Toni Morrison, c’est onze romans, qu’on ne peut que conseiller.

Pas facile d’accès, il faut aimer les défis, les textes durs, tranchants, éclatants. Les diamants littéraires, donc, qui ne simplifient jamais la tâche des lecteurs.

A côté de ces romans, une unique nouvelle, rédigée en 1980.

Quelques pages qui pourraient être vite lues. Mais voilà… le principe est fascinant.

Deux fillettes, Twyla et Roberta, partagent la même chambre d’orphelinat pendant quatre mois. Dès le départ, le décor est posé : « Etre tirée du lit tôt le matin, c’était une chose, mais être coincée dans un lieu inconnu avec une fille d’une race tout-à-fait différente, c’en était une autre. » Et leurs camarades de les surnommer « poivre et sel ».

Mais qui est poivre ? Et qui est sel ?

Les manuels d’écriture le disent tous : pour que le lecteur s’y retrouve, il faut caractériser ses personnages. Trouver la bonne façon de parler. Décrire. Toni Morrison, un peu à la manière Oulipienne, se lance un défi d’écriture : « ôter tous les codes raciaux d’un récit concernant deux personnages de race différente pour qui l’identité raciale est cruciale. »

Du point de vue technique, c’est un pari impressionnant. Du point de vue du lecteur, une expérience à la fois frustrante et jubilatoire, et une vraie réflexion sur ses petits préjugés inconscients.

Une enquête littéraire fascinante, magistrale, qui ouvre à la fois le débat et l’esprit.

Alexandra Pichardie

Récitatif, Toni Morrison, Trad. de l’anglais (États-Unis) par Christine Laferrière. Editions Christian Bourgois, Août 2022, 106 pages, 14 €

Partager sur :         
Retour haut de page