Délicieux

« Retour à Heillange »

Le dernier ouvrage de Nicolas Mathieu, « Leurs enfants après eux » dresse le devenir, durant les années 90, d’une génération qui doit trouver sa voie dans un monde frappé par la crise. Il se situe dans une ville de la Lorraine de l’acier, où les habitants vivent à l’ombre des squelettes des hauts-fourneaux.

Les vies racontées constatent l’inéluctabilité de trajectoires liées aux inégalités, économiques et de capital culturel. La destruction des usines a laissé les enfants, à la suite de leurs parents, dans la précarité, après avoir interdit l’accès à l’estime de soi, individuelle et collective, que procurait le travail. Réduits à être des « cassos » par la bourgeoisie et ses descendants, rien ne permet à ces enfants de ne pas reproduire la vie de leurs parents.

Une fois de plus une œuvre culturelle nous alerte sur l’exclusion et la division qui s’opèrent entre les dominants, bénéficiaires de la mondialisation et ceux qu’ils méprisent, les pensants incapables de s’y adapter ! Il démontre l’inanité du discours de la réussite individuelle, de la compétition et du mérite, pierre angulaire du néo-libéralisme, et les risques qui découlent de la destruction des collectifs et des solidarités pour la vie en société.

Sa lecture m’a constamment ramené vers la révolte des gilets jaunes, en mettant en évidence la fatuité de cette aristocratie qui utilise son hégémonie culturelle pour préserver ses privilèges. Parce que cette révolte ouvre la possibilité d’une autre fin, si s’affirme des solidarités et des réponses collectives face au libéralisme et au rejet de l’autre.

Olivier Frachon

Leurs enfants après eux Nicolas Mathieu 2018, 425 pages, Actes Sud (29,50 € )

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