Élection après élection, l’extrême droite accède au pouvoir à l’échelle internationale, comme le montre encore très récemment la Colombie. En Europe, outre l’Italie ou la République tchèque qu’elle dirige désormais, elle participe à des coalitions gouvernementales comme en Finlande ou en Slovaquie. En France, elle est au seuil du pouvoir. En Asie, l’Inde est également dirigée par l’extrême droite. Pour compléter ce sombre tableau, n’oublions pas Israël dirigé par des forces fascistes génocidaires et la Fédération de Russie avec son agression impérialiste contre l’Ukraine. L’Iran, l’Afghanistan, d’autres encore, figurent aussi aux rangs des pays dirigés par des forces ultra-réactionnaires.
L’un des épicentres de cette tendance réactionnaire reste la direction Trump qui donne de l’élan et son puissant appui partout dans le monde à ces tendances profondément régressives. Ces nouveaux visages du fascisme ont construit, depuis des années, un robuste corpus idéologique populiste dont l’axe principal sous-jacent est que la démocratie est un obstacle à la prospérité, comprendre les profits. Ces courants se sont dotés de moyens de communication et d’influence redoutables et d’intellectuel·les qui produisent un imaginaire social régressif et organisent une hégémonie réactionnaire sur l’ensemble de la société. Ce qui renvoie à une réalité douloureuse mais incontournable : lors des élections, ces partis acquièrent une base sociale pour partie populaire qui signe la profonde défaite de notre camp. Cette situation nous oblige à nous interroger sur les raisons de nos reculs historiques.
La plupart des accessions au pouvoir de l’extrême droite par la voie des urnes se font suite à des années de gestion « de gauche » du système en place. Cette gauche dite politique, qui se prétend le débouché de la gauche sociale, celle de l’action direction dans les entreprises, dans les champs, dans les rues. Un débouché dont d’innombrables exemples prouvent l’impossibilité émancipatrice dans le cadre institutionnel et économique du capitalisme.
Dès leur accession au pouvoir, les forces réactionnaires déclenchent une violente guerre de classe contre les acquis et droits sociaux des exploité·es et visent la destruction de leurs organisations, notamment les organisations syndicales qui apparaissent comme le premier instrument immédiat de la résistance. Cependant, il faut donc dans le même temps souligner les capacités de s’opposer des mouvements populaires face aux gouvernements d’extrême droite ou néo-libéraux. L’exemple de la Bolivie est riche d’enseignements. Syndicalistes de la Central Obrera Boliviana, paysannes et paysans de Tupac Katari, mouvements indigènes comme Ponchos Rojos, ont porté le récent mouvement, organisé les grèves, les manifestations, les barrages. La construction, dans la durée, de collectifs autogérés unissant ouvrier‧ères, paysan‧nes, peuples indigènes, etc., est à l’ordre du jour dans plusieurs régions du pays. Au Mexique, la lutte des enseignant‧es de la Coordinadora Nacional de Trabajadores de la Educación était porteuse de ces mêmes espoirs ; des organisations féministes, des collectifs de proches de « disparu‧es » étaient parties prenantes de la dynamique revendicative, mais les forces syndicales indépendantes sont ici encore trop minoritaires dans un contexte de corruption généralisée.
Après les mouvements de la génération Z au Sri Lanka, au Bangladesh, au Népal, en Serbie, à Madagascar, au Pérou ou encore au Maroc, on observe des formes de confluence originales des mouvements populaires résistants, où les syndicats sont côte à côte avec des associations féministes, écologistes, antiracistes ou LGBTQ+ dans une même volonté démocratique et émancipatrices. À Minneapolis (États-Unis) c’est aussi ce type de front social original qui a mis en échec Trump et ses chemises brunes de la police anti-migrant ICE.
Vaincre l’extrême droite à l’échelle internationale ou nationale ne peut se faire champ par champ clôturés par d’anciennes barrières obsolètes : champ syndical limité à l’entreprise, à côté du champ féministe, à côté du champ écologiste etc. Ce combat, et surtout sa victoire, exigent des nouvelles formes d’alliances sociales à inventer. Des alliances sociales très politiques !
Christian Mahieux


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