Wajdi Mouawad vient de quitter le théâtre de la colline dont il était le directeur depuis 2016. Il va nous manquer…
Mouawad est un écrivain « tout est écriture » écrit-il, et il suffit pour s’en convaincre de lire ses 8 leçons au collège de France intitulées « les verbes de l’écriture » à propos des verbes être, voir, trembler, choisir, rencontrer, consoler, aimer, et mourir, et notamment sa leçon inaugurale « l’ombre en soi qui n’écrit » ni magistrale ni académique mais pétrie d’intelligence de finesse et de sensibilité.
Mouawad est plus encore un dramaturge : pétri de théâtre, qui semble à la fois sa façon de penser la vie et de la dire… Il fut profondément marqué par ses 10 premières années au Liban puis par l’exil en France « en ayant raté l’Italie » puis au Québec « ayant raté le Texas « ce qui l’amène à interroger le destin et ce que pourraient être d’autres vies que la sienne…
Au Québec il fonde la compagnie Théâtre Ô Parleur et le Théâtre de Quat’Sous et reçoit plusieurs distinctions comme le prix de la francophonie et celui de la meilleure production montréalaise pour « Protagoras enfermé dans les toilettes ». C’est aussi sa dernière production avant de quitter la colline, très décriée par la critique française, la pièce est certes grossière et scatologique mais très théâtrale.
Mouawad tisse sa toile entre histoire intime et Histoire avec un grand H… l’exil imprègne tout son théâtre, (inspiré par l’Odyssée et les tragédies de Sophocle) et peut être plus particulièrement « Racine carrée du verbe être » qui interroge ce qu’aurait pu être une autre vie que celle-ci et « Mère » qui met en scène de façon dramatique les conversations entre la mère angoissée et ses enfants en France et le père reste travailler au Liban…
« Seuls » représenté plus de 150 fois notamment à Avignon en 2009, à Malakoff, à la Colline, et à la Ferme du buisson nous emmène en lien avec Robert Lepage et Rembrandt dans un voyage très personnel et dans l’intimité de Wajdi même en interrogeant le sens de la vie à travers la peinture et les couleurs jetées sur les murs avec force. Les fragmentations familiales et le problème du conflit israélo palestinien sont aussi superbement évoqués dans « Tous des oiseaux » : Eitan, allemand, fils d’un couple israélien tombe amoureux d’une jeune américaine arabe et est victime d’un attentat en Israël ; le père d’Eitan est furieux et en proie à une haine reflet de la haine entre juifs et palestiniens jusqu’à ce qu’il découvre qu’il est lui-même enfant d’un couple palestinien recueilli par le couple israélien de ses parents adoptifs. W. Mouawad nous fait osciller de la guerre entre les peuples et à la haine entre les individus à travers la fragilité des identités.
Les questions des origines, du passé et de la succession des générations, de l’identité, et de la fragilité de l’être traversent aussi son œuvre : notamment dans « Forêts » qui met en scène la succession des générations et qui avec Littoral, incendies, et ciels constituent « le sang des promesses ». Une mention spéciale pour incendies monte à Montréal puis mis en scène par S. Nordey à la Colline dans une magnifique opposition entre le noir pour les bourreaux et le blanc des victimes ; entre tragédie grecque, en référence à Œdipe quête familiale et drame politique, un chef d’œuvre: deux jumeaux Jeanne et Simon en blanc reçoivent d’un notaire le testament de leur mère Nawal décédée qu’ils avaient perdue de vue; ils partent à la recherche de leur père, qui se révèle être aussi leur frère et le bourreau de leur mère !!
Bref on l’aura compris on ne sort pas indemne du théâtre de W. Mouawad : un très grand auteur
Bénédicte Goussault
« Une concurrence mortelle à tous ces idiots borgnes ! »
30 mars au 30 avril 1876. Deuxième exposition impressionniste.
A la suite de Manet et du groupe des Batignolles, finis les tons sombres, les motifs religieux, la mythologie. Alors que Paris se renouvelle et que le chemin de fer promet des horizons nouveaux, les peintres aussi veulent leur Révolution. Fi de la société conservatrice, changeons les règles de l’Art. Et si le Salon, qui exposait les œuvres des artistes agréés par l’Académie des Beaux-arts, est aveuglé par la cataracte de la tradition et refuse la nouveauté, il faudra passer outre.
Alors, le sujet se décentre, le cadre coupe les personnages, les ombres se colorent de bleu ou de violet – indignation académique !
Grâce à la peinture industrielle en tube, transportable, qui ne sèche pas, les couleurs prennent le pas sur le dessin. Grâce au train, s’éloigner de Paris, de son atelier, peindre la nature. Grâce à une touche rapide, gagner en légèreté.
Et pour damner le pion aux vieux idiots borgnes, placer le point de fuite hors cadre.
L’Impressionnisme était né.
Alexandra Pichardie


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