps 1968, mais cela pouvait profiter à l’impérialisme et mettait en danger le « camp socialiste », qui se devait alors d’intervenir.

Le mot « campisme » date de ce discours funeste et mémorable.

Pour les campistes les prises de positions par rapport à tel ou tel mouvement populaire dans tel ou tel pays, le soutien ou la condamnation qu’on peut leur apporter, ne sont pas fonction de la nature de ces mouvements mais de la manière dont ils peuvent influer sur des rapports de forces géopolitiques globaux. L’effort des tchèques et des slovaques de construire un socialisme authentique introduisait une division dans le supposé « camp socialiste » et donc profitait à l’impérialisme américain et devait être combattu.

Bien entendu, à ce campisme « socialiste » auquel adhérait les partis communistes et certains mouvements de libération, s’opposait un campisme « libéral » symétrique auquel adhéraient non seulement les droites, mais aussi la majorité des courants sociaux-démocrates.

Pendant la période de la guerre froide, si l’on pouvait à juste titre contester la nature du socialisme supposé y exister « réellement » et sa tutelle sur des peuples, il y avait bien un « camp » distinct de celui du capitalisme libéral. A la fin du XXe siècle ce n’est plus du tout le cas. Mais le campisme se poursuit comme « anti-hégémonisme ». Si le capitalisme est étendu à la planète, l’hégémonie occidentale, et d’abord États-unienne demeure, et toute lutte locale doit être interprétée en fonction de sa relation (supposée) avec les USA. C’est ainsi que l’on a vu pendant les guerres de dislocation de la Yougoslavie une large fraction des gauches européennes et américaines prendre fait et cause pour le régime Serbe, pourtant principal fossoyeur de l’ancienne fédération, comme ce fut le cas par exemple de Noam Chomsky supporter de l’organisation Jul créée par le leader serbe Milosevic pour appâter les gogos.

Malheureusement ce type de campisme se perpétue aujourd’hui. Et c’est justement ce 23 août, au cours d’un autre discours fleuve, que Jean Luc Mélenchon a expliqué qu’il fallait abandonner l’Ukraine, se débarrasser de son dirigeant comme le réclame le dictateur stalino-tsariste Poutine. Les représentants de syndicats ukrainiens et les résistants anti-guerre russes présents à notre université d’été apprécieront le fait que notre leader maximo à nous, leur tire dans le dos, mais au nom de quel « camp » cette fois-ci ?

Ce jour même Edwy Plenel a bien résumé la question dans Médiapart : L’internationalisme a pour seule boussole le sort des peuples, quand le campisme les prend en otage dans le jeu des puissances.

Bernard Dreano,
Président du Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale CEDETIM

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