Culture

Ruralité en chantier [A bicyclette #2]

A Bicyclette #2 // Récit d’une tournée théâtrale à vélo // Jour 3

Bon je ne vais rien vous cacher. La montée vers Furmeyer fut un petit calvaire. Heureusement qu’un gentil bénévole est venu pour m’accompagner dans ces lacets infernaux. Mon ego en a pris un coup… Soit la remorque est trop lourde, soit mes muscles ne sont pas assez développés. Je me suis même demandé pourquoi je faisais tout ça…

Je suis arrivé vers 13h complètement vidé. On m’attendait dans une maison fraîche. Il y avait une quiche délicieuse et des abricots de “Court circuit”. J’ai bu 2 litres d’eau. On a parlé du pays, des histoires du village… Ce hameau, de 12 habitants à l’année, est comme un îlot dans la montagne, un cul de sac où l’on ne vient pas par hasard. La vie de la commune s’est déplacée durant le 20ème siècle du plateau à la plaine, à quelques dizaines de mètres de dénivelé plus bas. 

La venue du spectacle est un événement et chacun à participer à sa place. Prévoir le parking, distribuer les programmes, organiser le repas, couper les melons et penser aux bancs pour le public, je comprends vite que je n’ai pas souffert pour rien.

Nous tentons d’organiser cette tournée afin que les communes (souvent très petites !) s’en emparent et utilisent notre venue comme prétexte pour créer du lien. La ruralité est un tissu de liens humains … distendus. Souvent, il manque peu de chose pour recréer un art de la relation, de la convivialité. Comme partout les modes de vie, les rythmes effrénés, les amertumes prennent le dessus sur notre soif d’humanité et de partage. Le monde rural n’est pas hors du monde et de ses contradictions. Il est au cœur de cette mondialité qui se cherche. Il est peut-être plus qu’ailleurs face aux urgences climatiques. (A Furmeyer, les arbres ont soif, se dessèchent de l’intérieur et tombent à la moindre rafale.) Le territoire rural n’est pas un espace clos, c’est à présent un endroit choisi, un lieu de vie conscient. Il est à comprendre autant qu’à bâtir. Ici, je ressens cette éthique de vie à réinventer. Croiser la joie d’un barbecue de village et le partage de moments artistiques, c’est aussi un geste d’espoir dans notre capacité à faire vivre la complexité de nos attachements. 

60 personnes dans le public et presque autant lors du repas : le pari est réussi. Je raconte “Le jour se lève encore” sous un bosquet d’arbres immenses. Quand les gens s’assoient le soleil perce entre les troncs et nous offre ses derniers rayons. Le spectacle a déjà commencé. Je ressens la joie d’une communauté villageoise réunie. Les applaudissements et les petits mots à la fin de la représentation soignent mon ego de cycliste blessé.

Vivement ce soir  ! (La représentation est dans la vallée…)

Laurent Eyraud-Chaume

Chaque jour, en direct « à bicyclette », Laurent Eyraud-Chaume nous conte sa tournée théâtrale à vélo du Buëch au Champsaur. Retrouvez tous les épisodes ici !

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