Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Devenir monde de l’humain, devenir humain du monde

« L’homme fait monde en se faisant lui-même et se fait lui-même en faisant monde. »                                                                                                                               Vere Gordon-Child

La planète unique et aux ressources finies a vu l’émergence miraculeuse d’une vie organique à partir du minérale inerte. Les vivants ont fait mondes en l’habitant. L’humain, par l’échelle quantitative, qualitative et l’accumulation de ses actions, a fini par impacter le devenir planétaire lui-même. L’Anthropocène est devenue notre condition : horizon fermé, catastrophique d’effondrement et d’extinction du Capitalocène, ou horizon durable à inventer de cohabitation avec tous les vivants et respectueux des limites planétaires : le Symbiocène.

La mondialisation c’est les processus humains étendant leur propre devenir monde, et imposant le devenir humain des autres mondes, dès les migrations originelles. L’histoire de l’humanité est faite de mondialisations croissantes, constitutives des communautés, sociétés, sédentarisations, voyages et échanges. Celles imposées/subies des grands empires ont pris une autre dimension avec le capitalisme, son devenir planétaire par colonisations et impérialisme, jusqu’à son stade actuel après deux guerres mondiales du néolibéralisme.

Toute rupture de repli est illusoire face aux interconnexions de profits, d’exploitations, d’extractions. Seules d’autres interrelations, interactions et interdépendances, mutuellement avantageuses, préservant la pluralité des mondes vivants et des cultures et civilisations humaines peuvent être sources d’alternatives locales et planétaires désirables, souhaitables et durables.

Cela exige l’instauration inaugurale d’une véritable culture de paix partagée, contre les logiques de domination, violence, confrontation et guerre. Outre les budgets militaires colossaux à mobiliser pour le bien être et le bien vivre ensemble des humains en harmonie avec les autres vivants, un partage solidaire de ressources indispensables à tous les peuples et à la planète appelle l’horizon durable de relations apaisées.

Des modes inédites de régulations de la vie en commun, son organisation et sa sécurité dans une chaîne ininterrompue du local au mondial peuvent induire la fin de l’État-nation, cadre exclusif d’existence et de subsistance des peuples, et de la souveraineté régalienne par l’État de droit. La condition transnationale des humains c’est la maîtrise en commun du devenir planétaire comme de leur propre et inévitable devenir en commun. Plutôt que des séparatives exclusives, les frontières deviendraient des seuils de voisinage des singularités hospitalières, d’échanges égaux et de fertilisations réciproques. La complémentarité des diversités évite à toute culture et société sa lente agonie par la fermeture ou sa dissolution dans l’uniformité planétaire.

Le droit de chaque vie humaine au bonheur, émancipation, et épanouissement appelle à passer d’une coexistence conflictuelle avec les autres vivants à une cohabitation vertueuse consciente de nos fragilités d’humains, de la vulnérabilité des vivants et d’un destin commun inexorable. Et aussi de prendre soin, réparer, renouveler, l’ensemble des biens communs mondiaux, conditions concrètes d’une vie partagée par une appropriation sociale aussi soucieuse de ses fins et moyens que des sphères écologiques inappropriables. Cela induit un respect de la spécificité de chaque lutte dans ses objectifs et formes, et un souci de les relier ensemble, les fédérer et mutualiser en des résistances créatrices, destituantes, constituantes et instituantes.

L’urgence des impératifs planétaires, invite à une gouvernementalité transnationale fondant le droit à l’autonomie et le devoir de coopération de peuples égaux, le droit à la subsistance pour chacun par le devoir de solidarité de tous. Et ainsi éviter tant la fragmentation et divisions mortifères actuelles où une poignée d’États et acteurs économiques dominent l’immense majorité, que le spectre d’un État mondial antinomique à la démocratie. 

Makan Rafatdjou

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Horizons d'émancipation

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