Sorti en 2007, mais (re)mis en lumière en 2024 lors du prix Nobel de Han Kang, la Végétarienne ne peut laisser indifférent.
C’est une lecture paradoxale : « violence éblouissante » ou « gore élégant », on ne sait quel oxymore décrirait le mieux cette expérience littéraire. Le style, les descriptions, le choix des mots, même – Ô comme on aimerait maîtriser le Coréen ! – tout est fluide et poétique. Mais c’est l’effet Nuit et Brouillard : un décalage inconfortable qu’il serait dommage de ne pas dépasser. Car c’est un livre éminemment politique.
Yeong Hye est une femme « totalement banale à tous égards ». Isolée, opprimée, dominée dans une société profondément patriarcale, elle est considérée par tous comme un objet. En réaction à des normes sociales hyper violentes, elle va choisir de devenir hors-normes.
La difficulté du texte tient à sa structure, allégorique. Il faut accepter de faire un pas de côté et d’abandonner tout ce qu’on croit savoir. Si le thème de la métamorphose n’a rien de nouveau – on nous a appris tout petits qu’il s’agissait d’une perturbation de l’ordre du monde et qu’il ne faut pas s’amuser à défier les puissants – il y a quelque-chose de profondément nouveau dans ce court roman postmoderne : petit à petit, le cadre littéral disparaît et nous entrons dans une réalité alternative. La métamorphose n’est plus punition mais choix en réaction à l’inacceptable. Yeong Hye est une Daphné – enfin – libérée.
Alors, glissement vers la folie ou libération ? Texte illisible ou chef d’œuvre ? Peu importe tant qu’on en débat…
Alexandra Pichardie
La végétarienne, Han Kang, Editions Livre de poche, 207 p., 7,90 €.


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