4ème de couv'

14 Juillet, l’Ordre du jour, la Guerre des pauvres :

Achetez-les ou volez-les mais lisez-les.

par Pierre Zarka

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Le désenchantement du monde a marqué tous les domaines : Politique, philo, arts… Ainsi, le récit connaît une crise profonde. Depuis le XVIIIème siècle, le roman était interpellation du monde. Puis, à part quelques cas rares, ce qui a dominé est un repli vers la sphère de l’intime. La télé-réalité en étant la caricature. La critique du monde s’est alors réfugiée dans le polar ou dans le théâtre. Comment redonner vie au récit ?

Eric Vuillard apporte sa réponse. Il n’écrit pas de roman mais des récits. Où est la différence ?

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Si on lit 14 Juillet « C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses » écrit-il, bien avant que les Gilets Jaunes s’enflamment. Qui connaît Fournier, ou ce « Nègre » : De Lorme, ou ce petit ouvrier : Jean Rossignol ? Pourtant ils ont fait tomber la Bastille. Il reproche à Michelet de se concentrer sur les ténors qui s’arrogent le rôle de parlementaires et d’en faire des héros au détriment de ces individus anonymes qui font l’Histoire. Ce reproche n’est-il pas toujours d’actualité ? Marx disait déjà que ce sont les masses qui font l’Histoire. Chez Vuillard, elles font le récit. Et ces « représentants » sont souvent plus prompts à la concession que les intéressés et de ce fait en subissent le rejet. Ça ne vous rappelle rien ? Pour lui, la négociation est une maladie comme une autre. Avec la Guerre des pauvres, il reprend le procédé à partir des mouvements paysans des XIVème et XVIème siècles : les exaspérés…jaillissent un beau jour de la tête des peuples comme les fantômes sortent des murs.

Ainsi, l’Histoire croise notre présent

Qui dit lutte de classes dit qu’on est deux. Dans « l’Ordre du Jour » (prix Goncourt 2017) le récit relate une rencontre entre Hitler, Goering et Halifax, entre Hitler et le chancelier autrichien, et dit comment Autrichiens, Britanniques et Français ont laissé faire l’Anchluss, l’essentiel étant l’anticommunisme. Il termine son livre en rappelant que Krupp, Bayer, Agfa, IG Farben, Shell, Daimler, Schneider, Siemens, Telefunken, ont fait Hitler et profité de la main d’œuvre des camps de concentration.

Eric Vuillard fait vivre ses personnages au rythme du reportage « en direct » et sa prose poétique produit de l’action une symbolique qui est celle des « petites gens » que nous sommes. Il promet : Le martyre est un piège pour ceux que l’on opprime, seule est souhaitable la victoire. Je la raconterai. Ainsi, l’Histoire croise notre présent.

 

Chez Actes Sud

La guerre des pauvres, janvier 2019, (8, 50€ )

14 juillet, août 2018 (7, 80€ )

L’ordre du jour, mai 2017 (16, 00€ )

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