4ème de couv'

Le drame des rappeurs français

Vouloir chanter, sortir de la « galère » et gagner du « blé » : les rappeurs français suivent un chemin commun qui les plongent, petit à petit, dans un abîme de contradictions. Les dernières productions le prouvent encore une fois. Les mots de ces albums racontent les vies de ces transfuges de classe d’un genre nouveau (et leur rapport au succès).

Orelsan a quitté son job dans un hôtel pour une carrière à succès dans le rap français. Les 2 derniers opus (« La fête est finie » et « Épilogues ») s’éloignent des saillies provocatrices des débuts, pour des morceaux qui mêlent humour et tendresse, fièvre mégalo et sans fard. On découvre la rançon de la gloire et les doutes de celui qui doit à présent « gérer » son succès. Orelsan tangue entre ses rêves de transgressions (alcool, filles…) et sa réalité bien moins « glamour » d’un rappeur chef d’entreprise, en couple (et fidèle). C’est touchant et stimulant à entendre, Orelsan cherche sans fin l’issue à une fidélité introuvable à son histoire et à son adolescence : vieillir et devenir riche change tout !

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Le duo des frères toulousains, Bigflo et Oli, est face à des contradictions profondes qu’ils assument et travaillent dans chaque album. Si leur positionnement sur la scène rap les classe du côté des « gentils », ils affirment un ancrage dans des valeurs « simples » bien souvent plus « politiques » qu’ils ne le pensent. Dans leur dernier opus (“La vie de rêve”), ils enchaînent, dans un flow fluide et acéré, des rimes engagées et introspectives. Le morceau “Rentrez chez vous” est un modèle pour tous ceux qui pensent que la poésie vaut mieux que mille discours. Et ici, comme ailleurs, la surprise du succès pousse les 2 rappeurs à promettre sans cesse qu’ils ne changeront pas (mais qu’ils aiment gagner des millions…).

Alors que vient de sortir le très attendu album des PNL (qui affirment dans leur langage “imagé”: “J’m’en bats les couilles du trône / J’préfère être debout pour compter”): il sera difficile pour eux d’apparaître comme les “jeunes des quartiers” qu’ils étaient encore hier. Leur carrière, construite entre clip ultra-écrit et promo-numérique 2.0, les a propulsés comme les numéros 1 d’un rap français qui pense toujours pouvoir allier création et rentabilisation.

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Nous nous consolons avec l’album/livre d’Abd Al Malik “Le jeune noir à l’épée”: un pur bijou de poésie qui mêle sons du quotidien, combat du présent, musique chaloupée et mots bruts slamés sans artifice. Loin des contradictions de carrières sous pression du marché, Abd Al Malik choisit l’art contre l’argent, et sa libération nous libère.

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