Culture

Agir, c’est s’exposer. [A Bicyclette #3]

A Bicyclette #3 // Récit d’une tournée théâtrale à vélo //Jour 4 , 5 et 6

“De rien, il ne naît rien” dicton préféré de mon parternel.

Dimanche je jouais à la Roche des Arnauds : le plus gros village de la tournée avec plus de 1500 habitants ! La commune s’est emparé du projet avec un répondant incroyable. C’était une véritable petite fête de village : vendeurs de bière et de tourtons, association du patrimoine, peintres locaux, visite du moulin, sensibilisation au vélo et concert ! 

Seulement voilà entre les désirs et la réalité, la canicule aidant, le gros du public est arrivé en fin d’après midi… Et les critiques et autres conseils avisés sont arrivés petit à petit… il fallait faire « comme si » » ou « comme ça »; “pourquoi vous avez bloqué la route?”, “Ben moi j’ai pas eu l’information !” etc…

Agir c’est s’exposer. C’est prendre le risque le lundi matin à la boulangerie d’une blague piquante, d’une réflexion vexante. L’action collective est toujours un risque. Evidemment organiser une fête pour l’accueil d’un spectacle ce n’est pas “grand chose”, alors imaginons le risque “humain” pour défendre ses collègues dans une entreprise, proposer une grève, se présenter à une élection, accueillir des migrants, bloquer la construction d’un projet inutile…

Mais sans surévaluer l’enjeu du territoire et de la convivialité, pour transformer la société il faut d’abord qu’il y ait une « société ». Cette tournée à vélo me rappelle chaque jour combien nos vies semblent s’éloigner les unes des autres, cette fragmentation provoquée par la société de consommation, cette société d’individus libres et isolés. Chaque conversation devient comme un fil qui renoue, retisse… Oui, nous ne sommes pas seuls face à ce qui nous traverse, nous sommes souvent tellement semblables dans nos fragilités et nos doutes. Pour apercevoir cette communauté de vie et de destin, il n’y a pas beaucoup de solutions mis à part construire un art de la rencontre et de l’action commune.

A la Roche des Arnauds dimanche, puis mardi dans le Dévoluy, nous avons ressenti cette joie du repas partagé avec un inconnu, de la discussion politique avec un voisin. Le siècle que je traverse dans mon récit est une matière à penser le passé mais aussi à sentir ce que nos biographies rassemblent. 

Alors oui, nous pouvons être fiers… car sans la puissance incroyable de bénévoles en mouvement : ces moments n’auraient pas eu lieu. De rien, il ne naît rien.

Laurent Eyraud-Chaume

Chaque jour, en direct « à bicyclette », Laurent Eyraud-Chaume nous conte sa tournée théâtrale à vélo du Buëch au Champsaur. Retrouvez tous les épisodes ici !

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