Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

L’État-nation en question

Les enjeux vitaux que sont la protection du vivant, la santé mondiale, la sécurité collective, la régulation des multinationales et de la finance mondialisées, appellent des réponses politiques planétaires. 

Déjà, la conscience grandit d’une commune appartenance à un monde unique et avec elle, un « humanisme des interdépendances » inspirant des normes juridiques de portée universelle : Après « Les droits de l’homme » et les « crimes contre « l’humanité » consacrant l’égale dignité humaine face aux formes de déshumanisation, sont apparus les « biens communs » et le « Patrimoine commun de l’humanité » actant un principe de solidarité planétaire ainsi que  les « droit du vivant »  reconnaissant l’importance des relations entre les humains et les vivants non humains.

Cette Mondialité ouvre les potentialités « d’un monde interdépendant, connecté, d’échanges, où les différences demeurent et sont une chance » (E Glissant). Mireille Delmas Marty[1] résume ce que pourraient être les responsabilités humaines à l’échelle mondiale : « tous différents, tous interdépendants, tous solidaires ».

Mais les États-nations sont devenus des obstacles à ce processus d’institution de « communs » à l’échelle planétaire et à « l’universalisation » du droit international : Décisions des COP non appliquées. Détricotage normes environnementales, Surarmement et acceptation du génocide à Gaza, abandon des programmes internationaux de santé publique et de solidarité… L’ancien ordre mondial se décompose et laisse le champ libre à des pays défendant les intérêts de plus en plus concurrentiels du capital mondialisé. Le droit international, fondé sur la primauté du principe de souveraineté de l’État-nation ne peut pas les contraindre à respecter leurs engagements et s’en trouve décrédibilisé.

Création institutionnelle à l’origine, l’État-nation est devenu avec la Révolution française, la Résistance et la décolonisation, un espace de souveraineté populaire. Mais Peuple et Nation ont été abusivement confondus avec l’État dont le pouvoir est distinct de l’agir populaire. Le mouvement ouvrier et démocratique qui s’est coulé dans ce moule institutionnel peine à répondre aux enjeux planétaires et à revivifier l’internationalisme des origines.

A l’aube du 21ème siècle, des mouvements sociaux, conscients de l’épuisement des institutions de l’État-nation, cherchent à « dépasser » le cadre inter-étatique en instituant des droits de portée universelle au sein même des nations. Au Chili, un soulèvement populaire (2019/ 2022) inscrit dans le projet de Constitution des droits pour le vivant non humain ainsi que la pluri-nationalité qui instaure des droits politiques pour les peuples autochtones.

A l’instar des mouvements zapatiste et du Rojava, du mouvement des Places, du communalisme espagnol, des soulèvements populaires Argentin et Serbe, des Gilets Jaunes, de la nouvelle vague féministe, des ZAD et des écologistes, ces mouvements n’obéissent plus au schéma traditionnel de centralisation organisationnelle et idéologique, rejettent le délégataire et le partidaire et ne cherchent plus à s’emparer de l’état central. Ils recréent le lien politique par le bas en instituant des formes d’autogouvernement. Il s’agit de se demander si ces pratiques ne contiennent pas les germes d’un autre monde et quelle part nous pouvons prendre à sa construction.

Josiane Zarka

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