Les nouveaux défis de Cerises

Notre fabrique coopératrice de dossiers

Au travail, passer par le « je » pour retrouver un vrai « nous »

Le récit est écrit en « je » et signé du prénom, réel ou fictif, du narrateur. L’écriture d’une parole, sa signature et sa publication ne sont pas neutres dans le monde du travail ; d’où le recours dans certains cas à des prénoms d’emprunt. L’interviewer n’est ni un journaliste ni un chercheur, c’est un citoyen, désireux de comprendre le travail d’un autre citoyen ; et qui prend au premier degré ce que lui donne le narrateur au moment de leur rencontre. Ensuite, vient la mise en récit de la parole ainsi recueillie. C’est un vrai travail d’écriture dont le but est de rendre cette parole lisible et visible.

Lorsque nous rencontrons cette personne, elle commence en général par nous expliquer ce qu’elle est supposée faire, ce n’est ni du « je » ni du « nous », c’est un « on » indéfini, censé exécuter les missions inscrites sur une « fiche de poste ». Puis, au fil de l’entretien, nous avançons vers le « je », parce que la personne prend le temps de réfléchir à ce qu’elle fait, ou pas, comment, avec qui, pourquoi. À cette occasion, notamment dans les métiers les moins valorisés, certaines réalisent toute l’ampleur de leur travail. Alors, elles expriment – voire restaurent – leur fierté et leur dignité, elles (re)prennent la main sur leur travail. Le processus de fabrication d’un récit de travail s’adresse autant au narrateur qu’au lecteur.

Cette approche est-elle pertinente aujourd’hui, alors que le travail est miné par l’individualisation ?

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Cerises - Les nouveaux défis

Les éléments de la rubrique Les nouveaux défis permettent la construction des dossiers de la rubrique Horizons d’émancipation du journal mensuel.

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